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La Dernière

Rudy Ricciotti, architecte, Méditerranéen, paranoïaque et psychopathe

Entretien

Il a le verbe haut et fier. Chronos a teinté de gris sa chevelure fantasque, mais a épargné la pétulance de son regard et la fraîcheur de sa dégaine : cet homme aime la vie et elle le lui rend bien.

11/05/2018

Rudy Ricciotti est aujourd’hui une figure hors normes de l’architecture française et l’un des acteurs majeurs de sa nouvelle vague. Un militant qui refuse l’exil de la beauté. Du Pavillon noir à Aix-en-Provence à la passerelle de la Paix à Séoul, du musée Jean Cocteau à Menton à celui des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) à Marseille, ses réalisations expriment une dimension magnifique qui tient du domaine du combat. Pour ce bâtisseur-ingénieur français né en Algérie en 1952, l’architecture est une mission : « Façonner le réel, c’est ça le romantisme. Seule la transformation du réel est le grand projet révolutionnaire, la seule manière de rester en vie. »

Architecte méditerranéen « paranoïaque et psychopathe », comme il se plaît à se définir, il avoue ne pas aspirer à la sagesse. « Pour avancer, il faut savoir partager la connaissance », dit-il encore. Rudy Ricciotti est un bâtisseur d’espaces mais aussi de mots qui résonnent juste, dégagent de la bienveillance et exaltent l’empathie. Garder contact avec la poésie pour échapper à la terreur du réel afin de pouvoir le transformer et ne pas sombrer dans la désillusion est son véritable combat. Il ne parle pas d’ambition mais d’objectif. Celui de dépasser les normes comme on traverserait une maille serrée pour n’en retenir que l’essentiel. L’utopie l’indispose, elle reste cette définition triste qui empêche d’aborder le monde avec une lucidité inquiète. Ricciotti a obtenu le Grand Prix national d’architecture et la médaille d’or de la Fondation de l’Académie d’architecture. Il a été nommé chevalier de la Légion d’honneur, commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres et enfin officier de l’ordre national du Mérite.

De passage au Liban dans le cadre du cycle de débats d’idées organisé par l’ambassade de France et l’Institut français du Liban, pour un échange avec Bernard Khoury sur le thème « Architecte, un métier entier », qui a eu lieu le 9 mai à la Résidence des Pins, il a répondu aux questions de L’Orient-Le Jour.

L’architecture s’est-elle imposée à vous comme une évidence ?
C’était un grand malentendu. Quand j’étais jeune, je pensais que c’était un métier de plein air, comme footballeur ou agriculteur. Issu d’une famille de bâtisseurs, j’ai vécu l’expérience du bâtiment très jeune. J’accompagnais mon père sur les chantiers et très tôt j’ai eu un grand respect pour les travailleurs.

Qui sont les architectes qui ont eu une influence sur vous ?
À mes débuts, j’étais très admiratif de Fernand Pouillon, mais c’est surtout le monde du travail qui me fascinait. On n’est pas architecte seul et il faut savoir rendre hommage, solliciter et utiliser les deux formules magiques : « s’il vous plaît» et « merci ».

Comment définissez-vous le métier d’architecte ?
Plutôt qu’une fonction de chef d’orchestre, je le définirais plutôt comme un métier d’accordéoniste. Chaque pli est un métier en soi, le maçon, le menuisier, ou le coffreur… Et mon rôle est d’insuffler de l’air, une sorte de respiration pour que le son soit harmonieux. Pour être un architecte accompli, il faut honorer ce métier en attendant qu’il vous le rende. Il faut de l’empathie et de la bienveillance, mais celle qui n’exclut pas le combat. Aujourd’hui, même le geste symbolique de serrer la main n’existe plus. Je me reconnais comme étant un architecte maniériste, qui prône la superposition des savoirs et la prise de risques.

Comment véhiculer les valeurs architecturales et préserver l’éthique en architecture ?
Par le combat. La bureaucratie a muté comme un virus. Créée pour encourager le mouvement démocratique, elle est aujourd’hui, deux siècles plus tard, dans une dynamique inverse. La bureaucratie nuit à la démocratie, elle a compris qu’en fabriquant de la nuisance elle renouvelle son territoire existentiel. Elle se détruit de l’intérieur. Mon métier est une histoire à plusieurs personnes, mes collaborateurs sont ma tribu et ma famille. Je n’accepte aucune vanité, je prône la solidarité. Nous sommes des frères d’armes. Mon agence est un navire de guerre où chacun a une fonction bien définie.

Votre histoire d’amour avec le béton ?
Le béton allégé et fibré que j’utilise ouvre des portes mais s’accompagne de très hautes exigences. C’est comme manipuler de la dynamite, cela exige une transversalité dans l’ingénierie de très haut vol. C’est un matériau de proximité qui renouvelle la mémoire du territoire.

Vous avez de nombreux projets dans le domaine culturel, est-ce un hasard ?
C’est plutôt un destin qui s’est fabriqué avec le temps. Mon penchant naturel pour la culture tient à mon amour des mots. Le langage est un vecteur universel qui nous rappelle sans cesse que nous avons tous une mémoire commune à partager.

Une œuvre architecturale qui vous émeut particulièrement ?
Plutôt une ville : Rome me fascine. Chacun de ses murs est un paysage qui chuchote des histoires et qui dégage un érotisme puissant. Il m’est arrivé de poser mon front sur ses murailles pour traverser le temps.

Entre une nuit avec la plus belle femme au monde et gagner un concours d’architecture qui vous tient à cœur ?
Je choisirais une nuit avec la plus belle Libanaise.

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Eleni Caridopoulou

Bla Bla , il faut dire qu'il est d'origine Italienneoui Rome est belle .....mais même si on un me donne un appartement gratuit je ne vivrais jamais j'aime beaucoup Brescia une viille de 200.000 habitants

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