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La Libanaise condamnée au Caire après avoir dénoncé le harcèlement sexuel, est de retour au Liban

justice

Dimanche, la cour d'appel égyptienne avait réduit la peine de la jeune fille à un an d’emprisonnement avec sursis en exécution et au versement d’une amende de l’équivalent de 1.700 dollars américains

OLJ
13/09/2018

Mona Mazbouh, la jeune touriste libanaise qui avait été condamnée à huit ans de prison au Caire pour "atteinte" au peuple égyptien après avoir dénoncé le harcèlement sexuel, est arrivée, dans la nuit de jeudi à vendredi, autour de minuit, à l'aéroport international de Beyrouth. Un retour rendu possible par la décision, dimanche dernier, de la cour d'appel égyptienne de réduire la peine de la jeune femme à un an d’emprisonnement avec sursis en exécution et au versement d’une amende de 30.000 livres égyptiennes, soit l’équivalent de près de 1.700 dollars américains.

A son arrivée à l'AIB, où elle a été accueillie par ses proches et son avocat, Hassan Bazzi, Mona Mazbouh a souligné qu'elle avait "fauté parce qu'elle n'avait pas pu se contrôler nerveusement", rappelant une opération chirurgicale qu'elle avait subie par le passé. Elle a affirmé que cette expérience "lui a servi de leçon", soulignant qu'elle n'avait pas eu l'intention d'insulter le peuple égyptien. Mona Mazbouh a encore remercié le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, le ministre égyptien de l'Intérieur et le directeur de la prison d'al-Qanater, où elle était détenue, affirmant qu'elle avait été "bien traitée". Elle a également exprimé sa gratitude à l'ambassadeur du Liban en Egypte, Kamal Bou Marchad.

Mona Mazbouh, 24 ans, avait été arrêtée fin mai à l'aéroport du Caire alors qu'elle s'apprêtait à quitter le pays après des vacances. Elle avait été condamnée en juillet à huit ans d'emprisonnement pour "atteinte" au peuple égyptien, après la diffusion d'une vidéo sur Facebook dans laquelle elle se plaignait vigoureusement d'avoir été victime de harcèlement sexuel.

"Cette affaire se termine bien", a déclaré son avocat hier soir. "Nous avons pu prouver que la vidéo avait été diffusée à l'insu de Mona et que cette dernière avait subi une opération chirurgicale au cerveau, ce qui a permis d'alléger la peine", a-t-il ajouté. 

Mme al-Mazbouh avait diffusé une deuxième vidéo affirmant que son intention n'était pas d'insulter les Égyptiens et que, dans son précédent enregistrement, elle ne mettait pas en cause "tout le peuple égyptien". Le parquet l'avait néanmoins accusée de "propagation de fausses rumeurs et d'atteinte aux religions".

"Si Mona était née dans n’importe quel autre pays, elle aurait déjà été libre", avait lancé son père Ali, après l'arrestation de sa fille. Il avait également souligné que la vidéo postée par sa fille était une réaction à un harcèlement de rue au Caire, et que celle-ci souffre de graves perturbations psychologiques suite à une opération à la tête, qui la rendent inconsciente de la portée de ses actes. Il avait également présenté "les excuses de toute sa famille au peuple égyptien".


Selon une étude de l'ONU publiée en 2017, quelque 60% des femmes ont été victimes de harcèlement en Egypte, où elles sont quotidiennement confrontées aux remarques obscènes voire aux attouchements. Les trois-quarts des hommes attribuent ces actes à la tenue vestimentaire de la femme, selon cette étude.

En mai, une Égyptienne, Amal Fathi, a été arrêtée après avoir elle aussi publié sur les réseaux sociaux une vidéo contre le harcèlement sexuel. La jeune femme, mariée à un défenseur des droits de l'Homme, est toujours en détention. Mme Fathi fait par ailleurs l'objet d'une procédure devant le Parquet de la Sécurité d'Etat suprême pour avoir tenté "de faire échouer les dernières élections présidentielles et de provoquer un soulèvement populaire".

La question du harcèlement a fait irruption dans le débat public dans la foulée de la révolte en janvier 2011 ayant conduit à la chute de l'ex-président égyptien Hosni Moubarak. Des groupes de volontaires s'étaient alors organisés pour protéger les femmes des agressions collectives lors des manifestations, notamment place Tahrir, épicentre de la révolte. Des graffitis anti-harcèlement avaient fleuri sur les murs du centre-ville et en février 2013, et des femmes ont même manifesté dans la rue pour dénoncer ce fléau.

En juin 2014, une loi criminalisant le harcèlement sexuel a été adoptée. Le 28 août dernier, Al-Azhar, prestigieuse institution de l'islam sunnite basée en Egypte, avait exprimé sa condamnation de toutes les formes de harcèlement sexuel, un fléau dans ce pays qu'elle qualifie de "péché", en exhortant les autorités à agir.


Pour mémoire
En Égypte, le harcèlement sexuel suit les femmes jusqu’au travail

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Talaat Dominique

en Egypte on condamne les victimes ; pourquoi le gouvernement se cache la face à propos des harcèlements ? il y a plein de vidéos sur youtube qui les montrent

Antoine Sabbagha

Enfin , happy end pour ce long feuilleton et le plus important Mona est enfin libre .

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