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Liban

La représentante du HCR convoquée aux AE, Merhebi qualifie Bassil de « raciste »

Réfugiés syriens

« Gebran Bassil reproche au HCR d’encourager les réfugiés à rester ici en leur donnant de l’argent », souligne un proche du ministre des Affaires étrangères.

21/04/2018

La convocation hier, par le ministère des Affaires étrangères, de la représentante du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), Mireille Girard, a été vivement critiquée par le ministre d’État pour les Affaires des réfugiés, Mouïn Merhebi. Ce dernier a dénoncé la décision du ministre Gebran Bassil, qualifiant son collègue de « raciste ».
La représentante du HCR a été convoquée par le directeur des affaires politiques et consulaires au sein du ministère des Affaires étrangères, Ghadi el-Khoury, suite à la parution mercredi d’un communiqué dans lequel l’organisme onusien indique être « au courant » du retour volontaire de près de 500 réfugiés depuis Chebaa, au Liban-Sud, vers la localité de Beit Jan, récemment reprise par le régime syrien, mais ne pas être « impliqué dans l’organisation de ce retour ou d’autres retours pour le moment, vu l’état de la situation humanitaire et sécuritaire en Syrie ». « Le HCR respecte cependant les décisions individuelles des réfugiés de retourner dans leur pays d’origine, lorsqu’elles ne sont pas prises sous la pression », poursuit le communiqué.
 « Je n’ai pas compris pourquoi ils ont fait toute une histoire de la déclaration du HCR », a réagi Mouïn Merhebi, contacté par L’Orient-Le Jour. « Ce sont ceux qui nous aident le plus et qui font le plus d’efforts pour que les réfugiés puissent rentrer chez eux, mais ils ne peuvent pas non plus les mettre en danger », a-t-il ajouté. « Tout ce qui est fait maintenant, c’est de la surenchère politique avant les élections », a-t-il estimé, s’en prenant violemment à M. Bassil. « Gebran Bassil est en train de nous tirer vers le bas. Il est raciste et confessionnel. (…) Si parmi les réfugiés qui rentrent en Syrie, il y aura des opposants, leur sort sera soit de tuer, soit d’être tués. Le régime syrien fait pression sur ses agents, dont M. Bassil, pour que ces personnes-là rentrent. Nous ne voulons pas avoir sur la conscience le fait de remettre la victime au bourreau », a lancé M. Merhebi.


(Lire aussi : Réfugiés syriens : Le HCR espère au moins 1,3 milliard de dollars pour le Liban)



Un comportement « étrange »
 « Le comportement de M. Bassil est étrange, à l’heure où nous devrions être en train de voir comment aider ces réfugiés à garder leurs propriétés en Syrie », a encore dit M. Merhebi. Il faisait allusion au fait que le régime syrien demande, selon la « loi 10 » syrienne, à chaque personne désireuse de retourner chez elle d’exhiber un certificat de propriété, faute de quoi la démarche est impossible. « La communauté internationale doit aider ces gens-là à recouvrer leurs propriétés », a-t-il ajouté.
Au cours de l’entretien avec Mme Girard, Ghadi el-Khoury a remis en cause « la conduite du HCR, qui a publié un communiqué contrevenant à la politique générale du Liban (...), qui préconise le retour en toute sécurité et dignité des déplacés syriens dans leur pays ». « La situation sécuritaire dans la plupart des régions de la Syrie permet ce retour », a-t-il souligné. M. Khoury a enjoint au HCR de « tenir compte dans ses communiqués de l’évolution de la situation en Syrie et des priorités du gouvernement libanais », et de « s’abstenir de publier des communiqués entravant l’opération de retour ».


(Lire aussi : Le retour de réfugiés syriens installés à Chebaa s’est fait hors du plan du gouvernement libanais)


Un proche du ministère des Affaires étrangères a précisé pour sa part à L’OLJ que la position de Gebran Bassil par rapport au HCR « n’est pas nouvelle ». « M. Bassil considère que le HCR n’est pas légal et il lui reproche d’encourager les réfugiés à rester ici en leur donnant de l’argent. De plus, il reproche à l’organisme de ne pas coordonner ses actions avec l’État », a indiqué le responsable. « Le HCR nous contredit devant les instances internationales en disant que nous avons environ 900 000 réfugiés alors qu’ils sont plus d’un million et demi », a-t-il ajouté. Le responsable a en outre critiqué le communiqué du HCR sur le retour des réfugiés de Chebaa. « Qui leur a demandé leur avis sur le départ des réfugiés ? Je ne comprends pas pourquoi ils ont publié un communiqué là-dessus », a-t-il déclaré.
Joint par L’OLJ hier soir, le HCR s’est refusé à tout commentaire sur la situation. À noter que la convocation de Mme Girard intervient à quelques jours de l’ouverture, le 24 avril à Bruxelles, d’une conférence d’aide aux réfugiés syriens.
C’est dans ce cadre que le Premier ministre, Saad Hariri, s’est réuni hier avec le coordonnateur spécial adjoint des Nations unies pour le Liban, Philippe Lazzarini, et l’ambassadrice de l’Union européenne à Beyrouth, Christina Lassen, en vue de préparer la conférence de Bruxelles. Les discussions ont porté sur l’importance pour la communauté internationale de tenir ses engagements et en particulier sur la nécessité de poursuivre les efforts pour soutenir les communautés hôtes qui sont « au premier plan de la crise syrienne ».


(Lire aussi : Près de 500 réfugiés syriens ont quitté Chebaa pour la Syrie)


HRW dénonce les expulsions
La convocation de Mme Girard a concordé avec la publication, hier, par Human Rights Watch d’un rapport dans lequel l’organisation dénonce le fait que des milliers de réfugiés syriens ont été délogés de force et expulsés dans certaines villes du Liban pour des motifs « incohérents » et « discriminatoires ».
Au moins 3 664 réfugiés ont été expulsés d’au moins 13 municipalités entre 2016 et le premier trimestre de 2018, « apparemment en raison de leur nationalité ou religion », a estimé HRW, en s’appuyant sur des chiffres du HCR. « La détresse des réfugiés au Liban a été exacerbée par l’insuffisance du soutien international », ajoute le rapport. Alors que les motifs d’expulsion invoqués, comme le fait de ne pas avoir déclaré son bail à la municipalité, sont aussi le fait d’habitants libanais, « les mesures prises par ces municipalités ont visé exclusivement des ressortissants syriens », souligne le rapport. HRW pointe également une dimension religieuse. Ces expulsions « ne répondent pas à un plan national cohérent mais constituent plutôt une réponse ad hoc de certaines municipalités, principalement chrétiennes ». Ces expulsions contestées, « qui se sont multipliées au dernier trimestre de 2017 », s’inscrivent dans « un environnement de discrimination et de harcèlement » envers les réfugiés syriens au Liban, dénonce encore le HRW.


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FAKHOURI

Non, il n'est pas raciste
Dans la situation très agitée dans la région , à ce poste des AE, on a besoin d'un homme de sagesse, compétent, qui sert son pays en dehors de toute soumission à un pays étranger
Qu'avons nous ? Un homme aux ordres de son beau-père, aveuglement. s'acharnant sur le HCR qui rencontre beaucoup de difficultés (en particulier financiers) à servir ces réfugiés qui ont tout perdu. Son beau-père est aux ordres de HN , et HN aux ordres de l'Iran
L'Iran ne cherche pas la paix en Syrie
Il faut beaucoup d'intelligence et de savoir faire en diplomatie pour gérer tout ces pays étrangers à rester hors du Liban
L'Iran agit en conquérant avec l'aide de milices et la Russie. Il n'y aura ja mais de paix dans ce pays. Le point de non retour est atteint depuis longtemps. Trop de morts,
Les syriens n'oublieront jamais
Bassil prononce des avis électoraux pour acquérir des voix Hezbollah dans les régions chrétiennes


L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET LE MINISTRE MERHEBI A PLEINEMENT RAISON !

NAUFAL SORAYA

Pourquoi??? M. Bassil est le seul Libanais profondément indisposé par la présence d'un million de réfugiés syriens sur notre sol????

Et comble des combles, alors que nous luttions pour sauvegarder notre territoire il ne nous manque plus qu'à lire des phrases de ce type: "nous devrions être en train de voir comment aider ces réfugiés à garder leurs propriétés en Syrie"!!!

On aura vraiment tout vu!

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