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Liban

L’affaire Khashoggi, un cadeau au Hezbollah ?

Politique

Même s’il se réjouit de voir son adversaire « affaibli », le parti chiite ne s’attend pas à des changements majeurs dans la région.

24/10/2018

Les enjeux de l’affaire Jamal Khashoggi qui vient entacher, un peu plus, l’image d’un royaume saoudien largement ternie déjà depuis l’accession du prince héritier, Mohammad ben Salmane (MBS), au pouvoir, ne devraient pas avoir un impact sur le Liban dans le court terme, même si le Hezbollah, comme ses maîtres iraniens, se frotte les mains de voir son adversaire principal écorné par les médias internationaux et affaibli sur la scène internationale. Les révélations tonitruantes, distillées au jour le jour sur le modus operandi de l’assassinat de Kashoggi, et ses effets attendus sur la relation qu’entretiennent les États-Unis avec leur principal allié dans la région, ne devraient pas non plus atténuer la guerre menée par Washington contre le Hezbollah, par le biais notamment des nouvelles sanctions prévues à l’encontre du parti.

C’est la thèse que soutiennent des sources proches du parti chiite qui refusent toutefois de reconnaître une retombée quelconque de la crise qui secoue depuis quelques semaines la capitale saoudienne sur la formation du gouvernement. Dans ces milieux, on estime que les nouveaux blocages constatés ne sont aucunement liés aux récents développements, les nouveaux nœuds qui ont entravé en dernière minute la naissance du cabinet devant être attribués à des considérations « purement internes ».

Ce n’est pas l’avis d’une source proche du courant du Futur, qui interprète la dernière intervention du chef du parti chiite comme une « surenchère camouflée ». Hassan Nasrallah avait fait état, vendredi dernier, de « nœuds importants » qui restaient à débloquer et défendu le droit des six députés sunnites pro-8 Mars qui réclament un portefeuille d’être représentés, sans les nommer. Selon cette source proche du Futur, cette revendication ainsi que le « revirement du chef de l’État » au sujet du portefeuille de la Justice, « qui avait été auparavant promis aux FL, ne peuvent pas être dissociés de la volonté du parti chiite de mettre à profit la vulnérabilité de Riyad et par ricochet de ses alliés ». La visite du Premier ministre, Saad Hariri, à Riyad où il se rendra aujourd’hui pour quelques heures, est, selon la source, un signe clair qu’il « n’est pas prêt de baisser les enchères ».

Ce n’est pas l’avis d’un responsable proche du Hezbollah qui, tout en refusant d’établir un parallélisme quelconque entre la formation du gouvernement et l’affaire Khashoggi, souligne cependant que l’affaiblissement de Riyad devrait inciter ses alliés libanais à mettre un bémol à leurs requêtes et pousser le Premier ministre désigné à avoir les coudées franches. « Si Saad Hariri appréhendait à ce jour une éventuelle réaction de la part de Riyad quant aux équilibres qu’il tentait de concocter au sein du gouvernement, il devrait aujourd’hui saisir l’opportunité de trancher avec plus de liberté. » Dans les milieux du parti chiite, on estime en effet que la marge de manœuvre du Premier ministre est désormais beaucoup plus large après cette affaire, surtout après les récentes révélations médiatiques sur le mauvais traitement qu’il a subi durant sa séquestration. Selon des sources diplomatiques saoudiennes, arabes et occidentales, citées hier par Reuters, M. Hariri aurait été humilié verbalement et battu lors de cet épisode par un proche de MBS, Saoud al-Qahtani, qui se trouve être impliqué dans l’assassinat de Khashoggi et qui vient d’être mis à l’écart.


(Lire aussi : L’affaire Khashoggi a fait trébucher la formation de la nouvelle équipe ministérielle)



Pas de gains géopolitiques

Mais quelles que soient les conséquences que pourraient avoir l’affaire du meurtre du journaliste saoudien sur la formation du gouvernement, elle n’en reste pas moins un « levier important » pour le Hezbollah, qui ne peut que jubiler de voir son adversaire principal en si mauvaise posture sans que cela ne puisse pour autant se traduire en termes de gains sur le plan géopolitique. Dans une déclaration laconique à ce propos, Hassan Nasrallah avait saisi il y a quelques jours l’opportunité du lynchage médiatique de MBS pour appeler les dirigeants de l’Arabie saoudite à mettre un terme à la guerre du Yémen, sans trop s’attarder sur les développements majeurs que prenait cette affaire. Le numéro un chiite avait noté au passage « l’embarras » dans lequel se trouve l’administration Trump, soulignant que le pouvoir saoudien « est dans une posture très difficile », prenant soin de relever que la couverture internationale dont « l’Arabie saoudite jouit commence à s’ébranler ». Une opportunité que Riyad devrait saisir, selon lui, pour se retirer du bourbier yéménite.

Si le chef du Hezbollah s’est contenté de limiter sa réaction à la question du Yémen, c’est bien parce que c’est le dossier qui le préoccupe au plus haut point dans son rapport à Riyad. « Ce n’est pas la mort d’un citoyen saoudien qui intéresse Hassan Nasrallah, encore moins le fait qu’il s’agisse d’un journaliste de renom même s’il était connu pour ses positions critiques à l’égard de l’actuel régime saoudien, mais l’impact que pourrait avoir cette affaire sur la situation régionale », commente Talal Atrissi, professeur à l’UL et proche du parti chiite. Comprendre que le Hezbollah n’est pas intéressé par la problématique de la répression des libertés.

Au contraire, le parti chiite s’offusque à l’idée de voir que « la situation dramatique du Yémen où des milliers de personnes civiles sont massacrées, n’ont pas pour autant bénéficié d’une couverture médiatique ou suscité l’intérêt des pays occidentaux », poursuit M. Atrissi. Selon lui, le Hezbollah est de toute manière « gagnant dès lors que MBS est placé sur le banc des accusés ».

« Il va de soi que le fait qu’un État qui vous fait la guerre en Irak, en Syrie et au Yémen se trouve aujourd’hui assiégé par les médias du monde entier ne peut qu’être bénéfique pour ses ennemis », commente M. Atrissi.

Dans les milieux du parti chiite, le réalisme est de rigueur et l’on affirme attendre de voir comment le président américain, Donald Trump, va réagir aux pressions auxquelles il fait face, notamment de la part du Congrès, quelques semaines avant les élections du mi-mandat. Quoi qu’il en soit, estime un responsable proche du parti, cela « ne devrait aucunement affecter le renforcement des sanctions prévues contre le Hezbollah ».



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Irene Said

Donc, maintenant, on en est arrivé à qualifier le crime le plus abject de "cadeau" ?
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MALGE TOUT... L,HORREUR DE CE CRIME EST UNIQUE DANS SON GENRE DANS LE MONDE ENTIER !

Le Faucon Pèlerin

L'enlèvement, la torture et le meurtre de Salim el-Laouzi en février 1980 était un cadeau à qui dans cet Orient compliqué ? On attend la réponse depuis 38 ans.

AIGLEPERçANT

A bien y réfléchir , c'est le hezb libanais de la résistance qui vient de faire un " cadeau" à ses ennemis .

Si on considère que le "cadeau" importe moins que ce qu'on en fait .

Il n' y a pas plus aveugle que celui qui ne veut rien voir .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POURQUOI... LES TUERIES ET MASSACRES EN SYRIE OU LE HEZB Y PARTICIPE SONT-ILS MOINS BARBARES ?

AIGLEPERçANT

Le hezb boit du petit lait et ça enrage plus ses détracteurs locaux que régionaux ou internationaux .

Chaque jour qui passe ne fait que confirmer sa puissance et sa force à affronter encore mieux ses ennemis.

Et la caravane passe..

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