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Liban

Mireille Girard à « L’OLJ » : La mission du HCR est d’assurer les conditions adéquates à un retour des réfugiés

Liban-ONU

La représentante du HCR souhaite dissiper les « malentendus » autour notamment des entretiens avec les réfugiés, de la banque de données et de la notion de « retour prématuré ».

14/06/2018

Quelques jours après la décision du ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil de bloquer les permis de séjour des employés du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) qu’il accuse de chercher à freiner le retour en Syrie de quelque trois mille réfugiés à Ersal, Mme Mireille Girard, représentante du HCR au Liban, a accepté de répondre aux questions de L’Orient-Le Jour au sujet des tenants et des aboutissants de cette affaire.

Soucieuse d’apporter un éclairage supplémentaire sur un sujet qu’elle qualifie d’extrêmement « sensible » et de clarifier les zones d’ombre qui entourent le dossier des réfugiés, en dissipant au passage certains malentendus qui ont contribué à faire monter la tension, la diplomate reconnaît d’emblée que la présence de plus d’un million de réfugiés syriens au Liban constitue « un grand stress ».
En définitive, dit-elle, tout le monde travaille dans le même objectif, qui est le retour de l’ensemble des réfugiés chez eux, même si parfois les moyens d’y parvenir ne sont pas exactement les mêmes, « le HCR étant tenu d’appliquer les standards internationaux tout au long de sa démarche ».

La diplomate tient tout d’abord à préciser que les questions types ou standard que le HCR soumet aux réfugiés (et que M. Bassil dénonce) ne visent aucunement à les dissuader d’un quelconque retour mais plutôt à s’assurer que les personnes concernées sont bien informées de la situation, concernant notamment les formalités et documents dont elles doivent disposer, tels que les attestations scolaires ou taxes de séjour à payer avant le retour et qui souvent se sont avérées avoir « un effet dissuasif au niveau du départ des réfugiés ».
Il s’agit, explique la représentante onusienne, beaucoup plus d’une « discussion permettant aux réfugiés de s’exprimer sur leur situation familiale, leurs projets, leurs besoins, mais aussi au HCR de comprendre comment évolue leur perception de la question du droit au retour et d’identifier les personnes qui sont prêtes à rentrer ». Généralement, confie Mme Girard, lorsque la crise prend fin, près de 90 % des réfugiés expriment le souhait de retourner dans leur pays.
Consciente du sentiment qui prévaut actuellement chez une large partie des Libanais qui désormais « commencent à ressentir lourdement le poids de la crise syrienne qui perdure depuis huit ans », elle constate qu’il y a toujours « une charge émotionnelle importante lorsque ce sujet est évoqué ».


(Lire aussi : Rentrer en Syrie ou rester au Liban ? Des réfugiés syriens s’expriment)



Confusion
La représentante du HCR fait remarquer que certaines positions ont été mal interprétées, d’où la confusion et la tension ascendante qui entoure depuis quelques jours ce dossier. Parmi les malentendus, la question de la banque de données soulevée mardi par M. Bassil, qui est revenu à la charge pour accuser le HCR de refuser de remettre aux autorités libanaises les informations à sa disposition concernant les réfugiés, des éléments susceptibles, selon lui, de permettre d’effectuer une distinction entre les réfugiés économiques et ceux qui sont au Liban pour des raisons politiques et sécuritaires. À ce sujet, Mme Girard tient à souligner qu’en vertu d’un accord avec le gouvernement libanais qui date de 2014 et qui porte sur le partage des données, « le HCR a remis au gouvernement les informations en sa possession, dont le ministère des Affaires sociales est désormais récipiendaire » . Et de faire remarquer que l’organisation onusienne collabore très étroitement avec la Sûreté générale sur ce dossier depuis le début, notamment pour ce qui a trait à la gestion des résidences et des permis de séjour.
On apprend ainsi que le HCR a même fait don d’équipements et de logiciels pour informatiser les données concernant les réfugiés. À ce jour, 13 centres ont été équipés, 5 autres sont en voie de le devenir.


(Lire aussi : Depuis Ersal, Bassil persiste : Nous ne reviendrons pas sur le retour des réfugiés syriens )



Réfugiés économiques
Quant aux réfugiés qui continuent de faire un aller-retour permanent entre la Syrie et le Liban – un phénomène également dénoncé par M. Bassil, qui remet en cause la légitimité du statut de réfugié de ces personnes en faisant assumer cette responsabilité au HCR –, Mme Girard explique que « dès lors qu’une personne est identifiée par le HCR comme étant un réfugié économique ou qu’elle se trouve au Liban pour des raisons qui ne sont pas impératives ou urgentes, elle est systématiquement rayée de nos listes. Nous travaillons avec la Sûreté générale pour échanger nos informations à ce sujet ». Depuis 2014, plus de 15 000 personnes ont été rayées des listes de l’organisation et les aides dont elles bénéficiaient ont été immédiatement désactivées. « À l’évidence, il est de l’intérêt du HCR de surveiller cette question de près, d’autant que l’organisation dispose à peine d’assez de fonds pour pouvoir soutenir ceux qui en ont réellement besoin. »

Interrogée sur la question du refus présumé du HCR de « tout retour prématuré », une position que M. Bassil a stigmatisée mardi en affirmant que l’organisation cherche à « interdire un retour proche » des réfugiés, Mme Girard note que le mot « prematured » (en anglais sur le site de l’organisation) ne veut pas dire un « retour proche » mais plutôt l’idée que « les conditions ne sont pas suffisamment mûres pour ce retour selon les standards internationaux, c’est-à-dire en cas de retour forcé et non sécurisé ». « Cela dit, poursuit la diplomate, nous ne nous opposons aucunement à un retour spontané ou volontaire », comme ce fut le cas pour les réfugiés de Chebaa, qui ont pris le chemin du retour vers Beit Jinn il y a quelques mois, une opération qui n’avait posé aucun problème à l’époque et que le HCR avait respectée dans la mesure où les décisions étaient volontaires.
« Le mandat du HCR est de trouver des solutions pour qu’il n’y ait plus de réfugiés. Notre mandat se termine une fois cet objectif atteint. En ce qui concerne le Liban, le HCR envisage les solutions en dehors du Liban et non à l’intérieur (retour en Syrie ou acheminement vers un pays tiers). Notre mission consiste principalement à lever les obstacles qui entravent le retour. »


(Lire aussi : Pour le Liban, le problème n’est pas avec les « déplacés » syriens, mais avec les organisations internationales)



La diplomate a tenu à rappeler plus d’une fois que la mission de l’organisation onusienne est « humanitaire par essence et non politique », même si l’organisation est appelée à traiter avec les autorités pour faciliter la vie des réfugiés. Elle a évoqué par ailleurs la question du service militaire obligatoire en Syrie, une question « essentielle qui souvent constitue un facteur de dissuasion » pour nombre d’hommes en âge de combattre.
 « Ce que l’on sait déjà, c’est qu’aux endroits où le processus de réconciliation a été enclenché, comme par exemple à Flita et à Beit Jinn, les autorités syriennes sont convenues d’une exemption de 6 mois. Nous essayons actuellement d’obtenir une exemption complète », dit-elle.

En ce qui concerne le décret numéro 10 adopté par le régime syrien au sujet de la restitution des biens-fonds à leurs propriétaires dans un laps de temps précis, fixé désormais à un an à la faveur des négociations entre le HCR et le régime syrien, la représentante du HCR a précisé que bien que le cadre juridique soit incontournable en amont du processus de reconstruction, il faut voir quelles seront les modalités d’application de cette loi et ses implications sur les réfugiés. « Nous avons déjà établi un comité technique conjoint avec les autorités pour examiner les diverses composantes de cette question qui a suscité beaucoup d’interrogations », dit-elle.

À la question de savoir enfin si le HCR n’est pas en quelque sorte instrumentalisé par la communauté internationale qui cherche à se laver les mains des réfugiés syriens en faisant assumer cette responsabilité au Liban, elle répond : « Nous n’avons pas d’avis ou de jugement sur les personnes qui sont au pouvoir et notre mandat est de traiter la situation des réfugiés et des déplacés sous le seul angle humanitaire. Il faut savoir que nous n’avons pas toutes les clés pour lever les obstacles et sommes conscients de la complexité de la situation sécuritaire en Syrie. » Une chose est certaine, conclut Mme Girard : « La majorité des réfugiés désirent retourner chez eux. Le retour est souhaité du côté libanais également. En bref, tout le monde veut le retour qui devrait toutefois s’opérer selon les standards convenus. »



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Antoine Sabbagha

Entre la Logique de madame Mireille Girard et la vraie situation des syriens qui ne cessent d'augmenter le fossé est grand . Mais la diplomatie finira par l'emporter .

LA TABLE RONDE

Écoutez, j'ai le droit de dire que je n'ai aucune sympathie pour cette femme en qui JE n'ai aucune confiance , non ?

ON lit à longueur de journée des intervenants exprimer leur doutes et mépris sur des politiciens libanais et ils sont publiés.

Alors svp PUBLIEZ moi à la fin .

gaby sioufi

DIPLOMATE, dame girard l'est bien .
elle tient a faire croire que ses reps. ont les moyens de suivre l'evolution des choses pas a pas, quel refugie fait quoi et quand etc....
refugie economique, touristique, intellectuel, ou encore artistique ELLE a les chiffres exacts et donc en tire les conclusions qu'il faut dit elle !
sans mentir bien sur.
MAIS en quoi est elle responsable SI notre gouv ne fait meme pas le minimum pour rectifier le tir. il normal qu'elle en profite pas vrai ?
charite bien ordonnee commence par soi-meme:
Elle l'applique bien elle
reste a nous de le faire aussi.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CLAIR ET PRECIS. ASSEZ D'EN USER POUR DES ACQUIS POLITIQUES !

Le Faucon Pèlerin

Bonjour Mme Mireille Girard, vous dites "Lorsque la crise prend fin, près de 90% des réfugiés expriment le souhait de retourner dans leur pays". Si j'ai bien compris 10% soit 165.000 ne veulent pas retourner dans leur pays. Leur place n'est pas au Liban, il y a des pays arabes qui mesurent 200 fois la superficie du Liban, il peuvent accueillir tous les réfugiés étrangers qui se trouvent au Liban. Ainsi, la crise prendra fin chez nous aussi.

NAUFAL SORAYA

On connait le jeu perfide de ces institutions et combien leur position officielle est hypocrite... Si encore, elles avaient les moyens de subvenir aux besoins des réfugiés... mais si c'est pour les maintenir dans cette précarité (mis à part notre exaspération ô combien justifiée...)...

FAKHOURI

Ne vous souciez pas tant que àa
le Ministre des AE libanais fait beaucoup de bruit
Il ne faut pas le craindre
Depuis qu'il est à ce poste, imposé par son beau père, il ne crée que des conflits qui s'étouffent d'eux mêmes. laissez le gesticuler
Patience et courage

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