Le village préféré des Libanais - 2018

#3 Bkassine, un infini paradis de pins

Le village préféré des Libanais
18/07/2018

Avec son immense pinède centenaire qui contraste avec des montagnes arides, et ses maisons traditionnelles libanaises noyées dans les pins, Bkassine est un joyau brut du Liban-Sud, qui a su préserver son âme. Le béton n’a pas encore eu raison de cette localité où il fait bon vivre, renouer avec la nature et avec soi-même.
Le soleil tapait fort en cette journée de juin, mais à Bkassine – la cité du soleil, comme l’appelaient les Phéniciens –, une belle brise rafraîchit l’air, et le regard se perd dans le paysage.
À l’entrée du village, des bacs à fleurs bordant la route accueillent le visiteur. À mesure que l’on avance, on est fasciné par tant de beauté. La pinède, la plus grande du Moyen-Orient, s’étend à perte de vue. S’étalant sur 2,5 kilomètres carrés, elle compte plus de 120 000 pins pignons. En 1996, le ministère de l’Environnement l’a classée zone protégée. À juste titre, puisqu’elle est riche en biodiversité. Une étude sur sa flore avait identifié 168 espèces, dont 5 endémiques et 65 plantes médicinales. « Le pignon est l’une des plus importantes productions du village, explique le colonel Habib Farès, président du conseil municipal. Quelque quarante à cinquante familles vivent de ces plantations. » Le village est aussi réputé pour ses nombreuses oliveraies, la qualité de son huile et de ses olives.



Un village « propre »
Par moments, une douce odeur de lavande titille les narines. Sur le porche d’une maison, bien installées sous les arbres, un groupe de cinq femmes effeuillent allègrement des bouquets de thym séché. Ils sont essentiellement destinés à la consommation familiale, lancent-elles, insistant à offrir aux visiteurs le café de bienvenue.
À mesure que l’on s’aventure dans la bourgade, on ne peut que s’émerveiller devant tant de propreté. Bkassine semble ne pas être affecté par la crise des déchets. Ici, pas une seule benne à ordures « ne dérange la vue », insiste le colonel Farès. Il raconte qu’il y a près d’un an et demi, le conseil municipal a décidé de gérer lui-même ses propres déchets. Convaincus que le projet leur sera bénéfique, les habitants ont fait preuve de coopération. Ainsi, les déchets sont triés à la source et ramassés au quotidien par des employés municipaux qui les transportent à la station d’épuration des eaux usées du village, où ils sont rapidement triés une seconde fois. « Les déchets organiques sont broyés, explique-t-il. Chaque tonne permet de produire 12,5 kilos de gaz méthane et 500 kilos d’engrais organique. » Le plastique et le carton sont envoyés à l’usine de traitement de déchets de Saïda.
À Bkassine, le dicton « rien ne se perd, tout se transforme » trouve d’ailleurs toute son amplitude. En effet, après l’élagage des arbres, les branches et les brindilles sont récoltées et transférées dans une usine où elles sont transformées en bûches pour alimenter les cheminées.

Complexe écotouristique

Les paysages pittoresques ne sont pas le seul atout de la localité. Bkassine compte plus de dix ponts de l’ère ottomane et vingt-quatre tunnels d’eau. Le village propose aussi aux amateurs de randonnées deux circuits qui s’inscrivent dans le cadre du Lebanon Mountain Trail. Le premier relie Bkassine à la forteresse de Niha, à l’entrée de la réserve du Chouf. Faisant près de 7,3 kilomètres, « il est difficile et conseillé aux chevronnés », précise William Hélou, agent municipal et l’un des deux responsables des circuits. Le second circuit, plus facile, relie sur une longueur d’environ 15 kilomètres Bkassine à Jezzine. « La promenade est agréable, d’autant que les paysages sont diversifiés », raconte-t-il, soulignant qu’il est souhaitable d’informer la municipalité avant de s’aventurer sur ces sentiers. Les férus de vélo, de canyoning et de rappel peuvent pratiquer leur sport favori à la Maison de la forêt, un complexe écotouristique niché dans la pinède, où il est également possible de loger.
À l’instar de nombreux villages du pays, Bkassine a vécu durant la Première Guerre mondiale l’émigration d’un grand nombre de ses habitants en Amérique du Nord et du Sud. La guerre civile de 1975 s’est chargée du reste. « Les déplacements étant difficiles, la majorité des habitants ont migré vers la capitale ou le Mont-Liban, se souvient le colonel Farès. Nombre d’entre eux ne sont plus rentrés. Pour les encourager à le faire, nous avons initié un projet de logements que nous leur vendons à des prix étudiés. »

Le festival, un rendez-vous incontournable
Les femmes occupent une place prépondérante dans les projets initiés par le conseil municipal. À l’initiative de son président, neuf d’entre elles ont bénéficié de sessions de formation à la préparation professionnelle de la mouné. Aujourd’hui, elles sont plus de vingt à adhérer au projet. « Le président du conseil municipal vise plus haut. Il œuvre pour ouvrir une coopérative. Les formalités sont en cours », confie Thérèse Harfouche, présidente de la coopérative. « Entre-temps, nous profitons des fruits et des légumes saisonniers pour préparer quelques produits, comme des confitures, des sirops, des compotes… que nous vendons aussitôt », se réjouit Jacqueline Boulos, vice-présidente de la coopérative.
La promenade à Bkassine reste incomplète sans une visite des trois églises de la localité, notamment celle de sainte Tècle, mais aussi des magnifiques niches dédiées à Notre-Dame de Lourdes, sainte Thérèse et saint Charbel… En septembre, il ne faut pas rater le festival. Initialement organisé à l’occasion de la fête de sainte Tècle, le 24 septembre, il est devenu depuis quelques années un rendez-vous incontournable. S’étalant tout au long du mois de septembre, « il compte de nombreuses activités artistiques, culturelles, sportives et religieuses et attire chaque année plus de 20 000 visiteurs », explique Habib Khoury, président du comité des activités à la municipalité et membre du comité du festival.
Envie de changement ? Se munir de ses bottes de marche et cap sur Bkassine. La bonne humeur est au rendez-vous.


Fiche technique

– Nombre d’habitants : environ 1 000 résidents en hiver et 1 600 en été.
– Président du conseil municipal : Habib Farès.
– Célébrités du village : Abou Samra Ghanem, qui faisait partie de la commune d’Antélias et qui a conduit la bataille contre l’armée d’Ibrahim Bacha ; Mgr Abdallah Khoury, qui a été à la tête de la deuxième délégation libanaise à la conférence de paix de 1919 à Versailles, en France ; Mgr Boutros Harfouche, ancien vicaire patriarcal à Paris et actuellement à Bkassine pour sa retraite ; le Dr Chaker el-Khoury, premier médecin diplômé de l’Université du Caire, en Égypte ; et Joseph Harfouche, auteur du livre de grammaire arabe.
– Possibilité de séjourner à la Maison de la forêt (07-800222, 78-828252) ou dans les maisons d’hôtes : monastère Saint-Joseph (07-800014, 03-859734) ; Hello Thea B&B (07-800402, 71-397068) ; Pine Land B&B (07-800146, 03-5120969) ; et Maroun & Linda B&B (07-800180, 70-108327).
– Restaurants : la Maison de la forêt, en plus de plusieurs snacks.
– Spécialités culinaires : cuisine libanaise ; mouné (Jacqueline Boulos : 76-414186 ; Thérèse Harfouche : 71-051761).
– Activités : vélo, rappel, canyoning (appeler la Maison de la forêt) ; randonnées (contacter la municipalité aux 07-800580, 07-800046, ou les guides William Hélou au 70-800025 ou Rifaat Oujail au 03-860572).
– Altitude : 800-1 000 mètres.
– Météo : climat méditerranéen.


À ne pas rater

– La pinède.
– Les églises de sainte Tècle, de Notre-Dame de la Délivrance, le monastère Saint-Joseph, les niches dédiées à Notre-Dame de Lourdes, à sainte Thérèse et à saint Charbel.
– Les ponts, les moulins et les tunnels.
– Un café ou un verre à la Maison de la forêt.
– Les anciennes maisons du village.
– Le festival de sainte Tècle dont le coup d’envoi sera donné le 31 août par une soirée animée par Nassif Zeitoun, suivie, le 1er septembre, d’une soirée animée par Melhem Zein.

Comment y accéder ?

– Venant de Beyrouth, prendre l’autoroute menant à Saïda, monter vers Salhiyé, Lebaa, Majdfelyoun, Kfarfalous et poursuivre jusqu’à Bkassine.
– Venant de la Montagne, prendre la route menant vers Beiteddine, Moukhtara, Bater, se diriger vers Jezzine, puis Bkassine.
– Venant de la Békaa, se diriger vers le lac du Qaraoun, passer par Kefraya, Saghbine, Machghara, continuer jusqu’à Rihane, Kfarhouna, Jezzine puis Bkassine.

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Marionet

Très beau village je confirme, avec de magnifiques maisons dans le style tradi libanais et, bien sûr la pinède qui offre des occasions de balades magnifiques.

Le Faucon Pèlerin

Appel d'un Sarbaoui : A la vue de la photo des pins de Bkassine, mon coeur s'est serré de regret. J'ai connu la pinède de Kaslik à Sarba depuis les années 1935 où les pins se comptaient par centaines, il n'en reste que quelques malheureux spécimens. Je souhaiterais que les autorités concernées prennent en charge de reboiser autant que possible la pinède historique de Kaslik massacrée par les armées ottomanes, puis françaises, puis australiennes puis par l'urbanisation et ce, en apportant quelques beaux pins de la pinède encore intacte de Bkassine afin de les replanter dans les rares endroits encore disponibles à Kaslik.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN TRES BEAU VILLAGES COMME D,AILLEURS TOUS LES AUTRES VILLAGES DU LIBAN !

Hyam Kahi

Un des plus beaux villages du Liban...