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Liban

Gouvernement : et le processus s’accéléra soudain...

crise

Walid Joumblatt a évoqué chez Michel Aoun un « compromis inévitable », alors qu’en l’espace de 24 heures, Gebran Bassil et Waël Bou Faour ont été reçus chacun à deux reprises par Saad Hariri.

Claude ASSAF | OLJ
17/10/2018

Le sprint amorcé lundi par les différentes composantes politiques après cinq mois de querelles et de bras de fer autour de la formation du gouvernement s’est poursuivi hier à l’aune d’un contexte régional et interne difficile, et dans le souci de ne pas perdre l’opportunité de la conférence de Paris, la CEDRE. Comme par magie, les parties concernées ont fait soudain preuve de plus de flexibilité, revoyant leurs demandes à la baisse et accélérant ainsi ce qui devrait être la dernière étape du processus. Cette orientation positive est résumée dans les propos tenus hier par le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, à l’issue d’une réunion avec le président de la République, Michel Aoun : « Le compromis est inévitable. » En vue de parvenir à un dénouement, les contacts et tractations entrepris au palais présidentiel mais aussi à la Maison du Centre se sont intensifiés hier. Le chef de l’État avait reçu auparavant le président du Parti démocrate, Talal Arslane. Pour sa part, le Premier ministre désigné Saad Hariri a reçu à deux fois Waël Bou Faour, député du PSP. Tout cela dans une volonté évidente de M. Aoun d’aider M. Hariri à finir de démêler le nœud druze.

Le traitement du nœud chrétien n’a pas été en reste. En l’espace de 24 heures, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, s’est rendu lui aussi à deux reprises chez M. Hariri, une première fois dans la nuit de lundi à mardi, et une seconde fois hier soir. Cette dernière réunion a porté vraisemblablement sur la question des portefeuilles, notamment le ministère de la Justice que les Forces libanaises veulent se voir attribuer. En cours de journée, des informations avaient évoqué l’éventualité que le président de la République se départe de ce ministère pour l’octroyer aux FL, mais une source du CPL a affirmé à L’Orient-Le Jour que la Justice restera entre les mains du parti aouniste. Face à ce cas de figure, des sources informées indiquent que le CPL a présenté à M. Hariri une formule dans laquelle les FL seraient chargées des ministères de l’Éducation, des Affaires sociales et de la Culture, avec comme quatrième poste la vice-présidence du Conseil. Une formule que les FL rejettent, considérant avoir droit à des portefeuilles plus consistants.


(Lire aussi : Dernière ligne droite vers la formation du cabinet ?)


Au-delà de la recherche de solutions aux tiraillements intrareligieux sur la participation à l’équipe ministérielle, c’est « la naissance prochaine du gouvernement » qu’a annoncée explicitement hier M. Hariri. « Je sais que la formation du cabinet prend plus de temps qu’il ne faut, mais nous y parviendrons, et nous en sommes très proches », a-t-il affirmé hier matin lors de la séance de clôture de la deuxième édition de l’Été de l’innovation, organisée au Grand Sérail.

Dans le cadre de consultations plus larges que celles liées aux nœuds druze et chrétien, notons que M. Hariri s’est entretenu avec le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, député du mouvement Amal, dont le chef, Nabih Berry, président du Parlement, se trouve en Suisse.

Pour en revenir aux discussions menées à Baabda, M. Arslane a indiqué à sa sortie du palais présidentiel qu’il a fait part au chef de l’État de « l’attachement de son groupe parlementaire (qui fait initialement partie du bloc aouniste) au droit d’entrer au gouvernement à travers une représentation druze ». « Nous sommes pour faciliter le processus en restant ouverts à toutes les solutions, mais pas sur base de l’élimination », a-t-il martelé, entouré de trois députés du CPL, César Abi Khalil, Mario Aoun et Farid Boustany, membres de son groupe.

Sur la possibilité d’une rencontre avec M. Joumblatt, le président du Parti démocrate a affirmé que « cette question est confiée aux soins du chef de l’État et du Premier ministre désigné ».


(Lire aussi : Aoun : Macron souhaite, bien sûr, un gouvernement au Liban)


« Il n’y a pas de nœud druze »
Quant au leader du PSP, il a indiqué à l’issue de sa visite au président Aoun qu’« il n’y a pas de nœud druze ». « Nous avons des demandes définies, mais le compromis est inévitable », a-t-il affirmé, indiquant avoir présenté au chef de l’État « une liste de noms en vue de trouver une solution pour la question du troisième ministre (le PSP avait jusque-là exigé les trois sièges attribués à la communauté druze au sein de l’équipe ministérielle) ». « J’ai été informé qu’une autre personne (en allusion à M. Arslane) a présenté également une liste de noms », a-t-il révélé, soulignant que « la décision sera entre les mains du président de la République ». « Il y a eu des concessions réciproques », a résumé M. Joumblatt.

Des sources informées avancent dans ce cadre les noms des cinq personnalités de compromis présentées par M. Joumblatt. Il s’agirait de Ghassan Assaf, Fayez Rassamni, Adnane Aridi, Nabil Abou Dargham et Riad Chedid. Aucun de ces noms ne figurerait sur la liste des six noms proposés par M. Arslane. Face à ce tableau, une source du courant du Futur interrogée par L’OLJ se demande comment, en l’absence d’un dénominateur commun, le nœud druze pourrait être démêlé.

À la même question de savoir si une rencontre est prévue entre les deux chefs druzes, M. Joumblatt a dit « n’en être pas informé pour l’instant », à moins, a-t-il déclaré, que le président Aoun ne « prenne l’initiative de résoudre l’affaire de Choueifate (un partisan du PSP avait été tué en mai lors d’affrontements interdruzes, et M. Joumblatt accuse le Parti démocrate de M. Arslane de couvrir l’assassin) ».


(Lire aussi :  Gouvernement : le temps des manœuvres est révolu)


Concernant l’attribution des portefeuilles, M. Joumblatt a rejeté l’idée d’obtenir pour son parti le ministère de l’Environnement, parce que, a-t-il avancé, il ne veut pas « avoir affaire avec les marchands de déchets », refusant en outre le ministère des Déplacés, car celui-ci « doit être définitivement clos ». Le chef du PSP a dit avoir une préférence pour le ministère de l’Éducation, faisant réagir des sources du Courant patriotique libre, qui ont accusé le PSP et les FL de se partager les rôles en faisant mine de se tirailler autour de ce ministère pour continuer à entraver la naissance du gouvernement.

Peu de temps après, le vice-président du CPL, Nicolas Sehnaoui, a indiqué à l’issue de la réunion du bloc parlementaire de son parti que le CPL facilite quant à lui le processus de formation « autant que faire se peut ». M. Sehnaoui a exprimé en outre son « attachement à la formation d’un cabinet productif formé de ministres compétents, qui donneraient confiance aux forces économiques du pays ».

Entre-temps, des sources informées affirment à L’OLJ que la question des quotes-parts de chacune des composantes a pratiquement été réglée, laissant désormais la place aux supputations concernant la distribution des sièges. Le ministère de la Santé serait attribué au Hezbollah, qui le réclame, et celui des Finances resterait entre les mains d’Amal. Les Travaux publics iraient à nouveau aux Marada, et l’Éducation au PSP. Quant au ministère de l’Information, il ferait l’objet de tiraillements entre le courant du Futur et le CPL.

Interrogée par L’OLJ sur la question de savoir si les concertations menées tous azimuts ces dernières 48 heures portent bien sur des portefeuilles et des noms, un responsable du Futur répond que les tractations actuelles se font plutôt autour de « l’engagement récent de Gebran Bassil à participer au compromis, alors qu’il s’était placé pendant cinq mois hors de tout arrangement ». « Les discussions portent encore sur le nombre de sièges ministériels à accorder au CPL et au président de la République réunis, à savoir 10 ou 11, selon que M. Bassil insiste ou non sur l’obtention du tiers de blocage », ajoute-t-il. Pour ce qui est du nœud sunnite, il a pratiquement été démêlé, le chef de l’État ayant, selon ce responsable, accepté de donner un siège qui lui revient à un sunnite non allié à M. Hariri.


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L’azuréen

Pour le pouvoir en place , qu’on en finisse , Prenez en 10 et donner un ministère à un l’autre dignitaire Druze par exemple , pour l’équité, ou à un indépendant technocrate , pour la neutralité,et qu’on en finisse ...c’est pas croyable ! Pas besoin du tiers de blocage mes amis , ça bloque tout le temps ...

Gebran Eid

HARIRI NAYEM ALA HARIR ET C'EST BASSIL DONC QUI DISTRIBUE LES MINISTÈRES SURTOUT AUX FL.

Remy Martin

A qui veut bien entendre, seul un gouvernement réduit d'une dizaine d'experts n'appartenant à aucun parti pourrait sauver le pays. Tout le reste n'est que surenchères creuses et stériles. Allez, les politiques au placard une fois pour toutes !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES COMPROMIS SONT LA PLAIE DU LIBAN !

Irene Said

Walid Joumblatt: "il n'y a pas de noeud druze..."...alors comment qualifie-t-il son refus d'accorder un ministère à son rival T. Arslane ?

"...selon que Gebran Bassil insiste ou non sur l'obtention du tiers de blocage..." probablement de connivence avec le Hezbollah ?

Donc, à lire attentivement cet article, malgré son titre optimiste, on comprend que rien n'a changé !

Quant au chef de l'Etat qui continue à recevoir et écouter tous ses invités, bien confortablement assis dans son fauteuil, possède-t-il encore le pouvoir de décider de quoi que ce soit, vu que son ministre des affaires étranges s'arroge de plus en plus de pouvoirs en tout ?
Irène Saïd

Elie H

Et les affaires étrangères et tourisme ? Surtout pas à Bassil ou au CPL, il a déjà fait le tour du monde 10 fois à nos frais . Il peut plus se plaindre , assez de tourisme et plus de travail sur le terrain.

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