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La Dernière

Betty Habibian, une cuisine qui vient du cœur

Papilles
26/07/2018

Pour elle, faire la cuisine ressemble à une prière. La cuisine est faite pour partager, aimer, apaiser sa colère et remercier. Une parenthèse dans une vie pressée et bousculée par d’interminables obligations.

Betty Habibian travaille dans la production télévisée depuis vingt-cinq ans. Ancienne élève de l’Iesav, cette Libano-Arménienne est établie depuis douze ans à Dubaï où elle travaille auprès de la chaîne de télévision MBC. Même si elle y poursuit encore ses activités, elle a décidé de quitter, il y a tout juste un an, ce poste trop prenant pour s’investir ailleurs. « J’ai beaucoup réfléchi. Bien sûr que j’ai peur de l’insécurité et de l’instabilité, mais il fallait que je prenne cette décision de faire les choses que j’aime. Je dresse des tables, je conçois et je confectionne des objets de décoration. Et depuis un an, j’arrive à joindre les deux bouts grâce à mon savoir-faire. Mon projet se concrétisera dans deux ans, quand j’ouvrirai un gîte rural dans un village d’Arménie où tous les jours à midi des femmes feront la cuisine », confie-t-elle.

Elle ne cuisinera jamais pour de l’argent ou dans un restaurant. Car, pour Betty Habibian qui organise gratuitement des repas pour 35 personnes chez elle, au moins deux fois par mois, la nourriture est avant tout « une affaire de générosité et d’amour, de communion universelle avec le monde qui nous entoure ».

« Quand j’étais à l’université, je préparais les repas pour les tournages de mes amis. Cela me faisait plaisir. Je le faisais gratuitement. J’aimais cette idée de donner », dit-elle, ajoutant que « la nourriture est peut-être la seule chose universelle qui a vraiment le pouvoir de rassembler. Peu importe la culture, partout, les gens se réunissent pour manger ». Pour elle, cuisiner est comme l’amour – le vrai et le pur –, « inconditionnel ». « Je ne suis ni chef ni cuisinière. Je suis tout simplement passionnée par la nourriture et tout ce qu’elle amène avec elle comme création et traditions », note-t-elle.
« Quand je prépare mes plats et quand je décore mes assiettes, je raconte des histoires, je découvre des horizons, j’épouse des saveurs, j’écris des scripts inédits, je ne respecte pas les règles », dit-elle, confiant que jamais elle ne suit à la lettre une recette. « La saveur change selon mon humeur. »

Betty Habibian confectionne au moins neuf plats différents entre entrées, desserts et plats de résistance à chaque invitation qu’elle organise. Elle aime les nombres impairs, aussi donner le choix à ses invités. En choisissant ses ingrédients, elle mise sur les saveurs, certes, mais aussi sur la décoration et les couleurs. « C’est pour moi une grande joie de cuisiner pour les autres. Un bon plat est comme une belle peinture ou un beau morceau de musique. Ils nous transportent ailleurs, nous font vibrer, sans que l’on sache réellement pourquoi nous les avons aimés », dit-elle.

La jeune femme cuisine tous les jours, parfois même à trois heures du matin, jamais en fonction du nombre de personnes présentes ou invitées à la maison. « Il y a toujours quelques portions supplémentaires qui vont à des amis, des collègues, ou des personnes qui ont envie de goûter à mes plats. Chaque année, pendant le ramadan, je consacre un jour par semaine aux gardes de sécurité de l’immeuble où j’habite. Je leur prépare un repas avec différents plats pour le iftar. Et comme je reste souvent à Dubaï pour Noël, je fais la cuisine pour des amis célibataires qui n’ont ni la chance, ni le luxe d’être avec leurs familles, ni d’avoir de vrais repas de fête », raconte-t-elle.

Betty Habibian est malheureuse quand elle n’est pas en cuisine. « Quand je travaille, j’entre dans une forme de nirvana, c’est une thérapie mentale et physique pour moi et pour tous mes sens. Je me réjouis avec chaque nouveau plat que je prépare, décore et sers », confie-t-elle.  « Certains pensent que je devrais développer mes techniques et passer à un niveau plus avancé, que je devrais en tirer profit, gagner plus d’argent, mais je crains que le jour où je ferai cela, ma cuisine changera, qu’elle ne sera plus aussi personnelle et inconditionnelle comme l’amour », souligne-t-elle. « Je n’ai pas l’intention d’investir dans cette activité qui est d’abord et surtout une passion. Je souhaite la garder comme un échange d’énergies. La cuisine est ma vision de l’amour qui traverse toutes les frontières », conclut-elle.



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