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Culture

Oussama Baalbaki, mi-aérien, mi-terrestre

L’artiste de la semaine

Dans une cristallisation d’énergie et de lumière, les toiles du peintre émergent à la galerie Saleh Barakat* comme une empreinte du temps, celui que l’artiste tente de redéfinir...

Danny MALLAT | OLJ
20/07/2018

Né en 1978 au Liban-Sud dans le village de Adayssé, Oussama Baalbaki, issu d’une fratrie de huit, appartient à ces générations de familles nombreuses. Il a grandi au rythme des déplacements qu’imposait la guerre du Liban. Certains fuyaient le chaos de la ville emportant avec eux tapis et bijoux, la famille Baalbaki déplaçait des caisses remplies de toiles, pinceaux et pots de peinture. Au gré de ces pérégrinations forcées, le petit Oussama a côtoyé la nature de près, a déchiffré le langage des nuages, écouté les vallées lui narrer des histoires et foulé les sentiers escarpés des montagnes avec ses pieds endoloris d’adolescent en quête de liberté…

La couleur entre chien et loup
De ses premières émotions artistiques, Oussama Baalbaki se souvient du chevalet de son père Abdel Hamid, planté dans une pièce de la grande maison, de l’odeur de la térébenthine qui occupait tous les espaces olfactifs – « et qui, quelquefois, dit-il, nous hypnotisait » – et des voix d’Oum Kalsoum et de Abdel Wahab qui s’échappaient des enceintes et dont le son traversait les murs de sa chambre à coucher. Ces premières perceptions sensitives expliquent le rapport qu’entretient Oussama Baalbaki avec l’art dès son plus jeune âge. Élève studieux et appliqué mais très peu concerné, il passe son enfance à dessiner dans l’ombre de son père à qui il vouait un respect et une admiration particulières.
Il s’est très tôt présenté comme un artiste et signait à huit ans ses toiles. À l’âge adulte, il avoue ne plus être capable de travailler sans la voix de Wadih el-Safi ou d’Aznavour en fond sonore, héritage heureux des années de son enfance. Mais chez les Baalbaki, l’art ne se limite pas à la musique et la peinture.
« Mon père, dit-il, avait une énorme bibliothèque, et j’avais le sentiment que le monde entier était à portée de mes mains. » L’odeur du papier s’imprimera à jamais dans son subconscient. Il perpétuera la tradition en meublant les murs de sa maison d’œuvres des plus grands écrivains et artistes qu’il couchera souvent sur le blanc de ses toiles.

Dans le filtre de son regard
Diplômé de la faculté des beaux-arts de l’Université libanaise (2002), Baalbaki expose en solo pour la première fois à Dar el-Nadwa en 2004 et ne cesse depuis de peindre.
À la galerie Saleh Barakat, c’est le fruit de huit années de travail que l’artiste offre au public, plus de 50 pièces entre acryliques et aquarelles se suspendent aux cimaises de la galerie.
La mémoire pour cet artiste opère en vecteur essentiel, chargée qu’elle est de traduire la présence sensible et palpable des horizons vers lesquels son regard s’est toujours porté. « Petit, dit-il, je ne marchais jamais en regardant le chemin, mais toujours les yeux rivés vers le ciel.
Je possède un réservoir d’émotions et de sensations que je remplis depuis ma plus tendre enfance et duquel je puise au gré de mes envies. » À la nature, l’artiste accorde une attention particulière, « elle se présente à moi comme un refuge ». Et les paysages d’Oussama Baalbaki s’offrent à voir comme des compositions vivantes où les nuages semblent presque se déplacer et se modifier jusqu’au point de traverser les toiles et de s’en échapper. Ils confèrent à ses toiles une force spirituelle, celle qu’il revendique, lui qui avoue entretenir avec son art une relation qu’il qualifie de soufisme moderne. Sans oublier la puissance de l’air qui anime ses toiles, celui qui souffle pour déplacer les nuages, symbole sensible de la vie invisible.
Depuis tout petit, les coins et les endroits clos le réconfortent et le sécurisent, lui inspirent une forme de spiritualité.
Il aime se terrer dans le vide de l’espace comme s’il se préparait pour un état de sérénité et de repos éternel, en essayant de cerner le temps. Le sens de son propos pictural est occulte et invite le spectateur à se fier à son intuition et à errer dans un univers clos. Pour cet artiste à la sensibilité exacerbée, tout converge dans une seule et même direction.
Il part d’une idée générale pour arriver à un point culminant comme un état constant et immobile que vient perturber un élément particulier. Pareil à un morceau de musique, son œuvre est une partition imaginaire et figurative. Il avoue aimer travailler en dissimulant des secrets qu’il laisse au spectateur le soin de découvrir. La peinture de Oussama Baalbaki se présente comme un éclatement de couleurs et de forces mi-aériennes, mi-terrestres.
Il est le peintre de l’instant, l’impressionniste libanais du XXIe siècle, celui qui décline les caprices du soleil sur un flanc de montagne séduit et soumis à la puissance de sa facture picturale.

*« Against the Grain », Oussama Baalbaki
Saleh Barakat Gallery-Clemenceau
Jusqu’au 25 août 2018

Août 1978
Naissance à Adayssé (Liban Sud).


1983
Départ de Beyrouth vers le Sud, en direction opposée des forces d’invasion israéliennes.


1990
Retour à Beyrouth
avec la famille.


1991
Suivi médiatique quotidien de la première guerre du Golfe et de l’effondrement de l’Union soviétique.


1997
Inscription à l’Académie des beaux-arts à l’Université libanaise.


2003
Décès de sa mère dans un accident de route dramatique.


2011
Naissance de sa fille
unique Leila.


http://galeriecherifftabet.com/fr/alterner-home/


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