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"Si je me récuse, je n'accepterai pas d'être à nouveau désigné Premier ministre", prévient Hariri

Liban

Le Premier ministre libanais désigné dit espérer que le nouveau gouvernement soit formé après le retour du président de la République, Michel Aoun, de son déplacement en Arménie.

OLJ
09/10/2018

Le Premier ministre libanais désigné, Saad Hariri, a prévenu mardi que s'il renonçait à sa tâche, il n'accepterait pas d'être à nouveau chargé de former un nouveau gouvernement, une mission qui attend toujours d'être concrétisée depuis la fin mai, au lendemain des élections législatives. Saad Hariri a dans ce contexte dit espérer que le nouveau gouvernement soit formé "dans les dix jours qui viennent", après le retour du président de la République, Michel Aoun, de son déplacement en Arménie. car "le pays a urgemment besoin de ce cabinet et car la situation économique du pays l'impose". M. Aoun est censé rentrer en fin de semaine.

"Toutes les formations ont fait des concessions, le Courant patriotique libre et les Forces libanaises inclus", a ajouté le Premier ministre désigné, affirmant que les nœuds sont en voie d'être résolus. "Je suis optimiste, en me basant sur ma dernière réunion avec le président Aoun".


"Pourquoi renoncerais-je à ma mission"
Depuis qu'il a été chargé le 24 mai par le président de la République, Michel Aoun, de former le gouvernement, le Premier ministre désigné se heurte aux revendications concernant le nombre de portefeuilles et leur répartition entre les différentes formations politiques, notamment druzes et chrétiennes. Jeudi dernier, lors d'une émission politique télévisée, Saad Hariri avait déjà dit être convaincu que le gouvernement sera formé "d'ici une semaine à dix jours".

Le lendemain, le chef du Courant patriotique libre et ministre sortant des Affaires étrangères, Gebran Bassil, avait tenu une conférence de presse pour réitérer les demandes de sa formation. Il s’était dit attaché au critère d’un ministre pour cinq députés, estimant dans ce contexte que les FL n'ont droit qu’à trois ministres au sein du prochain cabinet (vu que les députés des FL sont au nombre de 15).  Les FL insistent de leur côté pour se voir octroyer cinq portefeuilles sur les trente ministres qui devraient composer le gouvernement, du moment, disent-elles, qu’elles représentent plus de 30 % des voix chrétiennes. M. Bassil avait également fait savoir que si le Premier ministre se récusait, le CPL le nommerait à nouveau pour cette tâche. Les propos de Gebran Bassil avaient été critiqués par de nombreuses formations politiques, laissant s'évaporer la dose d'optimisme suscitée par les propos de M. Hariri.

"Si je me récuse, je n'accepterai pas d'être à nouveau désigné Premier ministre", a prévenu M. Hariri mardi, en réponse indirecte à M. Bassil. "Pourquoi renoncerais-je à ma mission si c'est pour accepter d'être à nouveau désigné? Ce qui s'est passé en 2009 a eu lieu dans des circonstances différentes", a-t-il expliqué. Cette année-là, Saad Hariri avait jeté une première fois l'éponge, avant d'accepter à nouveau de former un gouvernement.

Le Premier ministre désigné a également estimé que les propos tenus par le chef du CPL durant sa conférence de presse "ne sont pas positifs". "Le seul critère que je retiens est celui d'un gouvernement d'union nationale", a en outre fait savoir Saad Hariri.


Un peu plus tard, le bloc parlementaire du "Liban Fort", affilié au CPL, a affirmé qu'il attendait que le Premier ministre désigné termine ses négociations pour que le gouvernement soit formé. "Nous attendons encore, comme tous les Libanais, que la question soit tranchée, et nous comptons sûrement sur l'optimisme dont a fait preuve le Premier ministre désigné. Sur cette base-là, nous espérons que les négociations se termineront afin que le gouvernement soit formé", a déclaré le député Alain Aoun, à l'issue de la réunion hebdomadaire du bloc. "(...) Nous ne pouvons pas remplacer le Premier ministre lorsqu'il s'agit de former le gouvernement. Mais nous sommes une formation politique, et c'est sur cette base que nous donnons notre avis concernant la formation du gouvernement, car au Liban, nous sommes tenus de former des gouvernements d'union nationale (...)", a expliqué M. Aoun.



(Lire aussi : Avec ses « calculs de ménagère », le chef du CPL se retrouve bien isolé)



"Le nœud est connu"
Plus tôt dans la journée, au palais présidentiel de Baabda, le chef de l'Etat, Michel Aoun, a reçu le député Jamil Sayyed, qui a appelé à l'issue de l'entretien à "ne pas parier sur les développements en cours dans la région pour retarder la mise en place du cabinet ou pour changer l’équilibre des forces produit lors des dernières élections législatives". "Les données sur la scène interne libanaise et la situation économique exigent que toutes les composantes politiques assument leurs responsabilités et vue de relancer le travail de l’État par la formation rapide du gouvernement, notamment après la dernière prise de position de Walid Joumblatt", a-t-il ajouté.

Le chef druze avait appelé lundi les différentes formations politiques à faire des compromis afin de faciliter la formation du gouvernement, soulignant que le pays ne pouvait plus attendre, surtout que la dette augmente de jour en jour. Mardi, Walid Joumblatt a estimé que "le plan de réforme sur lequel la plupart des partis politiques se sont mis d'accord (...) est la porte d'entrée vers les réformes et la base de la déclaration ministérielle du prochain gouvernement".


(Lire aussi : Prudence dans les milieux du PSP sur les tractations ministérielles)


Le ministre des Déplacés et dirigeant druze Talal Arslan, rival de M. Joumblatt, a de son côté fait savoir qu'il était prêt à faciliter la formation du gouvernement qui bute notamment sur la représentation druze et chrétienne.

Le ministre de l’Éducation, Marwan Hamadé, affilié au bloc parlementaire joumblattiste, a, lui, estimé à l'issue d'un entretien avec le président de la Chambre, Nabih Berry, qu'"il n'y a pas de nœud druze". "Même si nous nous basons sur les critères du chef du CPL, nous verrons que les trois sièges druzes nous reviennent". "Le nœud est connu et il est chez celui qui essaie de mettre la main sur la décision gouvernementale pour les quatre prochaines années et toutes les forces politiques refusent cela", a-t-il ajouté.

"Ces propos sont ceux de (Marwan Hamadé) et ils ne m'engagent pas", a réagi Saad Hairi, en répondant aux journalistes.

Une sérieuse querelle oppose le chef du Parti socialiste progressiste Walid Joumblatt au chef du Parti démocrate libanais, Talal Arslane, autour de leurs représentations respectives au sein de la future équipe ministérielle. Fort des résultats des législatives de mai dernier, M. Joumblatt voudrait nommer les trois ministres druzes dans une formule de trente. En face, Talal Arslane, appuyé par le Courant patriotique libre, tient à prendre part au gouvernement en se basant, lui aussi, sur les résultats du scrutin de mai.

Le ministre sortant de l'Information, Melhem Riachi, affilié aux Forces libanaises de Samir Geagea, a lui aussi eu un entretien avec le président Berry. "Nous n'avons pas discuté de la formation du gouvernement, mais Nabih Berry m'a assuré que personne ne mettait de veto sur quiconque, a déclaré M. Riachi, en allusion à Gebran Bassil. Soyons clairs: nous n'acceptons pas que quelqu'un nous oppose un droit de veto et, à nous, à notre tour, nous ne mettons un veto sur personne".

Le parti Kataëb, dirigé par le député Samy Gemayel, a pour sa part exhorté le président de la République et le Premier ministre désigné à mettre fin au "débat futile sur les quotas et les critères" et à former un gouvernement de technocrates qui ne relèveraient pas des partis, sans plus tarder.


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Comme on disait au foot, la France joue et l’Allemagne gagne. Que peut on encore attendre de ce ragoût de cailloux? On reprend la même équipe, on change de maillot et on repart piller et se remplir les poches.Pauvre pays et pauvres simples d'esprit.

Sarkis Serge Tateossian

Tout le monde doit aider le premier ministre dans sa tache compliquée,
Cessons de jouer le difficile car il y va de notre intérêt tous.

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