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Liban

Gouvernement : Bassil durcit à nouveau le ton

CPL

Le chef du CPL insiste pour que le critère d’un ministre pour cinq députés soit adopté dans la formation du cabinet.


OLJ
06/10/2018

L’espoir de former prochainement le cabinet, distillé jeudi par le Premier ministre Saad Hariri lors de son entretien télévisé avec le journaliste Marcel Ghanem sur la MTV, en promettant que cela se fera « d’ici une semaine à 10 jours », s’est vite estompé hier après une conférence de presse donnée par le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, chef du Courant patriotique libre (CPL). Lors de cette conférence de presse, M. Bassil s’est dit attaché au critère d’un ministre pour cinq députés, estimant dans ce contexte que le parti des Forces libanaises n’a droit qu’à trois ministres au sein du prochain cabinet (vu que les députés des FL sont au nombre de 15). Or les FL insistent pour se voir octroyer cinq portefeuilles sur les trente ministres qui devraient composer le gouvernement, du moment, disent-elles, qu’elles représentent plus de 30 % des voix chrétiennes. Les FL n’ont, d’ailleurs, pas tardé à réagir vivement aux déclarations du ministre des AE, accusant en substance celui-ci de « ne pas vouloir de solution » en ce qui concerne la formation du gouvernement.

« Le juste critère qui doit être adopté pour parvenir à la formation du gouvernement est celui d’un ministre pour cinq députés », a affirmé M. Bassil au siège du Courant patriotique libre, au centre Mirna Chalouhi (Sin el-Fil), notant que « le critère d’un ministre pour quatre députés conduirait à la formation d’un cabinet de trente-huit ministres ». Abordant l’attribution du portefeuille régalien que le parti de Samir Geagea réclame, M. Bassil a affirmé que « dès le départ, le CPL ne s’y est pas opposé », indiquant qu’« il existe un veto national ailleurs, au sujet duquel nous n’avons rien à voir ». À propos de l’exigence de deux ministères essentiels qu’ont formulée les FL, M. Bassil s’en est dit étonné, se demandant « comment la deuxième force chrétienne peut-elle réclamer deux portefeuilles sur les trois qui sont alloués à la communauté chrétienne dans son ensemble ? » Le chef du CPL a affirmé dans ce sillage que son parti « est en droit d’obtenir les ministères de l’Intérieur et des Finances, d’autant que sous le mandat du président Michel Aoun, il représente le plus grand bloc parlementaire ».

Au sujet de l’entente de Meerab, conclue entre le Courant patriotique libre et les Forces libanaises, M. Bassil a affirmé « la vouloir totalement », accusant les FL de « vouloir torpiller le mandat ».


(Lire aussi : Gouvernement : retour à la case départ?)


Vive réaction des FL
Après cette conférence de presse, les FL ont répondu point par point aux propos de M. Bassil par le biais d’un communiqué du département de communication du parti. « Ce n’est pas à Gebran Bassil que revient la prérogative de poser les critères du gouvernement, mais au Premier ministre désigné, en accord avec le chef de l’État », affirme le communiqué. « À ce jour, nous n’avons été notifiés d’aucun critère sur lequel MM. Hariri et Aoun se seraient entendus », poursuit le communiqué, déduisant que « le seul critère jusqu’à présent est le taux de représentativité populaire ». Et de citer à cet égard l’exemple de la représentation ministérielle au niveau de la communauté chiite, qui « se cantonne au Hezbollah et au mouvement Amal ». « Les FL ont obtenu un tiers de la représentation populaire chrétienne et ont donc droit au tiers de la représentation ministérielle au sein du cabinet, tant en nombre qu’en poids », ajoute le département de communication.

Quant aux propos selon lesquels le refus d’accorder un ministère régalien ne provient pas du CPL mais d’« un veto national », les FL demandent à M. Bassil de leur « rapporter toute déclaration, voire allusion faite par un quelconque parti qui aurait exprimé son refus de voir les FL acquérir un portefeuille régalien ». « Au contraire, cette question a eu un impact positif auprès de tous les blocs parlementaires, sans opposition déclarée ou même exprimée dans les coulisses politiques », enchaîne le texte, déduisant que « les propos de M. Bassil sont à cet égard une invention, ni plus ni moins ».

Face à la volonté affichée par le chef du CPL de « se conformer entièrement à l’entente de Meerab », les FL se demandent « qui donc est sorti de cette entente dès le premier moment, en commençant par la formation du premier gouvernement et le refus de créer une commission conjointe entre les deux partis ».

Enfin, face aux accusations de sabotage du sexennat lancées par le ministre des AE, le parti de Samir Geagea répond dans le communiqué que « si M. Bassil juge l’opposition qu’ont exprimée les ministres des FL au marché des navires-centrales comme un coup porté au mandat, nous estimons au contraire que nous avons fourni un grand service à ce mandat, d’autant qu’aucun sexennat ne saurait être fier d’un tel marché ».

Le ministre FL de l’Information, Melhem Riachi, n’a pas manqué pour sa part de critiquer dans leur ensemble les propos du chef du CPL, écrivant non sans ironie sur son compte Twitter : « En 1975, Faten Hamama a joué le premier rôle dans le film Je veux une solution (106 minutes). Aujourd’hui, Gebran Bassil joue le premier rôle dans le film Je ne veux pas de solution, dont Dieu seul connaît la durée. »

À noter que M. Bassil a par ailleurs évoqué rapidement les nœuds sunnite et druze. Il a ainsi affirmé que son parti « observe une distanciation à l’égard de la question sunnite », souhaitant que « le Premier ministre désigné la résolve ». Concernant le nœud druze, le chef du CPL a prôné la participation du chef du Rassemblement démocratique Talal Arslane au prochain gouvernement, considérant celui-ci comme faisant partie de son bloc, et que donc « cette nouvelle donne politique » ne peut être ignorée.


(Lire aussi : Gouvernement : des indices positifs, mais rien de décisif encore, le décryptage de Scarlett HADDAD)


De nouvelles bases
Lors de sa conférence de presse, M. Bassil a par ailleurs pressé M. Hariri de former rapidement le gouvernement, évoquant l’éventualité, au cas où le nouveau cabinet n’obtiendrait pas la confiance du Parlement, que le Premier ministre désigné soit révoqué et désigné à nouveau mais « sur d’autres bases ».

« Un des moyens de parvenir à la formation du cabinet est que le Premier ministre désigné se fixe un délai limite, au terme duquel il devra former avec le chef de l’État un gouvernement, lequel sera alors présenté au Parlement », a proposé ainsi le chef du CPL, estimant que « si ce gouvernement tombe, ce serait un message à M. Hariri ». « Dans cette hypothèse, nous le choisirons à nouveau, mais cette fois sur des bases nouvelles qui garantiraient l’octroi au gouvernement de la confiance du Parlement », a-t-il conclu.


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Gebran Eid

VOUS LES FL ET LE FUTUR, VOUS AVEZ CLOUÉ AOUN SUR CETTE CHAISE. ET C'EST SON GENDRE BASSIL QUI VOUS FAIT DANSER. PLEUREZ..PLEUREZ...VIVE L'IGNORANCE.

Irene Said

On l'entend et le voit dès le matin...durant la journée...le soir...on en a ras le bol...car il ne sert strictement à rien de positif, à part de nous amener des catastrophes...
de grâce donnez-lui vite quelques bonbons pour le calmer !
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL EST UN PROBLEME EN TOUT ET A L,ECHELLE NATIONALE ET INTERNATIONALE POUR LE LIBAN ! IL FAUT QU,ON SE REVEILLE AU CPL !

Yves Prevost

Bassil prétend être fidèle à l'accord de Maarab. C'est un peu comme lorsque le Hezbollah réclame l'application de laccord de Taëf (lequel, rqppelons-le, exige le désarmement de TOUTES les milices)!
Il réclame la formation rapide d'un gouvernement, et en même temps la bloque par des exigences rédhibitoires. Comment peut-il ainsi saboter le mandat de son propre beau-père? Mystère!

FAKHOURI

Il faudra m'expliquer comment un Président n'empêche pas ce phénomène de la boucler
Il attise les querelles à chaque fois qu'il parle

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