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Économie

Le déficit public libanais explose : +234 % en un an

Finances publiques

Les dépenses de l’État ont augmenté de 30 % au premier semestre en glissement annuel.

09/11/2018

Le déficit public a atteint 3,04 milliards de dollars sur les six premiers mois de l’année, en hausse de 234 % par rapport à la même période de l’an dernier, selon le ministère des Finances. Une progression très inquiétante, au moment où le Liban s’est engagé à assainir ses finances publiques lors de la conférence dite CEDRE, à Paris en avril, en réduisant d’un point de pourcentage par an le ratio déficit public / PIB pendant cinq années consécutives. « Même s’il faut relativiser cette hausse, dans la mesure où le déficit public en 2017 a été exceptionnellement bas, la tendance est inquiétante », relève pour L’Orient-Le Jour le président du Conseil économique et social des Kataëb, Jean Tawilé.

Le déficit public avait en effet atteint 3,76 milliards de dollars en 2017, soit une baisse de 24 % par rapport au niveau record atteint en 2016 (4,94 milliards). « En 2017, les recettes fiscales avaient été dopées par la taxation des bénéfices exceptionnels réalisés par plusieurs banques suite aux opérations d’ingénierie financière lancées par la Banque du Liban (BDL) en 2016 », rappelle Jean Tawilé. « Si on oublie cet exercice, on réalise que le déficit budgétaire n’a pas cessé de grimper depuis 2011 », alerte-t-il, craignant que le Liban ne dépasse la barre des 6 milliards de dollars à la fin de l’année. « Nous serons alors proches d’un ratio déficit public / PIB de près de 11 %, bien supérieur aux projections de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, toutes deux inférieures à 10 % », ajoute-t-il.


(Lire aussi : « L’économie libanaise peut être redressée si les réformes sont rapidement lancées »)


Déficit du solde primaire

Selon les chiffres du ministère des Finances, le déficit représente 33,82 % des dépenses publiques totales, contre 13,03 % un an plus tôt. Les dépenses publiques ont augmenté de 30 % en glissement annuel à 8,98 milliards de dollars fin juin.

Les revenus de l’État ont, eux, totalisé environ 5,94 milliards de dollars, en baisse de 2,6 % en glissement annuel. Les recettes fiscales ont diminué de 2,8 %, à 4,57 milliards de dollars, tandis que les recettes non fiscales ont baissé de 14 % à 860 millions de dollars. Le solde primaire – c’est-à-dire hors service de la dette, lequel s’élève à 3,3 milliards de dollars fin juin – atteint un déficit de 155 millions de dollars, en hausse de 229 % par rapport à la même période en 2016.

Pour Jean Tawilé, le principal facteur qui explique ce dévissage est la grille des salaires et les recrutements dans la fonction publique. « Le coût de la grille, qui avait été estimé à 800 millions de dollars, se situe finalement autour de 1,4 milliard, tandis que les chiffres qui circulent indiquent que plus de 5 000 fonctionnaires ont été recrutés cette année, hors services de sécurité », souligne-t-il. Il ajoute que le choix d’alourdir la fiscalité pour financer le relèvement de la grille a finalement fait plus de mal que de bien à l’économie alors que la croissance ne devrait pas dépasser les 1 %, selon la Banque mondiale et le FMI, qui ont tous les deux revu leurs prévisions à la baisse cette année. « L’État aurait été plus inspiré de lutter contre l’évasion fiscale qui a représenté 4,9 milliards de dollars en 2017 contre 4,2 milliards un an plus tôt », juge-t-il, citant des estimations publiées par Bank Audi au cours de l’été.


(Lire aussi : La livre, les taux d’intérêt et les prêts au logement : beaucoup de bruit en période difficile)


Capacité à gérer

Pour le directeur du département de recherche de la Bank Audi, Marwan Barakat, « le déséquilibre des finances publiques est la principale faiblesse de l’économie libanaise, avec un ratio déficit public / PIB de 10 % cette année, soit un des dix plus importants du monde ». Il ajoute qu’un rééquilibrage « en douceur » des finances publiques représente « le plus grand défi à relever pour que le pays préserve sa résilience sur les plans financier et monétaire » mais que des solutions existent pour « rationaliser les dépenses et optimiser les revenus ».

Au-delà des chiffres, la hausse du déficit pose surtout des questions concernant la capacité des dirigeants du pays à respecter les engagements pris par le gouvernement sortant à la CEDRE, voire à simplement gérer les finances publiques. « Entre 2005 et 2017, les politiques se sont réfugiés derrière le fait que le budget de l’État n’était pas voté – les gouvernements successifs utilisaient la règle du douzième provisoire pour se financer. En 2017, les mêmes politiques ont pensé que le fait de recommencer à voter des lois de finance allaient les dispenser d’être rigoureux dans leur gestion », se désole un expert sous couvert d’anonymat.

« S’agissant de la CEDRE, il est pour l’instant difficile de prédire quel impact aura la hausse du déficit sur la volonté des soutiens du pays de débloquer les 11 milliards de dollars de prêts et de dons pour réhabiliter les infrastructures du pays, dans la mesure où il n’y a pas de mécanisme de suivi formellement institué », ajoute l’expert. « Dans tous les cas, la priorité est de former un gouvernement de toute urgence et de s’assurer que ce dernier prenne impérativement des mesures fortes pour rectifier le tir », conclut Jean Tawilé, avant de souligner que la publication des chiffres de juin n’aura pas d’impact immédiat sur la situation financière et monétaire du pays, qui possède encore des pare-feux (voir encadré).


Pour mémoire

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Georges Lebon

Encore un pas, et c'est le Venezuela.
Que la classe bourgeoise se ressaisisse car elle est la prochaine victime de cette crise...

C.K

C'est un système communautribal, comme dans tout le monde arabe, incurable!

Rachoin, Jean-Sebastien

Le people libanais elis depuis une cinquantaine d annee les meme politiciens et se demande pourquoi rien ne change.

Les libanais ne sont pas victimes, ils sont complices.

TrucMuche

En prison nos incapables de politiciens, tous !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

NOS ABRUTIS CONTINUENT A NE PAS VOULOIR FORMER... LES PRETENDUS DIVINS Y FERMANT L,ACCES... UN GOUVERNEMENT POUR PROFITER DE LA CEDRE ET DE L,ESPOIR DE POUVOIR REDRESSER L,ECONOMIE DU PAYS AVEC SES DONS ET SES INVESTISSEMENTS ET LES REFORMES OBLIGATOIRE A ENTREPRENDRE... ET LE PAYS PLONGE A NOS YEUX DANS L,ABYSSE DE L,INCONNU !
PLUS D,HEBETUDE ET DE TRAHISON ? CAR C,EST TRAHIR QUE DE LAISSER LE PAYS ETRE EMPORTE PAR LES TOURMENTES FOMENTEES A LA MAISON...

Sarkis Serge Tateossian

Une précision ...

La politique n'est pas et ne doit jamais se transformer en "métier" !

Ce que nous dénonçons tous depuis toujours. Au Liban la politique se transmet en famille ou en cooptation et la plus part considèrent qu'ils font un métier.... Donc à vie.


Les conseillers et les fonctionnaires dans les ministères eux font leur métier.

Antoine Sabbagha

Quand le vol est tribal , et qu' on recrute des personnes virtuelles et que la Justice est si corrompue on ne peut s 'attendre qu'au pire .

Irene Said

"...5000 fonctionnaires recrutés cette année..."é

mais pourquoi faire ???

Déjà que les anciens nous enchantent par leur efficacité...quand ils veulent bien être à leurs postes...

Ou alors ce sont surtout 5000 mille voix assurées aux prochaines élections ???

Et que vive le LIBAN NOUVEAU ET FORT !

Irène Saïd


Zovighian Michel

Mr. Le Ministre des Finances se suffit de faire des constatations alors qu'il devrait trouver des solutions. Ceci démontre une fois de plus la nécessité d'avoir des professionnels en charge des ministères des finances, de l'électricité, et de l'économie. Chez nous, ceux sont des politiciens qui essayent d'apprendre le métier... sans succès.

Et quand je pense que depuis peu d'années, le Général Aoun faisait rugir la foule de colère contre la corruption, le vidage des caisses de l'état, et la dette galopante.

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