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Liban

Réfugiés syriens : sans l’ONU – et les donateurs –, pas d’avenir pour l’initiative russe

crise

Les Nations unies et Damas discutent des obstacles techniques au rapatriement.

29/08/2018

Depuis son annonce largement médiatisée, l’initiative russe lancée le 20 juillet dernier dans le cadre du sommet russo-américain d’Helsinki pour un rapatriement massif des réfugiés depuis les pays d’accueil, dont le Liban, semble rester au point mort. L’escale, vendredi prochain, du haut commissaire aux réfugiés, Filippo Grandi, à Beyrouth, après des visites effectuées en Syrie et en Jordanie, devrait en principe apporter un éclairage supplémentaire sur ce projet.

L’initiative russe, qui prévoyait le retour de 890 000 réfugiés syriens depuis le Liban notamment sur base de garanties sécuritaires qu’obtiendrait Moscou auprès du régime syrien, en contrepartie d’un financement souhaité de ce retour de la part de l’Europe, entres autres, semble pour l’heure tourner en rond, butant contre des obstacles politiques aussi bien que diplomatiques, le projet étant, pour nombre d’observateurs, « irréaliste » dans ses ambitions, en tous les cas tant qu’il n’a pas encore reçu l’aval des Nations unies.

Saluée par le Premier ministre désigné, Saad Hariri, qui avait aussitôt dépêché son conseiller aux affaires russes, George Chaabane, à Moscou, la proposition russe a été adoubée quelques semaines plus tard par le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, qui s’est rendu le 21 août à Moscou, dans ce qui a semblé être une tentative de récupération d’un dossier hautement sensible pour nombre de Libanais, qui espèrent voir au plus vite un dénouement heureux de cette crise venue se greffer sur une crise socio-économique pesante. Dans un souci de montrer un front uni et de passer outre aux clivages politiques infructueux, M. Hariri a rectifié hier le tir à l’issue de la réunion du bloc parlementaire du Futur, en affirmant « avoir coordonné avec M. Bassil avant et après son départ à Moscou ».


(Lire aussi : La Syrie prête à assumer le retour d'un million de réfugiés, selon Moscou)


Le retour, un souhait unanime
S’il existe désormais une unanimité, tous partis et communautés confondus, sur la nécessité d’un tel retour – M. Hariri l’a réitéré hier –, les avis divergent sur le timing et surtout sur les conditions qui doivent entourer le rapatriement de près d’un million de réfugiés.

Car, par-delà la concurrence apparente que se livrent MM. Bassil et Hariri qui cherchent à tour de rôle à se poser comme interlocuteur privilégié auprès des Russes pour ce rapatriement, c’est un bras de fer autour des conditions de ce retour et surtout de la question des relations du Liban avec la Syrie que se livrent les deux pôles politiques.

Pour les Russes, et aussi le ministère libanais des Affaires étrangères et d’autres parties libanaises prosyriennes, la priorité est au rapatriement « volontaire » certes, mais qui devrait s’effectuer en concomitance avec un financement international à octroyer à la Syrie pour le lancement du chantier de reconstruction et pour fournir les aides humanitaires soutenant ce retour, en attendant que se décante une solution politique dans ce pays.

Selon un communiqué publié par le palais Bustros à l’issue de la visite de M. Bassil à Moscou, ce dernier se serait entendu avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, « sur le refus de toute tentative de lier le retour des (réfugiés) à une solution politique définitive en Syrie », se disant « disposé à coordonner avec la Syrie et la Russie et même les Nations unies au cas où elles décideraient de revenir sur leur refus d’assurer le retour des réfugiés ».

Or, pour les Nations unies, mais aussi pour plusieurs pays occidentaux, le retour massif des réfugiés reste encore « prématuré » dans la mesure où les conditions politiques, sécuritaires et logistiques ne sont pas encore réunies, à la nuance près que cette position n’inclut pas nécessairement le refus « d’un retour volontaire », qu’avalise même le HCR sans pour autant l’encourager. C’est en partie à ces positions de principe que s’est rallié le courant du Futur dont est issu M. Hariri, qui, tout en saluant l’initiative russe, affirme attendre de la part de Moscou les garanties sécuritaires à ce retour, en prenant soin de réitérer, à qui veut l’entendre, son refus absolu de rétablir « le dialogue politique » avec le régime syrien. « Le débat ne se fait pas en dialoguant avec le régime (syrien) ou tout autre régime », a-t-il martelé hier.


(Lire aussi : Réfugiés syriens : possible demande de clarification du palais Bustros à la France)


Le dialogue s’impose
Dans les milieux onusiens, où l’on réaffirme la nécessité de lever tous les obstacles qui entravent un retour digne et sécurisé, l’heure est au « dialogue », qu’il faut « préférer à la surenchère politique et aux tiraillements politiques improductifs ». Dans ces milieux, on affirme désormais que l’ONU serait prête au dialogue et à un retour qui serait organisé sous ses auspices selon ses standards. C’est ce que révèle une source diplomatique qui se dit convaincue qu’une solution viable pour tout le monde peut être dégagée, « si la bonne foi y est ».

Tout en rappelant que l’ONU ne s’est pas encore officiellement prononcée sur l’initiative russe, cette source fait notamment état d’un dialogue « important » qui a eu lieu lors du dixième round des pourparlers autour de la Syrie à Sotchi, au début du mois d’août, soit quelques jours après l’annonce de l’initiative russe, entre les membres de la délégation russe et Grainne O’Hara, responsable de la protection des réfugiés au sein du HCR. Lors de ce sommet, les échanges « ont été positifs », témoigne cette source.Or pour l’instant, aucune des craintes exprimées par les réfugiés n’a été résolue de manière à susciter cette confiance. Pour les Russes, la priorité est d’enclencher le processus de financement dès à présent pour soutenir le rapatriement. Le régime syrien, qui cherche pour sa part à monnayer la carte du retour, posera ses conditions aux pays qui seraient disposés à assumer le coût de la reconstruction, dont aucun ne s’est encore prononcé dans un sens comme dans un autre. M. Hariri l’a d’ailleurs rappelé hier, en soulignant qu’aucune partie internationale « n’est prête en ce moment à débourser un seul sou ».

Mais, de l’avis d’un expert du dossier, ce ne sont pas les maisons détruites qui constituent la plus grande entrave, mais d’autres considérations, telles que le service militaire, la récupération des pièces d’identité et documents administratifs détruits par la guerre, et le fameux « décret n° 10 », un texte considéré comme une épée de Damoclès brandi au-dessus de la tête des réfugiés notamment.

Ce décret permet au gouvernement de Damas de saisir des propriétés privées pour les besoins de projets immobiliers de développement, en échange d’actions dans ces programmes. Les personnes délogées courent toutefois le risque de ne bénéficier d’aucune contrepartie, si elles sont dans l’incapacité de prouver leur droit de propriété dans un certain délai que les autorités syriennes ont prolongé d’un an.

Selon une source informée, un comité technique regroupant conjointement des responsables onusiens et des représentants des autorités syriennes planche, depuis quelque temps, sur « les points de ce décret qui posent problème aux déplacés et aux réfugiés. Certains problèmes ont été franchement abordés et pris en compte par le gouvernement syrien ». La source précise cependant que les risques se trouvent au niveau de l’interprétation de ce décret par les maires qui seront chargés de l’appliquer dans leurs districts respectifs. « Tout dépendra de la mise en application de ce décret par les municipalités », commente la source.


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