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Culture

Aurélien Zouki, poète invétéré

L’artiste de la semaine

Qu’il porte la casquette d’homme de théâtre, de marionnettiste, de danseur, ou de programmateur artistique de Hammana Artist House, il est toujours à l’écoute de toutes les pulsions de sa ville, Beyrouth, afin de les reproduire en art.

01/08/2018

De père libanais et de mère française, Aurélien Zouki commence par fréquenter très tôt le centre culturel que Lionel Ghorra avait créé dans sa propre maison, à Zouk Mikaël, et qu’il avait baptisé tout simplement « Art et culture ». À cette époque, dans les années 90, les activités culturelles sont peu nombreuses en région et le jeune homme écoute attentivement les conseils et recommandations donnés par son « guide ». Ces conseils et recommandations, qui l’accompagneront toute sa vie, lui permettront de développer non seulement une envie de travailler dans ce domaine, mais aussi cette conscience que le théâtre « peut agir à notre échelle, dans notre société, pour améliorer les choses ».

Baccalauréat en poche, Zouki s’installe en France pour poursuivre des études de théâtre, sans jamais perdre de vue son retour au pays natal. « Issu de la très dynamique et entreprenante génération des années 90, je sentais qu’il fallait apprendre quelque chose de différent pour revenir au Liban et participer à ce changement. » Tout en travaillant en France et en Italie, il ne cessera de passer par le Liban pour sonder le terrain et créer finalement, avec Camille Brunel, Rima Maroun et Éric Deniau, le collectif Kahraba. Cet ensemble artistique voit le jour officiellement en 2007, quelques mois après la guerre de 2006. Juste avant, les trois amis venaient de créer un spectacle qui s’intitulait Min wadi la wadi, mais quand la guerre éclate, ils sont séparés.

Alors que le projet est totalement chamboulé par les événements, Zouki et Deniau, loin de se décourager, rejoignent à nouveau Rima Maroun restée au Liban et forment alors le collectif avec Camille Brunel. « Collectif pour que le Liban se relève et qu’il doit travailler main dans la main. Et Kahraba, parce qu’à part la crise d’électricité qui avait ressurgi, le mot évoque l’énergie, tellement nécessaire au pays », précise Aurélien Zouki. Le collectif leur permettra d’approfondir leurs collaborations tout en finesse en cherchant continuellement ce mélange entre théâtre, marionnettes, danse et « un amour pour les objets et la poésie des matières ». En constante recherche de cette poésie contenue dans un mouvement, un geste, une parole ou une impression, l’artiste surfe entre les disciplines. En 2010, il suit la formation de danse contemporaine Takween mise en place à Beyrouth pendant trois mois et il écrit un petit solo de 20 minutes qu’il interprète avec le même plaisir ressenti au théâtre. « Je ne suis pas un danseur académique, dit-il, mais le langage du corps est une autre expression poétique et décalée par rapport au réel et je la tenterai certainement encore une fois. » Générosité et partage sont les leitmotive du groupe. Pour le collectif Kahraba, l’essentiel est d’être dans un langage sensible accessible à tous. C’est ainsi qu’a été créé le festival multidisciplinaire, de plein air et gratuit Nihna wel amar jiran. Ce travail, né en 2011, n’a de sens que s’il est dans cette conscience du commun et du collectif qui vient à rebours d’une culture clanique et structurée. Comme un long poème où chacun écrit son quatrain. Pour toucher tout le monde, « le collectif est en permanence une éponge à sons et à rencontres, dont il s’abreuve ».


(Pour mémoire : Aurélien Zouki : « Une maison à la croisée des cultures »)


Un projet de culture
Aurélien Zouki a gardé ses rêves d’enfant intacts, non corrompus. Il se donne, tout au long de ses projets, les moyens de mettre en œuvre ces rêves-là. Un défi difficile dans un monde où l’on traite ces rêveurs de naïfs. « Je suis conscient d’être naïf et que ces rêves d’enfant sont parfois de l’ordre de l’utopie. Mais je suis dans la naïveté de vouloir croire que c’est possible et non dans celle de ne pas voir la réalité », dit le jeune homme, décidé à s’éloigner du cynisme, de la désillusion et du découragement qui bloquent toute possibilité d’action.

« Est-ce parce que j’ai grandi dans une époque où j’ai été témoin d’événements qui n’ont finalement pas abouti à grand-chose ? Est-ce en raison de mes allers-retours avec la France pour me former et connaître d’autres sociétés? Est-ce parce que j’ai vu que même dans d’autres systèmes politiques, on retrouve le même appauvrissement culturel et la même misère dans les rapports humains ? Et qu’il est inutile de s’évader, car tout n’est pas rose de l’autre côté de la Méditerranée ? » s’interroge l’artiste.

Toujours est-il qu’Aurélien Zouki a choisi de rester au Liban et de construire, en faisant revivre un quartier ou récemment un village, comme le Hammana Artist House, un havre où l’art et la culture viennent se ressourcer pour établir des passerelles entre les hommes. C’est probablement pour cette raison que Robert Eid, fondateur de cet espace culturel, a fait confiance au collectif Kahraba afin de redéfinir ensemble les frontières illimitées de l’art. « Comment créer un objet théâtral qui ferait vivre une belle expérience autant à un enfant qui découvre pour la première fois ce qu’est un spectacle qu’à un public initié, tout en ne faisant pas de compromis sur la qualité. » Tel est l’objectif d’Aurélien Zouki pour qui le spectacle n’est pas une simple recette qui marche. En résonance avec le monde dans lequel il vit, l’artiste voudrait, toujours, « créer un moment de vie commune, revendiquant une certaine idée de la culture. Un vrai développement de la société pour élaborer l’imaginaire. Un projet qui s’inscrit dans la continuité du travail de nos aînés comme Zico House, Shams ou le Théâtre de Beyrouth qui étaient dans une dynamique d’entraide et de solidarité. Et qui perdurera, j’en suis certain, jusqu’aux plus jeunes générations ».


1980
Naissance à Beyrouth.


1992
Rencontre avec Lionel Ghorra
qui détermine sa vocation
théâtrale.


1998
Départ en France pour poursuivre des études de théâtre.


2006-2007
Aller en France à cause de la guerre et retour pour créer
le collectif Kahraba.


2010
Amorce de « Nihna wel amar jiran ».


2015
Rencontre décisive avec Robert Eid.


2017
Ouverture
de Hammana Artist House.

http://galeriecherifftabet.com/fr/alterner-home/


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