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Culture

Beirut Spring Festival : Une décennie d’arts et de mémoire au cœur de la ville

Du 3 au 7 juin, le Festival du printemps de Beyrouth programme 6 rendez-vous artistiques, dont trois en hommage à la Palestine...

Zéna ZALZAL | OLJ
18/04/2018

Entourée du ministre de la Culture, Ghattas Khoury, de l’ambassadeur de Tunisie au Liban, Ahmad Boudali, ainsi que de la directrice du festival, Randa Asmar, Gisèle Khoury, la présidente de la Fondation Samir Kassir, a donné hier une conférence de presse au ministère de la Culture pour annoncer la 10e édition du Beirut Spring Festival.
Organisé par la Fondation Samir Kassir, en mémoire du célèbre intellectuel et journaliste martyr, figure de proue de la lutte pour la démocratie et l’éclosion des printemps arabes, ce festival se tient immanquablement aux mêmes dates « printanières » au cœur de Beyrouth. Désormais incontournable, ce rendez-vous artistique de qualité égrènera, du 3 au 7 juin, une représentation par soir en différents lieux de la capitale. Au programme de cette cuvée 2018 : de la musique et du chant, de la danse et du théâtre. Mais aussi trois événements spéciaux en hommage à la Palestine, à l’occasion de la commémoration du 70e anniversaire de la Nakba.

En mémoire de la Nakba
Ainsi, du 15 mai au 7 juin, une exposition au Square Samir Kassir proposera 20 images de la vie aujourd’hui dans les territoires occupés prises par 20 photographes palestiniens et placées dans des boîtes lumineuses. Sur le même lieu et durant la même période, une installation sonore signée Emily Jacir (Lion d’or du meilleur jeune artiste de la Biennale de Venise en 2007) transportera les passants dans l’univers bruissant de voix, d’échos et de klaxons des chauffeurs de taxi de Jérusalem. Et le 3 juin, ce sera Tamer Abou Ghazaleh, chanteur, compositeur et multi-instrumentiste palestino-égyptien, qui ouvrira au Square Samir Kassir les soirées du festival (à l’accès libre, comme toujours, et débutant systématiquement à 21h). Accompagné de son groupe de musiciens, il interprétera, dans son dialecte natal, des morceaux de sa propre composition mêlant la satire sociopolitique aux textes littéraires, les sonorités orientales aux rythmes électroworld et jazz.

Le Pavarotti du monde arabe
Chant et musique également le 4 juin, avec le concert de Lotfi Bouchnak au MusicHall (Waterfront). Le célèbre oudiste, compositeur (notamment pour des artistes aussi différents que Khaled et le groupe de rap IAM) et chanteur tunisien à la voix de ténor, est considéré comme le « Pavarotti du monde arabe ». Lauréat du Best Arab singer Award de Washington DC en 1997, il est l’un des rares artistes à se produire régulièrement sur la scène de l’Opera House du Caire depuis 1992.

Étoile montante
Au menu de la soirée du 5 juin, de la danse en provenance de Grande-Bretagne signée Aakash Odedra. Étoile montante de la danse contemporaine, à la tête de la compagnie éponyme (récipiendaire du prix de danse new-yorkais The Bessies pour la saison 2013-14), le danseur et chorégraphe présentera au théâtre al-Madina (Hamra) deux créations solos : Inked et Murmur. Dans le premier morceau, chorégraphié par Damien Jalet (récompensé du Oliver-Award), le danseur explore les marquages et tatouages tribaux, à travers un mélange de mouvements classiques et de danses traditionnelles Kathak, du nord de l’Inde. Dans le second, il interprète sa propre création servie par de puissants effets visuels qui ont nécessité le travail de 19 designers et techniciens.

Poésie visuelle
Et c’est par un spectacle théâtral plein de poésie que se clôturera le festival le 7 juin, au théâtre Tournesol. En provenance d’Arménie, A Flight over the city, de l’auteur Anush Aslibekyan, est une pièce de la compagnie Yerevan State Puppet Theatre. Elle combine les arts de la scène, à travers un mélange de performances dramatiques, de danse, de pantomime, d’effets visuels et sonores, et de décors peints par de grands artistes arméniens… Un spectacle familial par excellence pour clôturer ce festival qui s’adresse à la grande famille des Beyrouthins, dans leur diversité : petits et grands, jeunes et
moins jeunes, intellos ou pas…



Trois questions à Gisèle Khoury


Comment réussissez-vous à survivre économiquement ? L’État tient-il ses promesses de subventions ?
Avec beaucoup de difficulté, mais quelques sponsors nous soutiennent fidèlement avec des sommes modestes. La municipalité de Beyrouth est un appui important et le ministère du Tourisme nous soutient aussi un peu. Je suis inquiète pour les prochaines années… Mais je me battrai pour pouvoir poursuivre notre mission : ce droit à la culture pour tous que nous offrons aux Libanais.

Imaginez que vous soyez une artiste. Avec quel spectacle partiriez-vous en tournée ?
Difficile de choisir ! Les artistes nous donnent de la joie, du bonheur, si j’ose dire au milieu de toute cette mort réelle et psychique que nous affrontons au Liban et dans la région. Nous entamons une relation humaine avec eux après le festival et c’est merveilleux. Je partirais en tournée avec tous…

Quel est votre souhait le plus cher concernant le festival que vous dirigez? Et que craignez-vous le plus ?
J’ai évoqué (ci-dessus) mes craintes et elles ne sont que financières. Le public libanais est très reconnaissant de ce que nous lui présentons. Et je n’ai pas peur d’échouer dans le choix des spectacles, même si le public est de plus en plus exigeant. Par contre, j’estime que l’État doit être plus impliqué dans un festival gratuit et de qualité.
Mon souhait est que nous puissions, dans le futur, être dans la production. J’ai visité le théâtre qu’avait fondé Rajaa Ben Ammar, la grande artiste tunisienne, qui malheureusement nous a quittés il y a un an. Elle avait créé un minicentre culturel où les jeunes artistes se réunissaient au café du théâtre et travaillaient leur nouvelle création. Beyrouth serait idéale pour un projet pareil et j’aimerais bien le réaliser. Pour le moment, c’est un rêve…


Ils ont dit...


Gisèle Khoury : « Même si, dans ce pays, les droits vitaux des citoyens sont bafoués, nous persistons à croire que le divertissement, le talent, l’art et la culture sont des droits essentiels à tous les peuples qui tendent vers le développement et la modernité. »
Ghattas Khoury : « Le ministère de la Culture est honoré d’offrir son soutien à ce festival dédié à la mémoire du grand journaliste, qui a lutté, jusqu’à la mort, pour la démocratie et contre toutes les formes d’oppression, en particulier celle que faisait subir le régime syrien au Liban. »
Ahmad Boudali : « Je suis heureux que la Tunisie – qui a récemment remis une décoration à Marcel Khalifé – soit associée à ce festival de haut vol. Et cela, à travers l’un de nos plus grands artistes qui partage le même esprit et les mêmes valeurs culturelles et humaines. (…) J’espère que cet événement sera la première pierre dans l’édification d’une collaboration artistique soutenue entre les deux pays. »
Randa Asmar : « Je voudrais rappeler l’entière gratuité de ce festival, ouvert à tous, et signaler que les spectacles qu’il programme sont toujours des nouveautés jamais présentées précédemment au Liban. »



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