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Économie

L’économie turque en surchauffe, un déclencheur des élections anticipées

Conjoncture
OLJ
23/04/2018

L’économie turque, qui présente la croissance la plus rapide du G20 mais sur laquelle pèsent des interrogations à long terme, a été l’un des principaux déclencheurs de la convocation d’élections anticipées en juin, et risque également de peser sur le scrutin. La Turquie a enregistré une croissance de 7,4 % en 2017, mais ces chiffres n’ont pas permis de tempérer les inquiétudes concernant la santé sous-jacente de l’économie, marquée par une inflation à deux chiffres, un large déficit du compte courant, une devise affaiblie et des dettes d’entreprises élevées.
L’économie a souvent été le joker brandi par Recep Tayyip Erdogan au cours de ses 15 années au pouvoir, le chef de l’État se targuant d’avoir sauvé le pays du chaos après la crise économique de 2000-2001. En avançant les élections législatives et présidentielle au 24 juin, soit environ un an et demi plus tôt que prévu, M. Erdogan souhaite briguer un mandat supplémentaire avant que l’économie ne s’effondre, selon les analystes. Et l’opposition souhaitera probablement capitaliser sur le mécontentement naissant à propos de l’économie, au moment où l’inflation et le chômage se maintiennent à plus de 10 %. « Il n’y avait absolument aucun moyen que l’économie garde ce rythme (de croissance) » jusqu’à novembre 2019, date prévue des élections, estime Atilla Yesilada, spécialiste de la Turquie chez Global Source Partners à Istanbul, ajoutant que l’économie « va trop vite ».

« Instabilités »
Aucun visiteur ne peut passer à côté des chantiers qui poussent à chaque coin de rue d’Istanbul ou des autres villes majeures de Turquie. Une frénésie à laquelle prend part le gouvernement, avec ses mégaprojets d’infrastructures, que ce soit l’immense aéroport qui doit ouvrir à la fin de l’année à Istanbul ou un nouveau canal qui doit être creusé parallèlement au Bosphore.
Mais les marchés s’inquiètent des informations selon lesquelles deux grandes entreprises turques ont engagé des restructurations financières, signe d’ambitions excessives. Le groupe Dogus, qui détient notamment la banque Garanti Bank, et Yildiz Holding, propriétaire des marques Godiva et McVitie’s, ont demandé une restructuration financière de plusieurs milliards de dollars, selon certains médias. « Les données économiques ont toutes été assez bonnes jusqu’à présent. Mais il est clair que cela crée des instabilités », estime William Jackson, de Capital Economics. Selon lui, les principaux facteurs d’inquiétude sont l’inflation élevée et le déficit croissant du compte courant, qui indique combien la Turquie emprunte à l’étranger. Mais pour Charles Robertson, de chez Renaissance Capital, ces facteurs ne sont pas assez marqués pour mettre en danger M. Erdogan lors des élections. « Le chômage reste à un niveau acceptable, et comme de nombreux Turcs ont des économies en devises étrangères, même la faiblesse de la livre turque n’est pas si douloureuse pour les classes moyennes », explique-t-il.

Devise affaiblie
La livre turque a perdu près de 10 % de sa valeur contre le dollar entre le début de l’année et la convocation des élections anticipées, ce qui en fait l’une des monnaies des marchés émergents les moins performantes au monde. Mais l’annonce du président Erdogan mercredi a permis à la livre turque de se rétablir légèrement.
M. Jackson dit toutefois ne pas être « sûr que cela puisse être soutenu », du fait de l’ampleur du déficit du compte courant qui rend la Turquie dépendante des flux de capitaux étrangers, ce qui pourrait faire pression sur la monnaie. Les marchés attendent prudemment la réunion du comité de politique monétaire de la Banque centrale mercredi, au cours de laquelle celle-ci va devoir s’exprimer sur une augmentation ou non des taux d’intérêt. Si les économistes préconisent une augmentation des taux d’intérêt pour faire baisser l’inflation, le président Erdogan ne cesse de prôner la logique inverse.
Source : AFP

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