Le village préféré des Libanais - 2018

#2 Baakline, parce que nature rime avec culture

Le village préféré des Libanais
18/07/2018

Il est de ces endroits qui nourrissent les ambitions, des lieux qui nous poussent vers l’excellence. C’est le cas de Baakline. En se promenant dans ce village en pleine expansion, on comprend mieux cette propension à la grandeur qui a animé ceux qui y sont nés au cours des siècles, et qui habite encore ceux qui y vivent.


Du haut de ce village-promontoire, on comprend pourquoi les Maan, cette famille originaire du Yémen, ont choisi, en 1120, d’établir sur ce pic le berceau d’une dynastie qui règnera des centaines d’années sur le Mont-Liban. Face aux vallées et collines qui semblent s’entremêler à perte de vue, on peut ressentir ce sentiment d’invincibilité et cette envie de liberté qui ont dû pousser l’émir Fakhreddine II (1572-1635) à œuvrer pour un Grand Liban, uni et indépendant de l’Empire ottoman. Dans les rues du village, étroites et pentues ou centrales et bordées d’arcades, on peut percevoir cette excellence qui a servi de terreau à l’éducation de grandes familles, comme les Hamadé, dont le palais est un des joyaux du village.
Et sur les murs de ce palais se déroule l’histoire de Baakline. Le temps d’une visite, l’érudit gardien des lieux et historien local, Talal Hamadé, nous fait remonter dans le temps. En quelques anecdotes, il nous fait faire connaissance avec les générations qui l’ont précédé et transmet l’histoire de son village comme s’il l’avait vécue lui-même.



Dans le cœur même de l’imposante demeure de cette famille, se trouve une des nombreuses khalwat du village, ces « ermitages » propres à la religion druze, où les pratiquants peuvent prier, méditer et lire, sous le regard des anciens cheikhs Akl, chefs spirituels de la communauté.

À quelques rues du palais Hamadé, s’élève une autre bâtisse dont la visite est incontournable pour tous ceux qui aiment l’artisanat et les traditions autant que les belles rencontres. Dans le haut du village, au détour d’une ruelle, se trouve le musée d’artisanat du Chouf. À l’intérieur, à l’étage, s’active un groupe de femmes, dont l’expertise en matière de broderie, dentelle, tissage et points de croix n’est égalée que par leur humour piquant. Lors de la brève visite du rez-de-chaussée de la maison, transformé en petit musée, Sarah, Noha, Salma, Ghida et les autres s’assureront de vous donner, avec plus ou moins de sérieux, autant de détails sur l’impressionnante presse de caroube installée sur les lieux… que sur les moustaches des vieux hommes souriant dans les cadres pendus aux murs.


« Un poète dans chaque famille »

« Le nom Baakline vient de nombreuses origines, notamment de termes syriaques signifiant “la maison des grands esprits” », racontait Talaat Hamadé. Les rencontres faites au cours de la visite du village viennent indubitablement confirmer cette étymologie.
Il faut dire que tous ces esprits, jeunes et moins jeunes, sont savamment cultivés et que l’élévation de l’esprit semble tenir une place de premier choix dans la « première capitale de la Montagne ».


« Il y a au moins un poète dans chaque famille à Baakline. Si nous reprenions tous leurs écrits, nous pourrions remplir une bibliothèque complète », assure Abdallah Ghoussaini, le président de la municipalité. Pourtant, la bibliothèque municipale ne manque pas de titres. « Avec ses 140 000 ouvrages, elle est la plus grande du pays », annonce fièrement son directeur, Ghazi Saab. Et il y en a pour tous les goûts. « Nous avons beaucoup d’enfants et d’étudiants qui viennent lire et emprunter des livres. Nous recevons aussi des chercheurs qui viennent de tout le Liban, de l’étranger même parfois », affirme-t-il, debout dans une des nombreuses pièces du bâtiment, ancien Sérail bâti sous les Ottomans en 1897, converti en prison avant que les barreaux ne soient remplacés par autant de pages, dans les années 80.
L’administration de la bibliothèque se charge également d’organiser de nombreuses activités culturelles (conférences, expositions, pièces de théâtre), qui viennent s’ajouter aux concerts et festival prévus chaque année par la municipalité, et qui drainent un large public.
Les secrets de la forêt


Abritant de nombreuses infrastructures, plusieurs écoles et un hôpital, et restant habité été comme hiver, Baakline, situé à seulement 45 km de Beyrouth, aspire à devenir plus qu’un village. Malgré tout, le calme et la tranquillité qui y règnent permettent aux visiteurs de se déconnecter de leurs habitudes citadines. Et pour un dépaysement encore plus total, il ne faut pas hésiter à s’éloigner du centre, jusqu’aux portes de la réserve naturelle locale. À quelques minutes en voiture en contrebas des artères principales, dans une vallée escarpée brodée de verdure, Horch Baakline propose plusieurs chemins de promenade, de la randonnée la plus pittoresque au tour de plusieurs heures. Sous la protection d’Abou Metaab « le tueur de hyènes », figure mythique du lieu, la découverte des sentiers aux noms rêveurs est aussi agréable qu’enrichissante. Le guide local Marwan Khoder connaît l’endroit comme le fond de sa gibecière et s’assurera que vous ne manquiez rien du spectacle.
Moins authentique peut-être, mais néanmoins incontournable, est le détour par les points d’eau et chutes qui ponctuent la rivière Baakline. Les coins les plus idylliques accueillent désormais de nombreux restaurants dont les infrastructures en expansion dénaturent le site mais, en longeant la rive, on finit toujours par trouver une berge où poser le panier de pique-nique et profiter, en toute quiétude, de la fraîcheur d’une douce après-midi d’été au bord de l’eau.
 

Comment y accéder

À partir de Beyrouth, prendre l’autoroute du Sud en direction de Saïda. Après Damour, sortir à Beiteddine, direction Deir el-Qamar. Pour le chemin le plus direct, prendre à droite dans le village de Kfarhim, vers la grotte de Kfarhim. Après Deir Dourit, continuer à suivre la route jusqu’à l’arrivée à Baakline. Pour plus de découvertes : continuer jusque Deir el-Qamar, traverser le village et poursuivre la route jusque Beiteddine. À l’entrée de Beiteddine, prendre la branche de gauche du Y, en direction de Baakline.
À ne pas rater
– Se promener dans le village et ne pas manquer le souk et ses arcades, l’ancien cimetière en bord de route, les anciennes presses, l’arbre de Lamartine.
– Le palais Hamadé et ses trésors historiques (Talaat Hamadé : 05-300651).
– L’atelier d’artisanat du Chouf (05-305937).
– Horch Baakline, la réserve naturelle (contacter la municipalité : 05-300528).
– La bibliothèque (05-304050).
– Un bon déjeuner en bord de rivière au restaurant al-Challalat al-Zarka (03-560301) ou al-Tahouna (05-305959).

Fiche technique

– Nombre d’habitants : 18 000 habitants tout au long de l’année.
– Président du conseil municipal :  Abdallah Ghoussaini (05/300528).
–  Célébrités du village : l’émir Fakhreddine II (1572 – 1635) ; Bahige Takieddine (ancien ministre et député), cheikh Nagib Alameddine, un des fondateurs de la MEA et de la banque Intra), Adnane Abou Ayache, ex-PDG de la banque al-Madina ; Marwan Hamadé (homme politique et journaliste) ; Ziad Takieddine ; Amal Alameddine Clooney.
– Logement et restauration : il n’y a pas encore d’hôtel à Baakline même, mais plusieurs anciennes maisons sont en cours de rénovation afin de devenir des auberges/maisons d’hôtes. Pour se restaurer : plusieurs snacks et petits restaurants dans le centre du village ; à 15 minutes en voiture, de nombreux grands restaurants se sont installés le long de la rivière Baakline, dont Challalat al-Zarka (03-560301), al-Tahouna (03-655563) et New Garbatella (05-301411).
– Altitude : entre 825 et 925 mètres. Superficie : 14 km2.
– Météo : froide en hiver avec chutes de neige, chaude en été.


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Sarkis Serge Tateossian

Un mot : bonheur

Stes David

C'est un beau vidéo de cette ville verte et riche. J'ai aimé le reportage sur l'arbousier, les abres sont une grande richesse du Liban et il y a une variété impressionante d'arbres. Aussi la première fois que je vois une presse de caroube classique ou traditionelle. En Grèce on utilise la poudre de caroube pour des desserts et confiserie. Je pense que la presse sert à moudre les graines solides de la caroube et non pas pour les gousses, mais on devra aller demander au musée de Baakline sans doute pour qu'on explique ...