Liban

Un sommet arabe pour consacrer la normalisation des relations libano-saoudiennes

Décryptage
14/04/2018

C’est demain que s’ouvre à Dhahran, en Arabie saoudite, le 29e sommet arabe qui doit réunir les représentants de 21 États arabes, dont la Palestine, mais sans la Syrie, dont la participation à la Ligue arabe a été suspendue depuis près de six ans. Le Liban sera fortement représenté à ce sommet par une délégation présidée par le chef de l’État Michel Aoun et comprenant aussi le Premier ministre Saad Hariri. Ce haut niveau de participation libanaise à ce sommet est en soi un message important adressé par le Liban officiel aux dirigeants saoudiens, après les troubles dans la relation entre les deux pays, provoqués par l’épisode de la démission de Saad Hariri à partir de Riyad.

Les deux responsables libanais veulent ainsi montrer aux dirigeants saoudiens, ainsi qu’à tous les Arabes, que cette page est définitivement tournée et que le Liban aspire aux meilleures relations avec l’Arabie. Déjà, il y a deux semaines, lors d’une rencontre avec une délégation d’hommes d’affaires libano-saoudiens, le président Michel Aoun avait déclaré que les relations entre Beyrouth et Riyad sont redevenues excellentes, alors que de son côté, le Premier ministre Saad Hariri a fait état d’une promesse que lui auraient faite les dirigeants saoudiens au sujet du retour de leurs ressortissants au Liban, dans le but d’en relancer l’économie touristique.

Le sommet de Dhahran (il a été transféré de Riyad vers cette ville dans l’est du royaume pour des raisons de sécurité, suite au lancement de missiles balistiques au-dessus de la capitale par les houthis, mais aussi dans une volonté de défi, car c’est dans cette ville qu’est installé le siège principal de la compagnie pétrolière nationale Saudi Aramco) sera donc l’occasion pour le Liban et l’Arabie d’afficher leur entente retrouvée et des sources diplomatiques arabes affirment que les responsables libanais seront accueillis avec des signes marqués de sollicitude. Selon ces sources, les dirigeants de Riyad, et en particulier le prince héritier et homme fort du royaume Mohammad ben Salmane, veulent faire oublier l’épisode de la démission de Riyad qui leur a valu d’être critiqués par la communauté internationale et d’être menacés d’un recours à l’ONU pour obtenir le retour de Saad Hariri à Beyrouth. D’ailleurs, selon les sources diplomatiques précitées, le président français Emmanuel Macron aurait joué un rôle décisif dans la normalisation des relations entre Beyrouth et Riyad, conseillant aux deux parties de surmonter cette crise dans leur intérêt à toutes deux. Dès lors, la décision a été prise par le Liban et par l’Arabie d’agir en ce sens. Il fallait d’abord laisser passer un peu de temps pour calmer les esprits et faire en sorte que le souvenir de cet épisode se dissipe, avant de relancer les rapports cordiaux entre les deux pays.

Un émissaire saoudien a donc été envoyé au Liban pour assainir les relations et une invitation officielle a été adressée au président de la République pour assister à ce sommet. Deux rencontres au moins ont été organisées entre le Premier ministre et le prince héritier, avec photos à l’appui, pour bien montrer que le « nuage de novembre 2017 » s’est bel et bien dissipé. En même temps, après avoir montré un certain désintérêt à l’égard des conférences internationales consacrées à l’aide au Liban, l’Arabie a finalement participé à celle de Rome puis à celle de Paris, avec une contribution d’un milliard de dollars de crédit dans le cadre de cette dernière réunion.

D’ailleurs, cette nouvelle attitude saoudienne d’ouverture n’est pas seulement consacrée au Liban. Après les échecs successifs subis en Irak après une tentative de récupérer le leader chiite Moqtada Sadr, au Liban, avec la crise de la démission, au Yémen, avec l’assassinat de l’ancien président Ali Abdallah Saleh qui venait de conclure un deal avec les Saoudiens et les Émiratis et en Syrie, avec la défaite de Jaïch al-islam dans la Ghouta orientale, Mohammad ben Salmane a visiblement décidé de modifier son approche. Le Liban a donc bénéficié de cette nouvelle attitude. Mais la question qui se pose reste la suivante : quelle est donc la contrepartie exigée par les Saoudiens moyennant la normalisation des relations? Les sources diplomatiques arabes précitées affirment qu’il n’y en a pas vraiment, pour l’instant. Au sommet arabe qui s’ouvre dimanche, trois dossiers brûlants sont à l’ordre du jour : la guerre au Yémen et les menaces des houthis contre l’intérieur saoudien. Dans ce dossier, le Liban sera forcément solidaire de Riyad, pour la raison qu’il refuse toute attaque contre une capitale arabe. C’est une position de principe. Le deuxième dossier concerne Jérusalem et la décision du président américain de déplacer vers cette ville symbolique l’ambassade de son pays en Israël. La position du Liban est claire à ce sujet et elle ne peut pas être critiquée par les Saoudiens ni par les autres dirigeants arabes. Tous les Arabes rejettent donc la position de Donald Trump et le Liban sera en tête des détracteurs de cette décision. Il sera donc en harmonie avec les autres pays arabes, sachant que ceux-ci ne devraient pas prendre des mesures concrètes pour combattre cette décision.

Enfin, le troisième dossier est peut-être plus sensible car il porte sur l’éventualité de frappes de l’alliance occidentale et arabe contre le régime syrien en guise de représailles contre son utilisation présumée d’armes chimiques. Mais le Liban pourrait se contenter de se réfugier derrière sa politique de distanciation pour éviter de se prononcer directement sur cette question. L’Arabie cherchera sans doute à mobiliser les dirigeants arabes contre l’Iran, accusé d’intervenir dans les affaires arabes internes, notamment au Yémen et en Syrie, mais là aussi, les Libanais sauront tirer leur épingle du jeu, le pays ayant beaucoup trop de problèmes à gérer pour chercher à en rajouter.


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Jean abou Fayez

"..les menaces des houthis contre l’intérieur saoudien. Dans ce dossier, le Liban sera forcément solidaire de Riyad, pour la raison qu’il refuse toute attaque contre une capitale arabe. C’est une position de principe."

ET SANAA NE SERAIT PAS UNE "CAPITALE ARABE"? Où sont partis les "principes" quand il s'agit de la destruction du Yemen? (Et bien sûr des frappes occidentales contre Damas, qui ne serait pas non plus, du coup, une "capitale arabe"?

ACQUIS À QUI

Trop modérée à mon goût votre article Scarlett, je m'attendais à lire que la ligue arabe allait consacrer ses relations avec israel.

Rien ne sera dit sur le massacre des palestiniens sunnites et chrétiens en Palestine USURPÉE ?

Je suis déçu !.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE ANALYSE DES PLUS OBJECTIVES DE LA TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD !

Bery tus

L’Arabie cherchera sans doute à mobiliser les dirigeants arabes contre l’Iran, accusé d’intervenir dans les affaires arabes internes, notamment au Yémen et en Syrie, mais là aussi, les Libanais sauront tirer leur épingle du jeu, le pays ayant beaucoup trop de problèmes à gérer pour chercher à en rajouter

Aussi simple que ça ?! C’est désolant, après tout ce que les iraniens ont fait et même s’en vanter que 4 capital arabe sont soumis à leur désirata

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