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Culture

Un canular, l’art de Saint Hoax ?

Exposition

L’artiste anonyme expose ses collages, peintures et vidéos dans les entrailles de The Egg, dans le centre-ville de Beyrouth.

12/10/2018

Dix ans qu’il n’a pas ouvert ses plaies béantes au public. Le Beirut City Center, cet OASG (objet architectural stigmatisé par la guerre) appelé tour à tour The Egg (l’Œuf), el-Saboun (le savon) ou encore Le Dôme, ressemblait en cette soirée du mercredi 10 octobre à un robot mi-futuriste mi-archaïque, dont la tête ovoïde hypertrophiée est illuminée d’un halo de lumière mauve. À la place des yeux, les mots Plastik Gallery inscrits en néon rose. Les orbites occipitales du robot resteront allumés jusqu’à dimanche soir pour montrer ce qu’il a dans ses entrailles : les œuvres peintes ou en vidéo d’un artiste anonyme, Saint Hoax (canular en français), qui détourne l’imagerie populaire en imaginaire qu’il voudrait mordant et critique.

Sur les artères avoisinant la place des Martyrs où l’Œuf est niché depuis 1965, c’est un ballet de voitures. Le vernissage de l’exposition était un happening VIP, avec invitations nominatives, tapis rouge, videurs en veste pantalon, agents de sécurité aux aguets entre les tableaux, champagne coulant à flots dans des coupes aussi dorées que la jeunesse qui gravit avec précaution les marches du bâtiment trop longtemps en ruine.


(Pour mémoire : En péril, le patrimoine beyrouthin résiste tant bien que mal à la politique de la table rase)


« Monu-mental »

Pour sa troisième exposition solo, sa première au Liban, l’artiste qui se dissimule (pour des raisons de sécurité et pour « plus de liberté », dit-il) sous le pseudo de Saint Hoax, a vu les choses en grand, en « Monu-mental », comme il intitule son événement. Pour désigner le lieu, d’abord, un monument de la guerre. Et en allusion au mental, ensuite, ou plutôt l’état d’esprit corrosif et politiquement incorrect dans lequel son œuvre baigne. Mais l’ « ampleur » de la chose se manifeste également dans la campagne marketing qui a précédé et qui soutient cette exposition marquant le lancement de la galerie Plastik (affiliée au magazine éponyme). Une campagne menée tambour battant par la reine de l’événementiel, Marianna Wehbé. Ajoutez-y l’expertise de l’artiste, devenu maître dans le marketing viral, notamment sur son compte Instagram où il abreuve ses 755 000 followers de mèmes, de vidéos traficotées, de collages en tous genres avec pour sujets de prédilection les grandes figures de la culture pop made in USA, que l’on retrouve dans l’expo beyrouthine, à savoir les Kardashian, les Kennedy, Madonna, Britney, Beyoncé… Mais son sujet de prédilection qui lui procure un plaisir intense reste, on ne se trompe pas, Mr. Donald Trump (Poutine n’échappe pas non plus à la satire). Une effigie gonflable du président US sur un char de guerre trône d’ailleurs à l’entrée de l’exposition. Elle avait fait le tour de Beyrouth dans une vidéo virale. Avec tout ce buzz médiatique, tout ce « razzle dazzle » qui entoure la manifestation, le visiteur de l’exposition oublie presque que c’en est une et perd en chemin la véritable vision de l’œuvre elle-même. Cette dernière interpelle, il est vrai, par son imagerie pop (qui ne plaît pas à tout le monde), par son aspect hyperréaliste et surréaliste à la fois, par sa moquerie irrévérencieuse et maligne, par certaines idées originales. Si certains de ses portraits de célébrités semblent trop du déjà-vu et/ou vous font lâcher un « bof », les projections vidéo, sur le grand écran du Dôme, valent assurément le détour.

À trop vouloir embrasser, Saint Hoax serait-il tombé dans son propre canular? Ou le crime est-il si parfait qu’il accède au rang de l’art… du canular? En tout cas, comme disait l’autre, « beaucoup de ses mérites, le saint les doit à son expérience comme pécheur ».





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