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Liban

Retour des réfugiés syriens : Bassil rejoint Moscou face à la communauté internationale

Liban-Russie Le Premier ministre désigné Saad Hariri n’aurait pas été notifié au préalable de la visite du ministre sortant des Affaires étrangères en Russie.

21/08/2018

Le ministre sortant des Affaires étrangères Gebran Bassil s’est formellement invité lundi dans le travail de mise en œuvre de l’initiative russe pour le retour des réfugiés. Il a été reçu à cette fin à Moscou par son homologue russe Sergueï Lavrov, en présence des deux délégations russe et libanaise – une visite dont le Premier ministre désigné Saad Hariri n’aurait pas été notifié officiellement par le ministre sortant, confient les milieux du courant du Futur à L’Orient-Le Jour. Les deux parties se sont engagées à joindre les efforts pour que l’initiative russe aboutisse, en dépit des controverses qu’elle suscite aux niveaux international et local.
Pour ce qui est du Liban, cette initiative prévoit notamment d’assurer le retour de 890 000 réfugiés syriens sur base de garanties sécuritaires qu’obtiendrait Moscou auprès du régime syrien, en contrepartie d’un financement de ce retour par les États-Unis et l’Union européenne. Ces contributions souhaitées par la Russie auraient un volet humanitaire d’assistance à un retour digne des réfugiés, et un autre économique d’investissements pour la reconstruction de la Syrie. Une reconstruction qui se ferait donc indépendamment d’une solution politique.


Le principe d’une intervention de Moscou sur le dossier des réfugiés a bénéficié d’une publicité positive en Occident à l’issue du sommet d’Helsinki entre les présidents russe et américain. Au Liban, ce principe a séduit le Premier ministre désigné Saad Hariri, qui y a vu un substitut à l’option d’un dialogue officiel avec Damas prôné entre autres par Gebran Bassil comme condition nécessaire au retour des réfugiés.
Mais révélé dans ses détails, le plan russe a fini par susciter des réserves. Moscou a paru chercher non pas le retour des déplacés en tant que tel, mais l'outil de pression politique que constitue le dossier des réfugiés auprès des puissances occidentales et des pays voisins de la Syrie. Moscou chercherait à pousser les puissances occidentales à prendre acte du maintien du régime syrien sous l’égide de la Russie. Son objectif serait donc, à ce stade du moins, de renflouer le régime par rapport à la communauté internationale – ce qui ne sera pas sans donner un certain répit à l’Iran. Ayant été notifié du refus des États-Unis et de l’Union européenne de l’idée d’une reconstruction de la Syrie avant une solution politique, Vladimir Poutine se trouve en mesure de s’engager dans un bras de fer avec ceux qui lui font obstruction, en premier lieu l’Allemagne (un bras de fer à caractère éminemment politique, Moscou comptant sur d’autres partenaires comme la Chine et d’autres pays asiatiques pour financer la reconstruction). « Il tente de rallier à cette fin les États européens ayant opéré un glissement vers l’extrême-droite, comme l’Autriche », en instrumentalisant le dossier des réfugiés, qui alimente la rhétorique extrémiste face aux démocraties européennes, confie une source proche du dossier, qui avait initialement défendu l’initiative russe. Preuve en est la présence très médiatisée de Vladimir Poutine au mariage de la ministre autrichienne des Affaires étrangères, qui a jugé bon de s’agenouiller devant lui au terme d’une valse


(Lire aussi : Merhebi : Le retour massif des réfugiés syriens est dans l’intérêt des Russes)



Le ministre libanais des Affaires étrangères a paru lui aussi prêter allégeance lundi à Moscou en se présentant comme garant de la mise en œuvre du plan russe pour le retour des réfugiés.
Cela est révélé par un communiqué de son bureau de presse publié lundi après la conférence de presse conjointe des deux ministres. Il y est précisé que Gebran Bassil s’est entendu avec son homologue russe « sur le refus de toute tentative de lier le retour des (réfugiés) à une solution politique définitive en Syrie » et s’est dit « disposé à coordonner avec la Syrie et la Russie et même les Nations unies au cas où elles décideraient de revenir sur leur refus d’assurer le retour des réfugiés ». Notons que l’ONU ne s’est pas officiellement prononcée contre cette initiative. Le chef de la diplomatie libanaise a ainsi proposé de dresser l’inventaire des « déplacés économiques », de loin plus nombreux que les réfugiés politiques, selon lui, afin d’assurer leur retour.
M. Bassil s’est aligné sur la position russe contre la communauté internationale en préconisant « des programmes internationaux qui financent le retour plutôt que le séjour des déplacés dans les pays d’accueil », selon le communiqué, qui a mis en avant « le souci du ministre Lavrov de protéger le Liban des tentatives de le prendre en otage sur le dossier des déplacés syriens ».
Et comme preuve supplémentaire de son engagement en faveur de Moscou, Gebran Bassil a invité « les sociétés russes à participer au deuxième appel d’offres pour la prospection et l’exploitation des gisements de pétrole off-shore », dans le cadre d’une « coopération stratégique pour la stabilité au Moyen-Orient ». C’est dans ce cadre aussi qu’il a « fait un exposé détaillé sur la manière dont le Liban peut servir de plate-forme à la Russie pour la reconstruction de la Syrie ». Et d’avancer enfin l’idée – très représentative de l’alliance des minorités – de développer entre Moscou et Beyrouth un « espace de dialogue religieux et culturel pluriel (…) pour combattre le terrorisme et le fanatisme ». L’idée de créer une école russe au Liban a aussi été évoquée.


De son côté, Sergueï Lavrov a déclaré que « la Russie s’oppose à toute intervention étrangère dans les affaires internes du Liban (…) et œuvrera avec le Liban pour faciliter le retour des Syriens chez eux. Le Liban ne doit pas devenir l’otage du problème des réfugiés ».Entre-temps, à Beyrouth, le député Talal Arslane, de retour depuis peu de Moscou et membre d’un groupe parlementaire taillé à sa mesure par Gebran Bassil, s’est chargé de dire dans une conférence de presse ce que le chef de la diplomatie libanaise ne dit pas. Ainsi s’est-il lancé dans un virulent plaidoyer en faveur de la normalisation des rapports avec le régime Assad, sans quoi le règlement de la question du retour ne serait pas possible, selon lui.


Prié de commenter cette visite, le conseiller de Saad Hariri sur le dossier des réfugiés, Nadim Mounla, rappelle à L’Orient-Le Jour que le Premier ministre ne s’oppose à aucune initiative qui assure le retour des réfugiés, à la seule condition que le retour soit sûr. « La Russie s’est engagée auprès du président Hariri à apporter les garanties sécuritaires à ce retour, nous attendons toujours ces garanties », dit-il. Il rappelle en outre le refus absolu de Saad Hariri de rétablir « le dialogue politique » avec le régime syrien et précise que l’initiative russe ne prévoit qu’une coopération « d’ordre logistique et sécuritaire » entre Damas et Beyrouth. Une mission dont le directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, est « officiellement investi ». Du reste, le Premier ministre « n’est pas concerné » par les tiraillements entre Moscou et la communauté internationale sur le dossier des réfugiés, conclut-il.


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L’azuréen

La Russie veut seulement conserver et préserver ses atouts en Syrie et espère imposer le régime d’assad à la communauté internationale en faisant pression avec la question des réfugiés syriens . Mais Croyez vous vraiment que les occidentaux vont laisser faire? Croyez vous sérieusement qu’aucune solution politique ne peut se faire en Syrie ? Croyez vous sérieusement que ce régime peut se maintenir encore longtemps en dehors de la volonté réelle de tous les syriens ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TROP DE PAROLES ET DE BLA BLA... 0,002PCT RAPATRIES JUSQU,AUJOURD,HUI !

Bibette

"...Et comme preuve supplémentaire de son engagement en faveur de Moscou, Gebran Bassil a invité « les sociétés russes à participer au deuxième appel d’offres pour la prospection et l’exploitation des gisements de pétrole off-shore », dans le cadre d’une « coopération stratégique pour la stabilité au Moyen-Orient ». C’est dans ce cadre aussi qu’il a « fait un exposé détaillé sur la manière dont le Liban peut servir de plate-forme à la Russie pour la reconstruction de la Syrie ».... ??? Faut esperer que ce n'est pas avec l'argent du petrol Libanais que Poutine envisage de reconsruire la Syrie!

Le Faucon Pèlerin

Je fais l'âne pour avoir le son :
Pourquoi aller embrasser Bachar Assad à Damas puisqu'il y a une ambassade de Syrie au Liban en plus du Haut Conseil libano-Syrien à Beyrouth ?
Pourquoi le retour de 890.000 réfugiés syriens et non tous les réfugiés syriens ?
Pourquoi le ministre des AE va à Moscou de son propre chef sans aviser le Premier Ministre ? En France, si cette anomalie méprisante se passerait, le ministre des AE ne regagnerait pas son ministère, il est démissionné d'office. Le Liban est-il un Etat ou un zoo ?

Tabet Ibrahim

Je méprise Gebran Bassil, mais il a raison d'estimer, contrairement a Saad Hariri, que le Liban a intérêt a nouer un dialogue avec le gouvernement syrien,ne serait -ce que pour assurer le retour des réfugiés. Il faut également se rapprocher de Moscou qui est un allié plus fiable que les Occidentaux concernant ce dossier. D'ailleurs ces derniers, dont la France qui a tout fait pour tenter de renverser le régime syrien, tentent de reprendre le chemin de Damas.

Irene Said

Notre super ministre des affaires étrangères continue-t-il de battre bien fort les tambours avec la question du retour chez eux des réfugiés syriens, pour couvrir les bruits de plus en plus forts, concernant toutes les affaires de corruption généralisée qui sont révélées chaque jour dans notre pays, pourtant dirigé par l'autoproclamé chef anti-corruption...?

Et il pense que le peuple est dupe...?
Irène Saïd

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