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À Tripoli, on achève bien les chiens...

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Une vingtaine d’animaux sont déjà morts alors qu’une autre vingtaine restent encore disparus.

09/07/2018

La ville de Mina, à Tripoli, a été hier le théâtre d’un massacre qui ramène le souvenir – pas très lointain – du massacre de chiens errants empoisonnés par des agents de la municipalité de Ghobeyri, dans la banlieue sud de Beyrouth.

Il est dimanche matin lorsque des images et des vidéos pour le moins choquantes ont été partagées sur les réseaux sociaux montrant les chiens en train de suffoquer après l’ingestion de poison. Une vingtaine de chiens sont déjà morts après avoir ingéré du Lanet dissimulé dans des morceaux de poulet, alors qu’une autre vingtaine restent encore disparus. « Immoral, illégal, inacceptable », lance Maguy Chaaraoui, vice-présidente de l’association de défense des animaux Animals Lebanon (AL). « Je ne trouve pas d’autres mots », dit-elle. Joints au téléphone par L’Orient-Le Jour, Mme Chaaraoui affirme être au courant d’un certain litige personnel ou politique qui serait à la base de ce massacre, mais « il y a d’autres moyens de régler les affaires que de torturer et de sacrifier ces chiens ! ».

Quel serait ce litige ? Selon plusieurs jeunes habitants de la ville, ces chiens errants ne le sont pas véritablement. Ces animaux, au nombre de 94, étaient rassemblés sur un terrain, nourris et soignés par le propriétaire, un octogénaire connu sous le nom de Ammo Mahmoud. Contrairement à l’empoisonnement de dizaines de chiens errants par des agents municipaux de Ghobeyri, les chiens de Ammo Mahmoud auraient été empoisonnés pour faire pression sur le propriétaire du terrain afin qu’il quitte les lieux.

Jihad Jneid, un jeune Tripolitain qui se rendait souvent chez Ammo Mahmoud pour l’aider à prendre soin des animaux et du terrain, souligne, interrogé par L’OLJ, que l’octogénaire reçoit depuis plus de dix ans des menaces de la part de ceux qui cherchent à s’approprier son terrain, dont il a hérité le bail de son père depuis près de quarante ans. « Que de fois ils passaient à côté de chez lui et tiraient en l’air, ou encore lançaient des bombes sonores pour effrayer les chiens et les faire fuir… » déplore M. Jneid avant de poursuivre : « Depuis dix jours, un groupe de personnes avaient menacé de tuer ces animaux au cas où l’on ne trouverait pas de solutions aux chiens errants qu’elles qualifiaient de sauvages. »
Zeinab Razzouk, une jeune Tripolitaine faisant partie du même groupe de volontaires, assure à L’OLJ que ces chiens ne constituaient pas une menace pour les habitants, comme le laissent entendre certaines personnes. « Preuve en est, j’ai des vidéos qui montrent des enfants avec leurs familles en train de jouer et de s’amuser avec ces chiens », précise-t-elle. Selon Mme Razzouk, ces chiens sont régulièrement examinés et vaccinés par deux vétérinaires. « Il y a une semaine, les mâles ont été castrés pour éviter la reproduction », conclut-elle.


(Pour mémoire : Des images choc de chiens errants empoisonnés dans la banlieue sud de Beyrouth)


Une vague de condamnations
Outre les vives réactions des Tripolitains et des internautes, l’association Animals Lebanon a sévèrement condamné l’empoisonnement de ces chiens à Tripoli, qu’elle a qualifié de « massacre ». Mme Chaaraoui a précisé qu’une équipe de volontaires de leur association et une autre de BETA avaient été dépêchées sur place pour tenter de sauver ceux qui ne sont pas morts, mener à bout l’opération de sauvetage en coopération avec le ministère de l’Agriculture, et surtout pour trouver le bon endroit et le bon moyen d’enterrer ces chiens. « Les chiens ont été enterrés dans le terrain de Ammo Mahmoud, en réponse à sa demande », a assuré la vice-présidente d’AL.

Mme Chaaraoui a dans ce cadre rappelé qu’en septembre dernier, la première loi pour la protection des animaux au Liban avait été promulguée. Elle établit notamment les règles pour la possession d’animaux domestiques, ainsi que les régulations des zoos et animaleries, et interdit la possession d’animaux sauvages ou menacés. Les deux associations pour la défense des animaux ont déposé conjointement une plainte auprès de la police de Mina.

Condamnant l’empoisonnement, le mohafez du Liban-Nord, Ramzi Nohra, a contacté le procureur général du Liban-Nord, qu’il a appelé à « arrêter et traduire en justice les coupables de ces actes abjects ». « De tels actes ne représentent en rien les valeurs et traditions du peuple libanais et des habitants de Tripoli », a-t-il souligné, appelant les autorités municipales à « traiter le problème des chiens errants de manière humanitaire en faisant appel à des experts ».



Pour mémoire
Liban : Pour les chiens errants, des solutions « scientifiques »

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