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Santé

Le sida et la tuberculose, deux maladies liées aux problèmes de l’éducation et de la pauvreté

Analyse

D'ici à 2030, seuls 7 % des pays pourraient éliminer les nouvelles infections par le VIH, selon une étude parue dans « The Lancet ». Selon ce même rapport, aucun pays ne pourra éradiquer la tuberculose d'ici à cette date.

Nada MERHI | OLJ
23/09/2017

Un récent rapport de l'Institut pour la mesure et l'évaluation de la santé (The Institute for Health Metrics and Evaluation-IHME) de l'université de Washington à Seattle, aux États-Unis, a souligné que l'Objectif de développement durable 3 des Nations unies visant à enrayer la tuberculose et l'épidémie de sida d'ici à 2030 est loin d'être atteint. Selon cette étude, « seulement 7 % des pays pourraient éliminer les nouvelles infections par le VIH » d'ici à la date fixée. En ce qui concerne la tuberculose, « aucun pays n'est en bonne voie d'une éradication des nouvelles infections », selon les chercheurs dont l'étude est parue dans la revue scientifique The Lancet.

Cela est essentiellement dû au fait que « la tuberculose et le sida sont liés aux problèmes de l'éducation et de la pauvreté », explique à L'Orient-Le Jour le Dr Jacques Mokhbat, spécialiste des maladies infectieuses. De ce fait, « il devient difficile de rechercher le diagnostic et le traitement correct », ce qui se traduit par un diagnostic tardif du VIH et de la tuberculose.

Toutefois, « des efforts sont multipliés à l'échelle mondiale pour faire parvenir le traitement de la tuberculose à domicile », ajoute le Dr Mokhbat. Mais malgré tous ces efforts, « de nombreux patients ne reviennent pas ou omettent de prendre leur traitement pour de multiples raisons, essentiellement liées à la pauvreté, comme le fait de vivre dans des régions lointaines ».

Ces interruptions dans la prise des médicaments entraînent « des germes tuberculeux résistant au traitement », une situation « fréquente » qu'affrontent les spécialistes dans les différentes régions du monde. « Les traitements antituberculeux modernes sont malheureusement très chers ou inaccessibles à ces populations, constate le Dr Mokhbat. Souvent, ils sont aussi inefficaces contre les germes multirésistants. Le monde connaît actuellement une recrudescence de la tuberculose, notamment dans les pays qui ont toujours été un lit de la maladie. »

Idem pour le VIH, à une différence près : le traitement du sida est chronique, alors que celui de la tuberculose s'étale sur une durée de six à neuf mois. « Or lorsque le traitement est à vie, même avec tous les efforts déployés à l'échelle mondiale pour distribuer le médicament au plus grand nombre possible de personnes séropositives, on ne peut pas atteindre tous les patients, encore moins s'assurer qu'ils sont adhérents au traitement », constate le spécialiste.

Une éducation s'impose pour expliquer aux patients l'importance du traitement et « les inciter à le prendre ». Mais, pour cela, il faut aussi « être tolérant » et « ne pas porter un jugement sur les personnes séropositives », insiste le Dr Mokhbat. « Au Liban, malgré le bon suivi médical et la disponibilité des traitements les plus modernes, les gens rechignent à se faire tester pour le VIH, en raison de la discrimination observée à l'égard des personnes séropositives, constate-t-il. Au Liban, ils ont peur d'être renvoyés de leur travail ou de leur école, de se voir refuser un traitement... Le seul fait de se faire tester pour le VIH est difficile, à cause du regard que l'on pose sur l'individu qui recherche ce service ou encore du jugement qu'on porte sur lui. De ce fait, nous sommes en train de rater l'approche idéale du traitement du VIH. »

Autant de raisons qui font que l'Objectif de développement durable de l'ONU ne sera pas atteint. « Il faut être pragmatique, insiste le Dr Mokhbat. Pour traiter tout le monde, il faut que les gens viennent se faire tester. Il faut aussi que le traitement soit disponible et gratuit, et que le patient soit adhérent. Autant d'aléas difficiles à corroborer avec la vérité actuelle du quotidien des personnes vivant avec le VIH. »

 

(Lire aussi : Le monde peine à éliminer la tuberculose et le VIH)

 

Les déplacés
Pour le spécialiste, de nombreux défis restent encore à relever, « non pas d'un point de vue médical, puisque le ministère de la Santé assure gratuitement les médicaments aux patients », mais au niveau social et professionnel, « pour garantir les droits des personnes séropositives à l'éducation, au travail, au voyage ».

Néanmoins, « nous avons enregistré quelques victoires au Liban », se félicite le Dr Mokhbat. « Grâce aux efforts du Programme national de lutte contre le sida et des ONG spécialisées, nous avons réussi à faire des dépistages du VIH anonymes et gratuits, note-t-il. Cela permet d'entamer le traitement très tôt. Toutefois, nous continuons à dépister des cas à un stade avancé. »

Par ailleurs, ajoute le spécialiste, « la transmission du VIH continue à très large échelle ». « Au Liban, nous observons depuis quelques années un plateau épidémiologique, le nombre de nouvelles infections par an oscillant entre 100 et 110», note-t-il. «Mais ce nombre ne baisse pas, déplore-t-il. Au contraire, il semblerait que cette année le nombre de nouvelles infections a augmenté, notamment parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes. D'ailleurs, nous témoignons d'une épidémie concentrée au sein de cette communauté. Malheureusement, ce sont des gens qui ne prennent pas les précautions nécessaires. Le drame c'est que la majorité des personnes séropositives, nouvellement infectées, sont des personnes qui sont conscientes du risque qu'elles prennent et qui ont décidé de le prendre. C'est ce qui est troublant. »

À ces problèmes s'ajoute celui des déplacés syriens. « Les déplacés sont une population migrante, arrachée de son milieu social, explique le Dr Mokhbat. De ce fait, cette population a perdu les normes sociales qui, dans nos sociétés, protègent contre le comportement qui augmente le risque du VIH et d'autres maladies sexuellement transmissibles. De plus, vu la pauvreté dans laquelle elles vivent, ces personnes risquent d'avoir un plus grand risque de commerce sexuel qui n'est ni organisé ni protégé. Sans oublier que les déplacés n'ayant pas connaissance des services sociaux, médicaux et de prévention offerts par les structures libanaises n'ont pas accès à la distribution des préservatifs ni au dépistage anonyme et gratuit. Une épidémie risque d'émerger au sein de cette population et des communautés qui les accueillent. »

En ce qui concerne la tuberculose, le plus gros défi au Liban reste lié aux personnes venant de pays à très haute prévalence de la maladie. « Cela va augmenter la transmission de la tuberculose au Liban, souligne le Dr Mokhbat. D'ailleurs, nous avons commencé à le constater. Actuellement, presque la moitié des cas diagnostiqués au Liban sont soit parmi les travailleurs migrants, soit parmi les déplacés. »

 

 

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