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Idées

Liban-Suisse : valoriser des liens anciens et fructueux

Tribune
Alain Berset | OLJ
25/08/2018

La visite officielle que j’aurai l’honneur d’effectuer au Liban, à partir de demain et jusqu’à mardi, est la première d’un président de la Confédération suisse dans ce pays depuis 10 ans. J’espère qu’elle contribuera à intensifier encore les échanges entre nos deux pays, notamment sur les questions économiques et en matière de migration. Je me réjouis d’échanger avec le président de la République libanaise, M. Michel Aoun, avec le président du Conseil des ministres, M. Saad Hariri, avec le président de la Chambre des députés, M. Nabih Berry, et avec d’autres personnes exerçant de hautes responsabilités. Il me tient cependant aussi à cœur d’échanger avec la société civile, avec des représentants de l’économie, avec des créateurs du monde de la culture et avec des représentants de la communauté internationale.

Le Liban et la Suisse ont tellement de points communs qu’il va quasiment de soi que nos deux pays entretiennent de bonnes relations. Le Liban et la Suisse abritent tous deux de nombreuses cultures et confessions sur un petit territoire disposant de peu de ressources naturelles. Nos deux pays ont également en commun un trésor unique : la volonté et la capacité de dialoguer et de trouver des compromis. Après avoir été entourée pendant des siècles par des puissances belliqueuses, la Suisse vit désormais dans une Europe pacifiée, une stabilité non encore acquise au Proche-Orient.

Nous devons désormais valoriser ces liens, qui reposent sur une longue tradition. De nombreux buts ont été atteints au cours des dernières années, mais il reste encore un riche potentiel à exploiter. La Suisse salue expressément la solidarité dont la population libanaise et les autorités ont fait preuve en accueillant 1,5 million de réfugiés syriens. Nous avons conscience des défis énormes que constitue une telle densité de réfugiés pour le Liban, même avec la meilleure volonté du monde. Aussi avons-nous développé une stratégie régionale, qui représente le plus grand programme de coopération de l’histoire de la Suisse, pour aider notamment à couvrir les besoins fondamentaux des réfugiés, des personnes déplacées au sein de leur pays et de la population locale en Syrie et dans les pays voisins.

La plaine de la Békaa, en particulier, attire de nombreux réfugiés en raison des travaux saisonniers de cueillette qu’offre ce grenier agricole. Or, le fait que de nombreuses zones d’habitation informelles ne soient pas rattachées au système de distribution d’eau crée des tensions. La Suisse coopère à cet égard avec les autorités libanaises en matière d’approvisionnement en eau potable et œuvre à une gestion durable de l’eau. Tant les familles de réfugiés que les communautés libanaises bénéficient de ce projet. À long terme, le retour des réfugiés apparaît comme la meilleure solution. Cependant, la Suisse considère que les conditions ne sont pas encore réunies pour que l’ensemble des réfugiés syriens puissent retourner sans crainte dans leur pays : l’instabilité chronique en matière de sécurité, la précarité de la situation humanitaire et le manque de garanties quant au respect de l’intégrité physique de toutes les personnes qui rentreront sont toujours des sources d’inquiétude. La Suisse continuera donc de soutenir le Liban. Une nouvelle stratégie de coopération pour la région est élaborée pour les années 2019 à 2022. Le Liban est par ailleurs un pays prioritaire du programme suisse de réinstallation de réfugiés syriens. La Suisse s’investit également dans la recherche d’une solution politique à la crise syrienne et soutient les pourparlers de paix qui se déroulent à Genève et ailleurs.



Longue tradition de relations économiques
L’ensemble des activités que la Suisse déploie actuellement pour soutenir le Liban se fondent sur des dizaines d’années de coopération helvético-libanaise dans tous les domaines. Des hommes d’affaires, des ingénieurs et des hôteliers suisses de même que des représentants d’organisations non gouvernementales se sont ainsi établis dans la « Suisse du Proche-Orient » ces dernières décennies. La Société des ciments libanais, qui est contrôlée par une entreprise suisse, est par exemple devenue une des principales entreprises du pays depuis la moitié des années 1930. À l’inverse, des immigrants d’origine libanaise tels que Nicolas Hayek, le fondateur de l’entreprise horlogère Swatch, ont marqué l’histoire récente de la Suisse.

Les petites et moyennes entreprises sont d’une importance déterminante pour l’économie suisse et elles sont toujours à la recherche de nouveaux marchés prometteurs et de possibilités d’investissements. La Suisse est déjà le septième partenaire économique le plus important du Liban. Cependant, les entreprises suisses ont besoin d’un environnement économique propice, qui suppose sécurité juridique, transparence et tribunaux indépendants. Je profiterai donc des discussions que je mènerai à Beyrouth avec différents responsables pour aborder ces sujets dans l’optique d’un approfondissement de nos relations économiques.



Échanges culturels
Outre la coopération dans les domaines international, politique et économique, il est un quatrième domaine dans lequel nos deux pays collaborent de longue date : les échanges culturels, que facilite une langue française en partage. Pour la Suisse, les espaces de liberté artistique et la liberté d’opinion au Liban sont précieux. Aussi ne pouvons-nous qu’encourager les échanges entre artistes suisses et libanais.

La Suisse et le Liban ont un objectif commun : une société caractérisée par la tolérance et la recherche de compromis. Or, notre époque est davantage dominée par les durcissements idéologiques et les revendications extrémistes que par la volonté de parvenir à un consensus. C’est pourquoi nous devons travailler encore plus étroitement ensemble. Les défis que le monde doit relever requièrent en effet une étroite coopération internationale. Dès lors, je suis reconnaissant au président Michel Aoun de m’avoir invité au Liban. Je me réjouis de revoir votre pays et de construire avec vous les prochaines étapes de notre histoire commune.

Président de la Confédération suisse, chef du Département fédéral de l’intérieur.

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Le pont

La Suisse oeuvre discrètement à améliorer la vie de centaines de milliers de réfugiés dans le monde. Sa place respectée dans le concert des nations n'est pas seulement due à son humanisme, mais surtout pour sa neutralité, qui porte le nom guerrier de "distanciation" dans le vocabulaire libanais. J'espère que le Liban va demander une plus grande assistance technique à la Suisse pour la réalisation des projets infrastructures. La Canton de Zurich, qui a l'eau potable la plus propre au monde, n'utilise pas un gramme de chlore.

krane heinz

Very encompassing and encouraging note from President Berset on his forthcoming visit to Lebanon. May it further strengthen the solid friendship between Lebanon and Switzerland. Heinz Krahenbuhl

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