Le village préféré des Libanais - 2018

#5 Enfé, fille du vent et de la mer

Le village préféré des Libanais
18/07/2018

Où ailleurs peut-on avoir les cheveux dans le vent, les pieds dans l’histoire et le sourire aux lèvres ? Enfé n’est pas une ville où l’on se contente de passer. C’est un lieu si enraciné dans son histoire qu’il en devient attachant, presque magnétique. C’est en même temps l’un des rares points sur la côte qui pourraient revendiquer un tourisme résolument moderne, celui qui a compris que seules les spécificités et l’identité sont des pôles d’attraction efficaces.
Fille du vent et de la mer, Enfé, sur la côte du Liban-Nord, était destinée à devenir une capitale du sel, ou de « l’or blanc », comme se plaisent à l’appeler les habitants du coin. D’ailleurs, les plus célèbres marais salants sont à admirer dans les terres du couvent Notre-Dame Saydet el-Natour, dans la région appelée Ras el-Natour, à l’extrême nord du village. Formant un prolongement avec la mer, scintillant de mille feux, ces structures traditionnelles marquent tant le paysage par une beauté qui leur est propre qu’elles en deviennent indissociables et qu’elles sont, depuis longtemps, la marque déposée du village.
L’écologiste Hafez Jreige, enfant de la région, membre du Mouvement écologique libanais, raconte l’histoire compliquée de ces marais salants, qui pourvoyaient le Liban de 35 000 tonnes de sel par an. La guerre civile a isolé les régions, portant un coup dur à ce commerce autrefois florissant… L’importation de sel étranger a fait le reste. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une vingtaine d’artisans au travail, mais les marais salants demeurent un site incontournable lors de toute visite du village. Non seulement le savoir-faire est en lui-même un patrimoine extraordinaire, mais la qualité du sel est rendue unique par le vent et la propreté de l’eau.
Le très beau couvent médiéval de Saydet el-Natour est lui-même organiquement lié au sel de cette côte. À l’entrée de la charmante petite cour intérieure en pierre du bâtiment, des sacs de sel sont proposés aux visiteurs.



Se promener « dans » l’histoire   
Le moins qu’on puisse dire, est qu’Enfé est un creuset d’histoire. Personne ne le sait autant que Nadine Haroun, directrice du département d’archéologie et de muséologie de l’Université de Balamand. Elle y dirige une large campagne de fouilles depuis 2012, en collaboration avec la municipalité. Enfé, avec son fameux promontoire surélevé qui se prolonge en mer en forme de nez (d’où le nom de la localité qui, en plusieurs langues anciennes et modernes, signifie enf, ou nez), a toujours eu une position stratégique, et a été occupé à travers les siècles. De par ses fouilles, l’archéologue est capable de certifier qu’il y a eu au moins quatre périodes d’occupation « certaines », la plus ancienne remontant au chalcolithique ou âge du bronze, l’ère byzantine (VIe et VIIe siècles), la période des croisés (XIIe et XIIIe siècles), et enfin l’époque ottomane.
L’histoire, à Enfé, n’est pas une vue de l’esprit. On s’y promène et rien n’est plus agréable que d’être accompagné par un féru de son village natal, Georges Sassine, conseiller auprès du Conseil du patrimoine d’Enfé. En sa compagnie, les églises orthodoxes médiévales n’ont plus de secret, notamment Notre-Dame du Vent, avec ses réservoirs antiques préservés et placés sous verre et ses peintures murales du XIIe siècle récemment restaurées. Dans un autre quartier, la très belle Sainte-Catherine côtoie une église double consacrée aux saints Simon et Michel, avec leurs belles icônes et leurs iconostases.
La promenade avec Georges Sassine ne saurait être complète sans un passage par les vestiges impressionnants de la citadelle croisée, détruite par les Mamelouks, dont il ne reste plus que les fondations, les immenses couloirs qui formaient ses défenses maritimes et le support en pierre de son pont-levis.

Une « hima »

Cette richesse de patrimoine encourage aujourd’hui le conseil municipal à lancer des projets pour accentuer le caractère typique du village. Christiane Nicolas Daaboul, membre du conseil municipal, explique que parmi ces projets, l’un des plus ambitieux est de créer une « hima », un concept de protection locale d’un site, avec la Société de protection de la nature au Liban (SPNL), qui s’étend sur une grande superficie terrestre et maritime, et qui consistera à utiliser les ressources de manière durable. La municipalité aspire à protéger une autre des richesses d’Enfé, ses olives, pour la vente desquelles elle a signé un accord avec une grande ferme de la région.
Elle a également entamé un projet de réhabilitation d’un des quartiers traditionnels du village avec l’AUB. Et pour mieux protéger la principale spécialité culinaire du village, les poissons et fruits de mer, un accord avec l’Université de Balamand permettra de faire des études et de développer la pêche. Car la ville a un port traditionnel dans lequel évoluent plusieurs dizaines de pêcheurs.

La « petite Grèce »
Mais à Enfé, on ne fait pas que du tourisme culturel ! Depuis quelques années déjà, Libanais et étrangers sont amoureux d’une petite crique aux chalets bleu et blanc, à l’eau limpide, où il est possible de louer une chaise et un parasol et de passer sa journée. Située dans ce qu’on appelle la région « sous le vent », surnommée ainsi car protégée du vent, cet endroit est l’un des plus typiques du littoral ; qui plus est, il reste ouvert au public.
Petits restaurants, location de jet-skis, natation, activités nautiques diverses comme le surf ou la plongée, on ne s’y ennuie pas en été et durant une bonne partie de l’année. D’ailleurs, il y a toujours à faire à Enfé en toutes saisons, de la pêche, aux randonnées, à l’exploration de grottes…
Il est si facile de tomber sous le charme d’Enfé qu’il serait absurde de s’en priver. Un détour par ce beau village est plus qu’une simple balade. C’est une expérience qu’on est résolument tenté de renouveler.


Comment y accéder

Enfé est un village côtier du caza du Koura, Liban-Nord, sur la route de Tripoli, à environ une heure et demie de Beyrouth. On y accède par l’autoroute Beyrouth-Tripoli, en prenant la bifurcation d’Enfé dans un sens comme dans l’autre. On peut aussi accéder à la ville par l’ancienne route côtière.


À ne pas rater

– Les marais salants et le couvent de Ras el-Natour.
– La côte appelée « sous le vent », surnommée « la petite Grèce », avec ses chalets bleu et blanc, sa plage rocheuse à l’eau limpide et ses petits restaurants.
– Les églises médiévales orthodoxes, notamment l’église de Notre-Dame du Vent (toute proche des chalets, sur la côte) avec ses peintures murales du XIIe siècle et ses réservoirs d’eau antiques, ainsi que l’église Sainte-Catherine et la double structure consacrée à saint Simon et saint Michel.
– Les vestiges de la citadelle croisée et le promontoire archéologique.


Fiche technique

– Nombre d’habitants : environ 7 000 l’hiver et 10 000 l’été.
– Célébrités issues du village : Mgr Élias Audi, métropolite de Beyrouth, Fouad Daaboul, journaliste, ainsi que des personnalités aujourd’hui décédées comme le poète Wahib Audi, le cardiologue chercheur Jacques Macari (États-Unis) ou encore le fondateur d’une école connue dans le village, Gebran Macari.
– Président du conseil municipal : Jean Nehmé.
– Trois maisons d’hôte, Ô Fleur de Sel (70-/365920), Anfawiyat (70-240650) et Marsé (70-000425), un motel dans Las Salinas (06-540970), possibilité de loger chez l’habitant.
– Plusieurs restaurants à l’intérieur du village et dans les chalets « sous le vent » dont celui, réputé, de Gergi el-Dayha, près du port qui le pourvoit directement en poisson frais (03-127693), al-Baydar (06-542942), al-Hara al-Sharkiya (06-545532), Wassim aal-Baher(70-180124 et 70-554417), Chez Fouad (70-830117), Ta7t el-Rih (78-955811) et plusieurs autres.
– Altitude : de 0 à 100 mètres.
– Météo : climat méditerranéen.

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Eleni Caridopoulou

Je vote pour Enfe

Stes David

Je me demande si dans l'antiquité on ne produisait pas de sauce "garum" (garos) à Enfé, sauce de poisson, produit de chair ou de viscères de poisson, ayant fermenté longtemps dans une forte quantité de sel, afin d'éviter tout pourrissement. La sauce de poisson (commercialisés dans des amphores) était un produit d'export à l'époque. Je me pose la question car on montre dans le vidéo des vestiges pour produire du "vin" mais je me demande si on n'y préparait pas peut-être de la sauce de poisson ?

Vahe Atmadjian

UNIQUE ET INCOMPARABLE SURTOUT SANTORINI