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Liban

Carrières : Qui s’entête à protéger les contrevenants ?

Liban

Un site fonctionnant en vertu d’un simple permis de bonification de terrain est toujours opérationnel, en dépit d’un engagement du ministre de l’Agriculture de diligenter une enquête.

18/08/2018

Malgré la déclaration faite jeudi par le ministre sortant de l’Agriculture Ghazi Zeaïter à la MTV sur son intention d’enquêter sur le fonctionnement d’une carrière en vertu d’un simple permis de bonification de terrain à Tannourine, hauteurs du Batroun, celle-ci continuait hier à fonctionner de plus belle, provoquant la colère de la municipalité et des habitants. L’affaire a été dénoncée hier par le comité de suivi du dossier de l’environnement à Tannourine.

Le président du conseil municipal de Tannourine, Bahaa Harb, indique à L’Orient-Le Jour que « cette carrière est illégale et avait déjà été fermée par la municipalité l’année dernière, mais elle a repris récemment son activité en vertu d’un permis de bonification de terrain à usage agricole délivré par le ministère ». Confirmant que la zone est classée agricole et impropre à accueillir des carrières de sable, il décrit « des dégâts considérables sur l’environnement, au moins 20 000 mètres carrés de terrains sablonneux creusés, d’innombrables camions traversant le village à tout moment ». De plus, « les travaux ont débordé sur les terrains des voisins », souligne-t-il.

Le ministre sortant Ghazi Zeaïter était injoignable hier, et une fonctionnaire du ministère en charge du Nord a refusé de commenter l’affaire, n’étant pas « autorisée à faire de déclarations ». Mais la veille, M. Zeaïter avait assuré à la MTV avoir demandé aux fonctionnaires concernés de lui fournir toutes les données en vue de trancher l’affaire, rappelant que le propriétaire du terrain a signé un « engagement » à ne pas transformer le site en carrière, en vertu du permis qui lui a été accordé. M. Zeaïter a promis d’exiger une inspection immédiate du site, reconnaissant que les photos montrent une activité d’extraction de sable, mais assurant qu’il avait besoin de preuves.

Interrogé sur la réaction du ministre, M. Harb affirme que « celui-ci doit assumer ses responsabilités, honorer sa promesse de mettre la main sur ce dossier et de régler le problème ». Il fait remarquer que, malgré les propos du ministre, « le travail s’est poursuivi toute la nuit et toute la journée, et continue en soirée, en toute impunité ». « Si le ministre ne publie pas une décision annulant le permis au plus tôt, j’ai bien peur que de graves problèmes n’éclatent dans le village », confiait-il en soirée à L’OLJ. Et du côté du comité de suivi du dossier de l’environnement à Tannourine, on assurait avoir tenté de contacter le ministre toute la journée hier, sans succès.


(Lire aussi : Carrière à Douma : face à la polémique, le ministère de l’Environnement aux abonnés absents )


Cinq permis au moins
Le terrain appartient à un particulier, et pourtant rien ne semble devoir arrêter l’exploitation malgré les irrégularités évidentes. Quel personnage influent – ou protégé – se cache une nouvelle fois derrière une carrière illégale dont l’activité se poursuit inexorablement ? « Nous n’avons pas d’information précise là-dessus, mais la plupart de ces projets sont couverts par des autorités complices de la dégradation environnementale », déplore Youssef Fadel, membre du comité.

Assurant que le mouvement civil auquel il appartient n’est en aucun cas politisé comme on l’accuse à tort pour le décrédibiliser, Youssef Fadel déplore « la négligence officielle qui le met en porte-à-faux avec d’autres habitants, comme les conducteurs de camions et autres. Or, nous avons à cœur de préserver l’environnement, voilà pourquoi nous nous opposons aux carrières illégales », insiste-t-il. « Les terrains en hauteur comme celui où cette carrière est exploitée sont des écosystèmes fragiles et riches en eau souterraine. L’activité de la carrière cause une grave pollution de ces nappes et perturbe les réseaux souterrains. »

La tragédie, selon lui, c’est que ce permis n’est pas unique : au moins cinq permis semblables auraient été octroyés par les ministères de l’Agriculture et de l’Intérieur pour la seule région de Tannourine, comme d’innombrables autres au Liban. Des permis de bonification de terrains qui, rappelle-t-il, permettent d’exploiter des carrières sans avoir recours au Haut Comité des carrières (NDLR : présidé par le ministre de l’Environnement) et sans être soumis aux contraintes imposées pour de pareilles activités.

Selon Youssef Fadel, « même si la déclaration du ministre la veille est positive, elle ne correspond pas du tout à ce qu’on voit sur le terrain ». Il affirme qu’« une réunion se tiendra demain (aujourd’hui) afin de décider des mesures que doit prendre le comité pour soulever cette affaire par tous les moyens légaux, médiatiques et autres ». « Nous demandons la fermeture des carrières illégales, dont celle-ci en toute urgence, mais aussi la réhabilitation des anciennes carrières désaffectées », dit-il.

Une activité illicite de carrière qui s’accélère au lieu de s’arrêter après le scandale, des promesses officielles qui ne débouchent même pas sur une simple inspection du terrain, une défiguration de la nature au nom de la cupidité économique… cette histoire résume bien les ingrédients de la tragédie ordinaire des carrières illégales.



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Le Faucon Pèlerin

"Natanyahu entendu par la police pour corruption" (L'OLJ du 17/8/2018).
Carrières : Qui s'entête à protéger les contrevenants ? C'est le "Monstre du Loch Ness", tout le monde en parle, personne ne l'a vu.
C'est la corruption, chère Suzanne Baaklini, les corrupteurs et les corrompus. Nos autorités, ont-elles interpellé un seul "carrièriste" des carrières de Meyrouba, Aïn-Dara, Jezzine, Aqoura, Jurd el-Batroun, Tannourine pour ne citer que celles-là.
La corruption, tout le monde en parle, Michel Aoun, Nabih Berry, Saad Hariri, Hassan Nasrallah même Monsieur Gendre...oui, oui. Mais qui agit ? Personne.

Irene Said

"...qui s'entête à protéger les contrevenants..."

Quelle question !
Les réponses faites par le "ministre sortant (mais apparemment toujours bien dedans) de l'Agriculture: "qui a besoin de preuves"...un enfant aurait honte de les donner !

Ces responsables, ministres etc. se couvrent tous les uns les autres, se partageant profits financiers juteux et autres bénéfices personnels.

Et ainsi le cercle vicieux des destructions de notre environnement continue, sous leurs regards tournés ailleurs...comme toujours quand ils devraient assumer leurs responsabilités de

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Incroyable, ce mépris... C'est fou, quand même...

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