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Santé

La thérapie cellulaire, des progrès continus

Médecine reconstructive

Le champ d’application de la thérapie cellulaire, utilisée depuis des décennies,
s’élargit. Aujourd’hui, elle bénéficie aux grands brûlés, comme à réparer des tendons, des cartilages ou des muscles abîmés.

Nada MERHI | OLJ
09/06/2018

La thérapie cellulaire est en plein essor dans le monde médical. Contrairement à ce que l’on pense, cette technique, qui consiste à « recourir aux cellules du corps pour aider à réparer ou à remplacer une fonction qui manque », n’est pas une nouveauté. Les spécialistes y ont recours « depuis plus de six décennies », explique le Dr Wassim Raffoul, chef du service de chirurgie plastique et reconstructive au Centre hospitalier universitaire vaudois, en Suisse. « La transfusion sanguine, à titre d’exemple, est une thérapie cellulaire qui vise à réinjecter chez le patient les cellules sanguines qui lui manquent », poursuit-il.

La nouveauté reste toutefois dans l’élargissement du champ d’application de la thérapie cellulaire qui peut actuellement bénéficier aux grands brûlés. Elle sert aussi à réparer des tendons, des cartilages ou des muscles abîmés.

Ces avancées ont été possibles grâce à la biologie moléculaire qui a permis une meilleure compréhension du fonctionnement des cellules souches, qui ont deux propriétés, « la capacité à se diviser et à se régénérer toute la vie, d’une part, et l’aptitude à générer toutes les autres cellules du corps, d’autre part ».

Il existe différentes catégories de cellules souches : embryonnaires, ayant la capacité de se multiplier, puis de se spécialiser pour former la peau, les os, les tendons, les cheveux, etc. ; fœtales, qui sont des spécialisées, dans le sens où elles connaissent déjà leur fonction (former la peau, les os, les tendons, etc.) ; et matures ou adultes, qui sont les cellules du corps.

Ce sont toutefois les cellules fœtales « prélevées sur des fœtus d’avortement âgés entre neuf et quatorze semaines » et les cellules adultes qui sont autorisées en médecine. « Les cellules embryonnaires sont utilisées dans la recherche fondamentale, souligne le Dr Raffoul. Ces cellules ont beaucoup de capacités et leur manipulation peut être très dangereuse. D’ailleurs, leur utilisation est très controversée, notamment sur le plan éthique. Ce sont ces cellules d’ailleurs qui ont été utilisées pour créer la chèvre Dolly. »

En Suisse, la thérapie cellulaire est bien réglementée et régulée, « la loi étant très stricte à ce niveau », relève le spécialiste à L’Orient-Le Jour, en marge des travaux de la cinquième édition des Printemps de la faculté de médecine de l’Université Saint-Joseph, tenus récemment à Beyrouth.


(Lire aussi : Une greffe de cellules souches, espoir contre la sclérodermie)


Meilleure prise en charge des grands brûlés
Les champs d’application de la thérapie cellulaire commencent à se diversifier. Dans la chirurgie reconstructive, cette thérapie se traduit notamment par le développement de pansements biologiques qui permettent une meilleure prise en charge des grands brûlés. « Il s’agit de compresses fabriquées à partir de cellules fœtales cutanées qui permettent de cicatriser une plaie et de garder une fonction normale de la peau et de tous les tissus, précise le Dr Raffoul. Aussi, une biopsie cutanée de 2 cm2 permet-elle de fabriquer 35 milliards de pansements de 9 x 12 cm. »
Et d’ajouter : « Les cellules souches fœtales ont un énorme avantage, celui de manquer d’immunité. De ce fait, elles ne seront pas rejetées et peuvent donc être utilisées chez n’importe quel patient. Toutefois, elles ne seront pas utilisées pour remplacer un organe, mais pour le stimuler. Ainsi, chez les brûlés, ces pansements vont sécréter des facteurs de croissance qui permettent de guérir les plaies et de les cicatriser. Ils sont beaucoup plus efficaces que les pansements ordinaires dont on dispose. » Comment sont créés ces pansements ? « D’abord, on commence par définir le type de cellules à prélever, précise le Dr Raffoul. Si on veut traiter des plaies, il faut travailler avec des cellules cutanées. On prend une biopsie cutanée du patient qui sera mise en culture. Les fibroblastes, c’est-à-dire les cellules qui forment le derme et assurent l’élasticité de la peau, sont séparés des kératinocytes, qui sont les cellules qui forment l’épiderme. Par la suite, ces cellules sont cultivées séparément, avant d’être rassemblées pour former une peau qui sera placée sur celle du patient brûlé. Les résultats sont impressionnants. »

Dans le centre dirigé par le Dr Raffoul, sont également utilisées les plaquettes sanguines. « Ce sont des débris de cellules qui ont pour fonction principale d’arrêter le saignement, note-t-il. Elles sécrètent également des facteurs de croissance qui favorisent la cicatrisation. Jusqu’à une période récente, il était très difficile de manipuler les plaquettes. Aujourd’hui, nous disposons d’un kit spécial et de méthodes de centrifugation très simples qui permettent de préparer des pansements plaquettaires à des coûts très abordables, environ quatre dollars par pansement. Celui-ci est par la suite appliqué directement sur le patient. Son activité est plus efficace que toutes les autres thérapies. La cicatrisation complète nécessite cinq à six jours contre deux semaines en moyenne avec les pansements conventionnels. Ils contribuent aussi à diminuer la douleur. Les plaquettes sanguines permettent également de guérir des tendinopathies, c’est-à-dire des déchirures du tendon. Ces traitements permettent aussi d’améliorer les cicatrices et de les rendre moins visibles. »


(Pour mémoire : Des cellules souches pour réparer le cœur : une percée ?)


Défis éthiques
Un hic cependant. Aussi formidables que soient ces pansements biologiques, « ils ont, à ce jour, l’inconvénient de n’avoir aucun effet antibactérien comme c’est le cas avec les pansements conventionnels généralement imbibés de produits antibactériens », constate le Dr Raffoul. Il précise que son équipe œuvre actuellement à « ajouter aux cellules des effets antimicrobiens, non pas des antibiotiques, en raison de la résistance à cette classe de médicaments, mais des peptides, qui sont des protéines très courtes aux effets antibactériens, ou encore des molécules qui inhibent la virulence des bactéries ». « Nous sommes toujours à la phase des tests sur l’animal », précise-t-il.
Le Dr Raffoul souligne en outre que la prise en charge d’un patient par la thérapie cellulaire est multidisciplinaire, incluant une collaboration avec des ergothérapeutes et des physiothérapeutes. « Les pansements qu’on va poser sur le patient sont fragiles et doivent être immobilisés, indique-t-il. Il faut aussi rééduquer la peau. »

Quel est l’avenir de la thérapie cellulaire ? « Certes, cette thérapie permet de sauver des vies, mais elle doit encore être améliorée, affirme le Dr Raffoul. Aussi avons-nous beaucoup à apprendre sur les interactions intracellulaires. Actuellement, nous effectuons des recherches pour trouver un moyen pour faire des glandes dans la peau, parce qu’à ce stade, les personnes qui bénéficient de ces traitements biologiques ne transpirent pas. On essaie aussi de trouver un moyen pour faire des poils, parce qu’à ce jour, nous n’avons pas encore réussi à couvrir les alopécies. Nous sommes convaincus que pour réussir à faire les glandes et les poils, nous devons recourir à la troisième cellule de la peau, soit l’adipocyte (la graisse). Nos recherches sont menées dans ce sens. Mais le chemin est encore long. »

Des recherches sont également menées sur les tissus musculo-squelettiques (muscles, os, tendons) « pour essayer de trouver un moyen de les régénérer ». « Si on réussit à le faire, on peut changer la vie des enfants qui souffrent de myopathie, observe le Dr Raffoul. Des travaux sont effectués aussi sur les cartilages, cela permettra de traiter les lésions du genou ou même une arthrose débutante. D’autres équipes travaillent à développer des thérapies cellulaires pour guérir les vaisseaux cardiaques. D’autres œuvrent à développer des phagothérapies, qui consistent à utiliser des virus pour tuer les bactéries, sans toutefois nuire à l’être humain. Si les recherches aboutissent, il serait possible de traiter les infections bactériennes chez l’homme. »

Quid des défis ? « Ils sont surtout d’ordre éthique parce qu’il est facile de se laisser entraîner dans les dérives, insiste le Dr Raffoul. Or nous ne sommes pas des dieux. Sur le plan technique aussi, les défis sont nombreux, d’autant que la nature est subtile et les manipulations que nous effectuons sont grossières. Nous avons mis dix ans pour réussir à faire les pansements biologiques. Il faut donc avoir de la passion et de la patience, parce qu’on est toujours au début d’une longue route. »

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