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Liban

Après leurs polémiques médiatiques, Joumblatt et Bassil appellent au calme

Gouvernement

« L’apaisement n’empêcherait pas forcément la poursuite des querelles autour de la formation du cabinet », indique à « L’Orient-Le Jour » Ibrahim Kanaan, député du Courant patriotique libre.

OLJ
18/09/2018

Le climat politique qu’alourdissent depuis quatre mois les entraves à la formation du gouvernement, et chargé plus récemment de vives tensions entre le Parti socialiste progressiste (PSP) de Walid Joumblatt et le Courant patriotique libre (CPL) de Gebran Bassil, a une fois de plus cédé la place hier à un vent de détente impulsé par le leader druze, dont le CPL a vite fait de s’accommoder, sans que pour autant des signes de dénouement n’apparaissent encore.

Le week-end dernier avait été chaud au plan des accusations entre les responsables des deux partis. Le chef du PSP avait tiré à boulets rouges contre M. Bassil, l’accusant notamment de « vouloir imposer son hégémonie », tandis que ce dernier, en déplacement au Canada, accusait des parties politiques sans les nommer de « vouloir faire échouer le régime du président de la République ». Ce à quoi le chargé de communication au sein du PSP, Rami Rayess, a répliqué dans un entretien à la radio : « Un an et demi est suffisant pour que se reflète le mode de gestion des dossiers adopté par le régime sans que le moindre progrès n’ait été réalisé. »

Mais du jour au lendemain, Walid Joumblatt a soudain appelé à l’accalmie sur les réseaux sociaux. « Entrer dans des polémiques stériles ne va ni avancer ni retarder les choses », a-t-il tweeté, affirmant qu’il a toujours adopté « le principe du dialogue ». Le leader druze a évoqué dans ce cadre « les sages propos du patriarche maronite Mgr Béchara Raï qui a appelé dimanche à la formation d’un gouvernement d’urgence neutre, à l’écart des polémiques », sans pourtant s’empêcher d’envoyer une pointe au chef du parti aouniste : « Les questions de l’électricité, des déchets, de la pollution des eaux, du déficit budgétaire, du chômage, et bien d’autres touchant aux problèmes vitaux des Libanais, sont plus importantes que les agissements d’un gendre par-ci (dans une claire allusion à Gebran Bassil), ou d’un survolté par-là. »


(Lire aussi : Les néoputschistes)


« Tournant confessionnel abject »
Le CPL n’aura pas attendu plus de quelques heures pour réagir de manière positive à l’appel au calme de M. Joumblatt, ignorant même la référence ironique à son chef. Le vice-président du CPL pour les affaires administratives, Rommel Saber, a ainsi publié un communiqué dans lequel il a appelé les députés, responsables, cadres et partisans de sa formation à « mettre fin aux polémiques et recourir à l’accalmie médiatique avec le PSP, d’autant que ces campagnes ont pris un tournant confessionnel abject ».

Avec l’apaisement auquel ont appelé les protagonistes, les obstacles à la formation du gouvernement ont-ils des chances d’être aplanis ? Selon des sources du CPL, il ne faudrait pas lier l’accalmie à un dénouement rapide de la crise gouvernementale. Interrogé par L’Orient-Le Jour, Ibrahim Kanaan, député CPL du Metn, indique que « s’il était devenu impératif pour les responsables des deux partis de prendre ces mesures, il reste néanmoins que le conflit autour de la formation du gouvernement pourrait perdurer ». « Mais au moins il serait réglé de manière constructive », estime M. Kanaan.


(Lire aussi : Gouvernement : quatre scénarios et quelques craintes..., le décryptage de Scarlett HADDAD)


Foucher à Baabda
À l’échelle internationale, la France a exprimé hier son attachement à une résolution de la crise gouvernementale. L’ambassadeur de France Bruno Foucher s’est ainsi rendu à Baabda auprès du chef de l’État Michel Aoun, pour s’informer des derniers développements liés à la question. À l’issue de sa visite, M. Foucher a affirmé que son pays accorde « une importance particulière à la vie politique et au fonctionnement des institutions au Liban », notamment « au plan du suivi de l’exécution des recommandations et des résolutions de la conférence de Paris (CEDRE) ». Mais selon des sources rapportées par notre correspondante à Baabda, Hoda Chedid, l’ambassadeur français « n’a pas pris l’initiative d’appeler les leaders libanais au dialogue et n’a pas évoqué une éventuelle visite de responsables français au Liban en vue de résoudre la question de la formation du gouvernement ». On note au passage que le président français Emmanuel Macron devrait effectuer un séjour à Beyrouth du 11 au 14 février prochain.

Il convient également de noter que M. Foucher s’est ensuite entretenu avec le ministre sortant de l’Information, Melhem Riachi, tandis que le chargé d’affaires saoudien Walid Boukhari a rendu visite à l’ancien Premier ministre Tammam Salam, qui a affirmé à l’issue de la réunion que « l’Arabie saoudite est soucieuse de voir le gouvernement se former et les choses reprendre leur cours normal ».

Sur la scène locale, les appels provenant des différents camps politiques se multiplient aussi pour hâter la formation du cabinet. Ali Fayad, membre du groupe parlementaire du Hezbollah, a estimé hier que « le cours ralenti de la formation du gouvernement n’est plus normal désormais », déclarant lors d’une cérémonie pour Achoura à Mayss el-Jabal (Liban-Sud) que « l’intérêt national et la sécurité politique et économique imposent que le cabinet soit formé au plus vite ».

« La situation économique n’est plus supportable », a affirmé de son côté Roula Tabch, députée du courant du Futur. Dans un entretien à la télévision, elle a déploré que « malgré les concertations qui se poursuivent, aucun développement n’est observé jusqu’à l’heure ». « Le dernier brouillon présenté par le Premier ministre Saad Hariri (au président Aoun) comporte des concessions, mais le seul nœud qui persiste est le nœud chrétien », a ajouté Mme Tabch, précisant que M. Hariri « est attaché à la représentation des Forces libanaises ».

Un autre député du courant du Futur, Mohammad Hajjar, qui représentait M. Hariri lors d’un festival dans l’Iqlim el-Kharroub, a évoqué « l’attachement » de ce dernier à « déployer tous ses efforts pour parvenir à former un gouvernement d’union nationale », notant que le Premier ministre désigné « a présenté une mouture équilibrée après avoir entendu les revendications de tous les blocs politiques ». « En dépit des querelles politiques, les contacts se poursuivent loin des médias », a poursuivi M. Hajjar, estimant qu’« après le retour du président Aoun, une percée sera probablement effectuée ». M. Hajjar faisait allusion au retour de M. Aoun de New York où le chef de l’État devrait se rendre dimanche pour participer à l’Assemblée générale des Nations unies. Des observateurs affirment d’ailleurs que les réunions qui devraient y avoir lieu pourraient bien faire bouger les choses.

De leur côté, les Forces libanaises attendent que le président de la République sorte du marasme politique, lui réclamant « une initiative visant à proposer des idées en direction des FL et du PSP, quand bien même le chef du CPL, Gebran Bassil, n’est pas dans cet état d’esprit ».


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Irene Said

Ils ont allumé partout le feu avec leurs twitters incendiaires et actions irresponsables...et maintenant ils demandent à leurs partisans..."de calmer le jeu"...?
Irène Saïd

Marionet

Pompiers pyromanes, une fois de plus: Joumblatt, Bassil et leurs tribus respectives.

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