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Liban

Au Liban, la prison avec sursis pour un tortionnaire de chiens

Droits des animaux

Le coupable devra verser à l’association BETA, qui s’est portée partie civile, 4 millions de LL de dommages et intérêts.

09/08/2018

Dix jours de prison avec sursis, une amende de 20 000 LL et le versement de 4 millions de LL de dommages et intérêts à l’association de protection des animaux BETA (Beirut for Ethical Treatment of Animals). C’est le jugement prononcé le 30 juillet dernier par le juge unique pénal du Metn, Mansour el-Kahi, à l’encontre d’un homme qui torturait les chiens dans la région de Mkallès / Sin-el-Fil. Les faits remontent à 2016. « G.S. avait pris l’habitude d’attraper des chiens, de les rouer de coups, de les maltraiter, de les enfermer dans le coffre de sa voiture, de les tirer derrière sa voiture ou de leur rouler dessus pour les écraser jusqu’à ce que mort s’ensuive, raconte à L’Orient-Le Jour Sévine Fakhoury, membre du conseil d’administration de BETA. L’un des chiens tués portait même un collier. Il était très doux. »


(Pour mémoire : une loi inédite sur la protection des animaux au Liban enfin promulguée)


Une avancée notable
Le tortionnaire a été dénoncé auprès de l’association qui a mené l’enquête et rassemblé les preuves, grâce à des caméras de vidéosurveillance, avant de le poursuivre en justice. Dans une vidéo publiée dimanche dernier sur son compte Facebook, BETA annonce la bonne nouvelle, rappelant les faits de maltraitance. Mme Fakhoury raconte qu’une fois, alors que « le tueur en série maltraitait un chien, la plaque d’immatriculation de sa voiture, tachée de sang, s’est décrochée du véhicule sous la violence du choc ». Une autre fois, « l’une de nos bénévoles était sur place dans le cadre de l’enquête. Grâce à son intervention, la chienne que l’agresseur maltraitait ce jour-là a pu être sauvée. La chienne a par la suite été adoptée aux USA. Elle était si traumatisée qu’elle ne parvenait plus à se tenir debout », ajoute-t-elle.
Saluant la décision du juge, la militante observe que « ce jugement est important pour le pays car il rend enfin justice aux animaux ». Et ce, même s’il se base sur l’ancienne loi de protection des animaux, bien moins sévère que la législation actuelle adoptée en septembre 2017. Sévine Fakhoury est convaincue que cette décision de justice est « une avancée notable ». « Les gens sont plus sensibilisés. Non seulement craignent-ils la dénonciation, mais ils réalisent que les animaux prennent de plus en plus de place dans nos vies et que nous en sommes responsables », constate-t-elle. Elle ne manque pas de mentionner à ce propos que le FBI considère depuis 2016 que les crimes contre les animaux sont équivalents aux crimes contre les humains.


Des mentalités en évolution au sein de la justice
Également contactée par L’OLJ, l’association Animals Lebanon salue à son tour le jugement, tout en rappelant que la justice libanaise avait déjà pris une mesure similaire en 2013, lorsque pour sauver un gorille maltraité dans un zoo, elle avait fait valoir les principes du droit des animaux à la protection et de la nécessité de protéger les animaux pour respecter la nature. Animals Lebanon, qui s’était portée partie civile, s’était également vu accorder une compensation financière. Au-delà de ces deux décisions ponctuelles qui ont fait jurisprudence, « nous constatons que les Libanais sont de plus en plus sensibles à la cause animale et au bien-être des animaux », fait remarquer à L’OLJ le directeur exécutif d'Animals Lebanon, Jason Mier, conscient que les mentalités ne peuvent évoluer radicalement du jour au lendemain.
 « Non seulement la nouvelle loi votée en septembre dernier a mobilisé le chef de l’État, mais les gens n’hésitent plus à dénoncer les mauvais traitements contre les animaux, même si le pays va mal et qu’ils ont d’autres soucis en tête », soutient-il. Et de constater que le pays est « plein de gens de bonne intention qui se soucient des animaux ». M. Mier fait toutefois remarquer que la lutte pour les droits des animaux au Liban « n’en est encore qu’à ses débuts » et qu’il reste parfois « difficile de mobiliser les autorités ». « Nous fêtons juste les dix ans de notre association, alors que la cause animale œuvre depuis 200 ans au Royaume-Uni », conclut-il.

Commentant le jugement de justice, l’avocat Akram Azoury observe « une évolution de mentalité chez un magistrat qui statue ». « Ce dernier a statué que l’association BETA avait qualité pour se porter partie civile de l’action. Il lui a aussi accordé le droit à 4 millions de LL de dommages et intérêts », explique l’avocat. « Ce qui est intéressant, note Me Azoury, c’est que la justice reconnaît que l’ONG a subi un préjudice personnel du fait de l’agression, malgré le fait que le chien portait un collier et que son propriétaire n’était pas partie civile. » « Le juge a de plus pris une décision sage, explique-t-il. Il a condamné l’agresseur à la prison avec sursis. Ce qui veut dire que si ce dernier paie la compensation financière à l’association, il ne fera pas de prison. En revanche, s’il répète les actes de maltraitance, il sera considéré comme récidiviste. » Et même si ce jugement n’est pas une première, « tout jugement est un précédent », relève l’avocat, estimant qu’il est désormais « la marque d’une tendance ».


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rayelie

Il mérite la prison c’est un psychopathe, aujourd’hui les animaux, demain les hommes.
Bravo et merci à l’association BETA.

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