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Liban

« Trier pour recycler la vie » : comment les écoles publiques de Beyrouth se mettent au vert

Environnement

Le Rotary Club de Beyrouth s’est associé à l’ONG L’Écoute pour introduire le tri sélectif dans 55 établissements, tout en permettant à des sourds et à des handicapés de s’intégrer.

06/06/2018

Le van bleu esquive des scooters et se gare en face d’une école de Beyrouth. Deux hommes en descendent et se dirigent vers la cour où jouent des enfants. Deux bennes à ordures les attendent, l’une bleue, contenant papiers et cartons, et l’autre rouge, pour les plastiques et métaux. Leur contenu est chargé dans le van, qui repart à vive allure vers la prochaine école. 

Durant le trajet, les deux hommes se parlent… en langage des signes. Car ce ramassage des déchets qui cible les écoles de la capitale libanaise n’est pas ordinaire : ce sont des binômes de volontaires de l’ONG L’Écoute qui s’en chargent. Michel, un grand gaillard à lunettes, est sourd, et c’est Jamil, un réfugié d’Alep, qui l’accompagne. Les deux hommes ont tous deux une quarantaine d’années et s’entendent comme larrons en foire : ils travaillent ensemble depuis deux ans pour l’Écoute.

Le Rotary Club de Beyrouth (RCB) s’est allié à L’Écoute, ONG fondée en 1999 par le père Jean-Marie Chami, pour ce projet innovant, qui associe engagement social, pédagogie et lutte pour la préservation de l’environnement. Le principe est simple : une cinquantaine d’écoles publiques de Beyrouth trient leurs déchets grâce aux moyens fournis par le Rotary Club de Beyrouth, puis L’Écoute se charge de ramasser, trier et revendre ces déchets à des usines libanaises. Les avantages sont multiples : les élèves des écoles publiques sont sensibilisés au tri sélectif, et L’Écoute peut financer ses programmes en faveur des sourds et des handicapés. « Il s’agit d’un projet pilote extrêmement important qui nous a boostés, souligne le père Chami. Il va bien au-delà de la simple rentabilité financière, même s’il nous permet d’avoir plus de moyens, car il nous permet de nous engager à fond à la fois pour l’environnement, pour l’éducation et pour l’humain. »

La crise aiguë des déchets de l’été 2015 a poussé le Rotary Club de Beyrouth à mener une action en faveur de l’environnement. Rita Meouchy, responsable des actions au sein du club, a proposé ce projet et pris en charge toute cette opération. Sous le parrainage du ministère de l’Éducation, le club s’est lancé dans ce projet « Trier pour recycler la vie ». 

« Success stories »
 Le Rotary Club de Beyrouth a financé tout le projet, a acheté le van pour le ramassage, et Sukleen a offert les bennes à déchets. Des sessions d’initiation au tri sélectif ont été assurées auprès des responsables des écoles : l’opération « Trier pour recycler la vie » était lancée. Cinquante-deux écoles publiques de Beyrouth y ont adhéré.

C’était en avril 2016, et les débuts étaient loin d’être évidents. « La phase de test pendant la rentrée 2016 était difficile », se souvient Mme Meouchy. « C’était la catastrophe ! renchérit Bernard Nehmé, responsable du service clients de L’Écoute. Le tri était très approximatif. On retrouvait des bouts de manakish dans les bennes réservées aux produits recyclables. Tout était mélangé ! » Cette situation compliquait considérablement le travail de l’ONG, qui ne pouvait vendre ses déchets aux usines tant qu’ils n’étaient pas rigoureusement triés. Le Rotary Club de Beyrouth a alors fourni l’année suivante aux écoles des sacs en nylon transparent, pour les forcer à mieux faire le tri. « Maintenant, tout fonctionne à merveille. La plupart des écoles jouent le jeu avec enthousiasme », sourit Mme Meouchy. Une directrice d’école, qui souhaite rester anonyme, abonde dans ce sens : « À l’époque où le Liban nageait dans ses déchets, j’ai décidé d’inscrire mon école au projet. Ça a changé la mentalité des enfants, qui sont devenus conscients de l’environnement. C’est extrêmement positif. » 

Au centre de tri éducatif de Tal Zaatar, temporaire, L’Écoute affine le tri des déchets, qui s’entassent en énormes piles. La bonne ambiance règne. Serge et Anthony, la vingtaine, s’affairent sur un tas d’enveloppes : ils sont à la fois sourds et handicapés moteurs. Autour d’eux travaillent des « volontaires ouvriers » venus du Bangladesh, d’Égypte, ou encore de Syrie. « Tous sont rémunérés en fonction de leur travail », souligne Bernard Nehmé, qui ajoute : « On les traite humainement et avec beaucoup de respect, alors ils se donnent pour ce projet. » Les success stories sont nombreuses. Comme Élie, jeune homme sourd, qui finance aujourd’hui ses études d’architecture en démontant des ordinateurs, jusqu’à 30 par jour. Ou Jamil, le binôme de Michel, dont la ville natale, Alep, a été rasée par la guerre, et qui vit au Liban avec sa femme et ses deux filles grâce à L’Écoute.

Le projet « Trier pour recycler la vie » est toujours appliqué dans les écoles. À l’avenir, il sera étendu à tout le Liban. Le Rotary Club de Beyrouth, Rita Meouchy et Jean-Marie Chami en sont convaincus. Seule la date reste à déterminer. 


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