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Liban

Anatomie du vote à Kesrouan-Jbeil

Circonscriptions

Le Hezbollah échoue à mener Hussein Zeaïter au Parlement. En revanche, les FL font leur entrée dans la région et Ziad Hawat sort grand vainqueur.

Yara ABI AKL | OLJ
19/05/2018

Comme prévu, la circonscription du Mont-Liban I regroupant les cazas du Kesrouan et de Jbeil a été le théâtre d’une bataille électorale particulièrement féroce. Et pour cause : la compétition s’est déroulée entre les principales formations chrétiennes, dans la mesure où le Courant patriotique libre, les Forces libanaises et les Kataëb (qui se sont alliés aux anciens députés Farès Souhaid et Farid Haykal el-Khazen) ont formé chacun sa propre liste. Un échiquier politique sur lequel s’est greffée la société civile. Tentant de profiter de la proportionnelle initiée par la nouvelle loi électorale, les groupements de la société civile se sont rassemblés sous le label Koullouna Watani.
Mais ce n’est pas uniquement cette diversité qui a marqué le caractère « chaud » d’une compétition dans le cadre de laquelle il s’agissait de pourvoir à huit sièges (cinq maronites pour le Kesrouan, et un chiite et deux maronites pour Jbeil). Nous avons assisté aussi, et surtout, à la tentative du Hezbollah de « faire son entrée à Jbeil par le biais des urnes », comme le relevaient certains milieux jbeiliotes. Le parti de Hassan Nasrallah n’a pas manqué d’annoncer très tôt qu’il présentait la candidature de Hussein Zeaïter (originaire de Baalbeck) pour le seul siège chiite de la circonscription. Pour ce faire, le Hezb est parvenu à parrainer une liste comprenant l’ancien ministre lahoudien des Télécoms Jean-Louis Cardahi ainsi que six autres candidats maronites peu connus.
Un choix que les adversaires du Hezbollah n’ont pas tardé à interpréter comme une « atteinte à l’identité politique de Jbeil », pour reprendre les termes de Mahmoud Awad, candidat malheureux au même siège.
La décision du Hezbollah de présenter son propre candidat chiite a conduit le CPL à mener sa bataille en solo, par le biais d’une liste conduite par le général à la retraite Chamel Roukoz (gendre du chef de l’État) et composée de plusieurs personnalités indépendantes, à l’instar du président de la Fondation maronite dans le monde Neemat Frem et de l’ancien ministre de l’Intérieur Ziyad Baroud, pour ne citer que quelques exemples. Cette liste loyaliste incluait aussi certains cadres du parti, dont notamment Roger Azar (qui a été élu à l’un des sièges du Kesrouan) et Simon Abi Ramia, reconduit à Jbeil pour un nouveau mandat.


(Lire aussi : Législatives libanaises : Anatomie du vote à Baabda)


L’entrée en jeu des FL
S’il est vrai que le CPL a vu dans le scrutin de 2018 une opportunité d’affirmer sa présence dans une circonscription longtemps considérée comme l’un de ses fiefs les plus importants (d’autant que Michel Aoun y avait remporté haut la main les élections de 2005, mais aussi celles de 2009), il n’a pu obtenir qu’un seul siège à Jbeil (alors qu’il en monopolisait la représentation chrétienne depuis 2005) et, parallèlement, un seul cadre membre officiellement du parti a été élu au Kesrouan. Le reste des gagnants de la liste « Le Liban fort » sont des personnalités indépendantes alliées au CPL pour des motifs purement électoraux. Un tel résultat est interprété par certains milieux politiques comme la conséquence directe d’un recul de la popularité du parti fondé par le chef de l’État. Des analystes relèvent dans ce cadre que les législatives de mai 2018 constituent le premier scrutin auquel le CPL prend part sans Michel Aoun. Cela a eu, à n’en point douter, des retombées sur les résultats du parti, même si la liste qu’il a appuyée a enregistré le score le plus élevé.
Mais ce sont surtout les Forces libanaises qui ont créé la surprise en remportant deux sièges dans cette circonscription grâce à la nette victoire de Chawki Daccache (Kesrouan) et de l’ancien président de la municipalité de Jbeil, Ziad Hawat. Le parti de Samir Geagea a, sans aucun doute, profité de ce que les jbeiliotes appellent « le phénomène Ziad Hawat », du fait de son expérience à la tête de la municipalité de la ville. On en veut pour preuve que le député élu de Jbeil est en tête des scores individuels, suivi de Neemat Frem.


(Lire aussi : Législatives 2018 : Anatomie du vote à Tyr-Zahrani)



Les chiffres officiels
Au plan des résultats officiels communiqués par le ministère de l’Intérieur, il apparaît que sur les 180 203 électeurs inscrits, seuls 117 603 ont voté. Le décompte a enregistré 465 bulletins blancs et 1 984 annulés. Les suffrages exprimés s’élèvent donc à 115 619, répartis comme suit : 465 bulletins blancs ; 54 544 pour la liste « Le Liban fort » parrainée par le CPL ; 26 980 pour la liste « Le changement certain » appuyée par les FL ; et 18 553 pour la liste « La décision est la nôtre », née de l’alliance tripartite Kataëb-Souhaid-Khazen. À ces chiffres, il convient d’ajouter 12 551 voix accordées à la liste « La solidarité nationale » formée par le Hezbollah et 2 526 à celle du label Koullouna Watani. Le coefficient électoral qui n’est autre que le seuil d’éligibilité était donc de 14 452,375. Les listes Koullouna Watani et « La solidarité nationale » n’ayant pas atteint ce seuil n’ont remporté aucun siège.
Après l’élimination de ces deux listes, le coefficient électoral est tombé à 12 567,75. Et c’est à partir de ce chiffre qu’ont été répartis les sièges entre les listes qualifiées. La liste « Le Liban fort » (aouniste) a obtenu 4,34, soit 4 sièges, contre 2,147 pour « Le changement certain » (FL), soit deux sièges, alors que la liste « La décision est la nôtre » a enregistré un score de 1,476, soit un siège. La place vacante restante a été attribuée à la liste ayant la décimale la plus élevée, en l’occurrence « La décision est la nôtre ». Elle a donc obtenu deux sièges.

Le vote préférentiel
C’est à ce stade que l’on identifie les vainqueurs grâce aux votes préférentiels. Il s’agit de Ziad Hawat (Jbeil) qui a obtenu 14 424, et de son colistier kesrouanais Chawki Daccache (FL) avec 10 032 voix.
Quant aux aounistes, ils ont reconduit le député jbeiliote Simon Abi Ramia pour un nouveau mandat parlementaire, qui a obtenu 9 729 voix. Le Kesrouan sera représenté par Chamel Roukoz (7 300), Roger Azar (6 793 voix) et Neemat Frem (10 717 voix).
Pour ce qui est des opposants, Farid Haykal el-Khazen rentra à nouveau à l’hémicycle. Il est parvenu à gagner la bataille grâce à 9 081 voix préférentielles, alors que son colistier Moustapha Husseini n’a eu besoin que de 256 voix pour battre (principalement) Hussein Zeaïter et faire son entrée au Parlement du fait que sa liste a obtenu la décimale la plus élevée (grâce à l’apport de voix de Farès Souhaid et Farid el-Khazen) et que le candidat du Hezbollah a été disqualifié (bien qu’ayant obtenu le score le plus élevé parmi les candidats chiites), car sa liste n’a pas atteint le seuil d’éligibilité.

« Le camouflet au phénomène aouniste » et la surprise FL
Ces chiffres reflètent un taux de participation élevé, qui a atteint 65,26 %. Un pourcentage que l’on pourrait expliquer par le matraquage médiatique et partisan effectué contre le Hezbollah et son candidat. Mais cela n’occulte aucunement ce que certains analystes perçoivent comme une « défaite du CPL », voire un « camouflet au phénomène aouniste » dans l’un de ses plus importants fiefs. Dans certains milieux favorables au CPL, on reproche ouvertement au directoire de la formation d’avoir appuyé des députés qui ont déçu leur électorat, à l’heure où les adversaires ont soutenu des figures « populaires » à l’instar de Ziad Hawat.
Du côté de Meerab, on est conscient de l’ampleur de la victoire de M. Hawat. S’il adhère à ce point de vue, Charbel Abi Akl, coordinateur des FL à Jbeil, précise à L’Orient-Le Jour que « le bénéfice était réciproque, d’autant que ce sont les FL qui ont mené M. Hawat au Parlement ». « Grâce à notre stratégie électorale, nous avons pu remporter un siège au Kesrouan, souligne Charbel Abi Akl. Mais cela ne constitue aucunement un message politique adressé au CPL », explique encore M. Abi Akl, qui insiste en outre sur le fait que son parti n’a pas mené bataille contre Farès Souhaid. Pour ce qui est des Kataëb, et en dépit du résultat enregistré par leur liste, ils semblent confiants dans leur positionnement politique à la tête de l’opposition. Dans certains milieux proches de Samy Gemayel, on rappelle que le parti a mené bataille seul et faisait face à des abus de pouvoir et des pressions matérielles, notant que le parti planchera sur une étude approfondie des résultats pour en tirer les conclusions qui s’imposent.


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