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Carrière à Tannourine : Un P-V sera dressé... en cas de contravention, affirme Zeaïter

Liban

La carrière illégale, fonctionnant suivant un simple permis de bonification de terrains, tourne toujours à plein régime.

21/08/2018

Près de cinq jours après la déclaration du ministre de l’Agriculture Ghazi Zeaïter à la MTV sur son intention de « mettre la main » sur le dossier de la carrière de sable illégale de Tannourine, dont le propriétaire bénéficiait d’un permis de bonification de terrains agricoles délivré par ce même ministère, l’extraction de sable se poursuivait lundi sur le terrain, selon des témoins, au même rythme effréné qu’avant. Un permis de bonification de terrains, rappelons-le, n’est pas censé ouvrir la voie à une exploitation de carrière, qui nécessite une autorisation du Haut Conseil des carrières, sous des conditions totalement différentes.

Une source du Comité de suivi du dossier de l’environnement à Tannourine (société civile) a indiqué à L’Orient-Le Jour que « le ministère de l’Agriculture assure ne couvrir en aucune façon le travail de cette carrière, mais son propriétaire se cache derrière un permis de transport de stocks délivré, lui, par le ministère de l’Intérieur ».

 « Si les travaux se poursuivent, nous nous dirigeons vers une plainte auprès du Conseil d’État en vue de l’annulation de tous les permis qui ont été accordés au propriétaire de ce site, notamment le permis de transport de stocks », poursuit cette source. Elle précise même qu’un membre du comité a brièvement été interrogé par les forces de l’ordre parce qu’il voulait prendre des photos du site.

Interrogé sur une éventuelle annulation du permis délivré par son ministère, le ministre de l’Agriculture Ghazi Zeaïter indique à L’OLJ que « le permis accordé à ce particulier l’autorisait seulement à une bonification de terrains, et en aucun cas à l’extraction de sable, et à ce titre, il n’y a pas lieu de l’annuler ». Et d’ajouter : « Le propriétaire du site se prévaut surtout d’un permis de transport de stocks qui lui a été délivré par le ministère de l’Intérieur. »

Qu’adviendra-t-il si son ministère constate effectivement l’extraction illégale de sable qui n’est pas autorisée par son permis ? N’est-il pas évident que le site est exploité en tant que carrière ? M. Zeaïter assure avoir envoyé des fonctionnaires effectuer une inspection sur le terrain. « J’attends leur rapport pour réagir, je ne peux pas prendre de décision sur base de simples reportages journalistiques, dit-il. Mais s’il y a confirmation, nous leur dresserons un procès-verbal et enverrons le dossier à la justice. » Le P-V n’a donc pas encore été dressé, et le travail se poursuit jusqu’à nouvel ordre.


(Lire aussi : Carrière à Douma : face à la polémique, le ministère de l’Environnement aux abonnés absents )



Des milliers de mètres cubes d’ici à lundi
Interrogé sur l’affaire par L’OLJ, Bahaa Harb, président du conseil municipal de Tannourine, confirme qu’« une responsable du bureau du ministère au Nord a effectivement inspecté aujourd’hui (lundi), le site ». « Selon ses dires, son rapport devrait déboucher sur un avertissement et la signature d’un engagement officiel par le propriétaire, qui l’obligerait à se conformer aux règles de la bonification de terrains », affirme-t-il. Sur les délais d’une telle action, M. Harb pense qu’avec les congés de cette semaine, le ministre ne pourra examiner ce rapport avant lundi prochain, « et au rythme où vont les travaux, l’entrepreneur aura extrait des milliers de mètres cubes de sable entre-temps ! » Rappelons que la municipalité avait fermé cette carrière il y a un an, avant que celle-ci ne bénéficie de ce nouveau permis.

Dans le pays de l’irrationnel par excellence, on sera toujours étonné du degré d’absurdité que l’on peut atteindre : qu’un site fonctionne comme une carrière avec un simple permis de bonification de terrains, passe encore ; c’est là l’irrégularité la plus fréquente. Mais qu’il tourne à plein régime avec un permis de transport de stocks, lesquels ne sont même pas censés avoir été extraits de la montagne, cela dépasse tout entendement ! La couverture assurée aux activités illégales des contrevenants dans le domaine des carrières est décidément pleine de ressources.



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Le Faucon Pèlerin

A Tannourine le temps que le ministre réagisse, il n'y aurait plus de sables.
A Ramlet el-BaIda, le temps que les Autorités réagissent, l'hôtel serait en pleine activité, toutes les chambres côté mer.
Déjà en 1936, il y avait un projet sérieux d'une "Promenade des Anglais" sur tout le littoral de la Baie de Jounieh... Où en est-on après 82 ans, il n'y a plus de littoral à Jounieh.
Je chante avec Rina Ketty : "C'est pour toi Montevideo, c'est pour toi que chante mon coeur". C'est pour toi ma Jounieh que chantait mon coeur, je n'ai plus de voix.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AVANT TOUT NOMMER CETTE PERSONNE QUI SE CROIT AU DESSUS DES LOIS. RECUPEREZ TOUTES LES SOMMES ENCAISSEES PAR LUI DE CE TRAFIC ILLEGAL. CONFISQUEZ TOUS SES BIENS. SI IL Y A LATTA DANS L,AFFAIRE ON N,OSERAIT PAS LE FAIRE. COMME DANS TOUT DANS CET ATOLL QU,EST NOTRE PAYS !

Cadige William

Un P-V ?
Ai je bien lu? ....

Yves Prevost

"Lorsque dans un gouvernement populaire, les lois ont cessé d’être exécutées, comme cela ne peut venir que de la corruption de la République, l’État est déjà perdu." (Montesquieu).
L'Etat libanais existe-t-il encore?

NAUFAL SORAYA

Mais qui signe ces permis? Il doit y avoir moyen d'atteindre cette personne, de connaitre son nom...

Des permis sont délivrés pour des projets impensables et personne n'y peut rien???? Ce n'est pas possible d'être à ce point intouchable!!!

Yves Prevost

Le problème, au Liban, c'st qu;il ne suffit pas de faire des lois. Il faut aussi des lois obligeant à respecter les lois!

Saliba Nouhad

Non, on ne sera pas toujours étonné du degré d’absurdité que l’on peut atteindre, mais plutôt du degré d’immoralité, de sens crapuleux, mépris extrême de l’esprit civique, égoïsme et individualisme suprêmes, mentalité du gain rapide sans aucun égard aux conséquences criminelles de leurs actes, avec garantie d’immunité judiciaire par la suite...
En fait, après moi le déluge, et à celui que ça ne plait pas qu’il aille se faire voir ailleurs: c’est devenu un emblème national!

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