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Moyen Orient et Monde

Les Occidentaux préparent une « réponse forte » contre Damas

Syrie

L’attaque chimique de samedi contre Douma, dans la Ghouta orientale, a fait plus de 43 morts et plusieurs centaines d’intoxiqués.

10/04/2018

Vingt-quatre heures. Quarante-huit tout au plus. C’est le temps que le président américain s’est accordé hier avant de prendre une décision après l’attaque chimique présumée contre la ville syrienne de Douma, dénonçant un « acte barbare ». « Nous étudions la situation de très près, nous allons rencontrer les responsables militaires et tous les autres et nous prendrons des décisions majeures dans les 24/48 heures », a-t-il précisé, avant d’évoquer un peu plus tard une décision « probablement d’ici à la fin de la journée ». Tous les regards sont tournés depuis dimanche vers Washington et Paris alors que le régime syrien est accusé d’avoir franchi une nouvelle fois la ligne rouge tracée par les Occidentaux, concernant l’utilisation d’armes chimiques.
Un an après le tir de 59 Tomahawks contre la base syrienne d’al-Chaayrate, en réponse à une attaque au gaz sarin imputée au régime, qui avait tué plus de 80 civils à Khan Cheikhoun, Donald Trump semble être à nouveau obligé d’ordonner des frappes punitives contre Damas. Hier, son ministre américain de la Défense Jim Mattis avait déjà affirmé ne rien exclure quant à d’éventuelles frappes.

Rien ne semble en effet dissuader Bachar el-Assad. Déterminé à reprendre l’intégralité du territoire de la Ghouta orientale, le président syrien et ses alliés usent de tous les moyens disponibles pour faire plier les 5 % restants qui leur résistent. Les forces gouvernementales ont en effet déjà reconquis 95 % des zones rebelles de la Ghouta, à la faveur d’un pilonnage meurtrier initié le 18 février, mais aussi d’accords d’évacuation parrainés par la Russie. Quelque 1 600 civils ont péri dans cette offensive. La grande ville de Douma, seule localité encore aux mains des rebelles, a été la cible, samedi soir, d’une nouvelle attaque chimique imputée au régime. Les secouristes de la Défense civile ont avancé le nombre de 43 morts, et entre 400 et 700 cas d’intoxication au gaz, mais ces affirmations n’ont pas pu être vérifiées de source indépendante. « Vers 19h30-20h samedi, nous étions dans les sous-sols de l’hôpital quand des missiles ont visé le quartier. Plus d’une heure plus tard, nous avons vu arriver des victimes à pied, puisque le centre médical est tout proche », témoigne via WhatsApp Amar, qui travaille au sein de l’administration de l’hôpital. Au même moment, Mouaz al-Bouidani, directeur de la Fondation humanitaire du Cham, dans la Ghouta, est affairé à son bureau lorsqu’il reçoit des alertes via internet annonçant une nouvelle attaque chimique sur sa ville. Contacté par L’Orient-Le Jour, ce dernier obtient confirmation du directeur de l’hôpital qui voit le bilan des morts et des blessés augmenter d’heure en heure. De nombreux habitants de Douma n’ont appris la nouvelle d’une attaque chimique que le lendemain, tant le réseau internet a été perturbé samedi, raconte l’humanitaire. « Des familles entières sont mortes entassées chez elles ou dans des abris, sans même se rendre compte qu’elles étaient en train de périr à cause du chlore », relate Mouaz, évoquant les images vidéo qui ont circulé montrant des dizaines de corps inanimés, pâles, de la mousse au coin des lèvres ou les yeux révulsés.


(Lire aussi : Le piège de la ligne rouge : frapper quoi et pour quels objectifs ?)


Utilisation de sarin ?
L’ONG médicale SAMS (Syrian American Medical Society) a affirmé que les symptômes rapportés indiquent que « les victimes ont été asphyxiées par un produit chimique toxique, très probablement un agent organophosphoré ». « Le chlore ne foudroie pas, même à haute concentration (...) Là, les morts sont couchés les uns sur les autres, donc quelque chose d’autre a été utilisé », du sarin ou un « autre produit caustique par inhalation », avance également Raphaël Pitti, responsable de l’Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM). Personne n’est cependant aujourd’hui en mesure de confirmer à 100 % s’il s’agit de gaz sarin. Washington et Paris ont répété à plusieurs reprises ces derniers mois que l’utilisation d’armes chimiques constituait une ligne rouge susceptible d’entraîner des frappes punitives. Mais les deux capitales ont modéré au fur et à mesure leurs discours, laissant entendre que cela impliquait une attaque de grande ampleur, et qu’ils étaient plus sensibles à l’utilisation du sarin qu’à celui du chlore.L’attaque de samedi soir est bien un dépassement de la ligne rouge occidentale. Washington et Paris prennent l’affaire très au sérieux et ont menacé le régime d’une réponse forte. La réaction violente de Donald Trump sur Twitter dimanche après-midi laissait présager que le régime ne sortira pas en toute impunité de cette affaire. « Le président Poutine, la Russie et l’Iran sont responsables pour leur soutien à l’animal Assad. Il faudra payer le prix fort », a-t-il-dit, sans préciser clairement qui devra payer quel prix. Le président américain avait pourtant répété à plusieurs reprises ces dernières semaines sa volonté de désengager les États-Unis du conflit syrien.


(Lire aussi : Attaques chimiques contre Douma : comment peuvent réagir Washington et Paris)



Moscou garant
Le régime a toujours démenti avoir usé d’armes chimiques. Dimanche, il a réfuté les accusations en bloc, allant jusqu’à dénoncer une « farce » et pointant du doigt les « terroristes » de Jaïch al-islam (dernier groupe rebelle présent à Douma) « en déroute », en évoquant « des attaques à l’arme chimique fabriquées de toutes pièces pour tenter en vain d’enrayer la progression de l’armée syrienne », affirme SANA. Sans surprise, Téhéran a dénoncé un « complot » contre Bachar el-Assad, et Moscou s’est dit prêt à « envoyer immédiatement des spécialistes russes en défense nucléaire, chimique et biologique pour recueillir les données qui confirmeront que ces assertions sont montées de toutes pièces », a déclaré le général Youri Evtouchenko, chef du Centre russe pour la réconciliation des parties en conflit en Syrie. Des déclarations qui sont loin de convaincre Washington qui tient Moscou pour responsable. « La protection apportée par la Russie au régime d’Assad et son échec à empêcher l’utilisation d’armes chimiques en Syrie mettent en question son engagement à résoudre la crise dans son ensemble », a déclaré le département d’État. « La première chose que nous avons à examiner, c’est pourquoi des armes chimiques sont encore utilisées, alors que la Russie s’était portée garante de la suppression de toutes les armes chimiques », a indiqué hier Jim Mattis, en référence au deal américano-russe qui avait fait suite à l’attaque chimique contre la Ghouta orientale à l’été 2013, qui était censé obliger Damas à se débarrasser de son stock d’armes chimiques. « L’attaque de samedi m’a malheureusement replongé dans les souvenirs tragiques du massacre de Douma en 2013 », confie Amar, en référence au 21 août dans la Ghouta. Cette nuit-là, plusieurs localités de la Ghouta sont intensivement bombardées, de même que Daraya et Mouadamiyat al-Cham, au sud de Damas.


(Lire aussi : Il y a un an, l'attaque au gaz sarin contre Khan Cheikhoun)

« Assad a un feu vert »
Alors que les menaces de représailles militaires vont bon train, les appels, notamment de la part de la Chine, à une enquête sous l’égide du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) se multiplient. Les Américains ont fait circuler hier à l’ONU un projet de résolution réclamant la création d’un nouveau « mécanisme d’enquête indépendant des Nations unies » (Unimi) sur le recours aux armes chimiques en Syrie. Alors que la communauté internationale s’agite, le président russe Vladimir Poutine a condamné pour sa part le caractère « inadmissible » des « spéculations » sur cette attaque chimique, la Russie menant sa propre enquête en parallèle.


(Lire aussi : Les principaux raids israéliens en Syrie depuis 2013)


« Aucune trace » de substance chimique, assure le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, après que des spécialistes russes ont été dépêchés sur le terrain hier à Douma. Le Conseil de sécurité s’est réuni hier en urgence sur cette question. L’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, a prévenu que les États-Unis répondront, que le Conseil de sécurité agisse ou non. La Russie a pour sa part mis en garde contre de « graves conséquences » en cas de frappes américaines.
Du côté des habitants, personne n’y croit vraiment. « Depuis le massacre de 2013, qu’a fait la communauté internationale pour punir le régime ? » déplore Amar. « Bachar el-Assad a eu un feu vert concernant les armes chimiques quoi qu’on en dise. Je suis certain qu’il n’y aura pas d’intervention », conclut Mouaz.


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HABIBI FRANCAIS

Incroyable le cynisme de la russie menacant de graves consequences toute intervention americaine !ainsi donc,seules la russie et l iran pourraient intervenir,et pas un autre pays!
Si l on avait laisse le peuple syrien resoudre cette crise des le debut,cela ferait longtemps que ASSAD aurait ete lynche ou pendu en place publique.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

1600 CIVILS ONT PERI EN QUELQUES JOURS DES MASSACRES INHUMAINS PERPETRES PAR LE REGINE, LA RUSSIE ET L,IRAN ET SES ACCESSOIRES DANS LA GHOUTA... PLUS DE 500.000.- EN SIX ANS DE GUERRE RIEN QUE LES TUES... ET ON OSE PARLER ET QUALIFIER DE MASSACRES LES 7500.- MORTS EN TROIS ANS DE GUERRE DU YEMEN !
IL FAUT INTERVENIR SANS PLUS DE RETARD ET ARRETER CES BOUCHERIES BESTIALES EN SYRIE !

ACE-AN-NAS

Je revois l'histoire de l'Irak avec des adm fantômes et la lybie avec des massacres de civils inexistants.

Les mêmes scénarios pretextes usés qui ne convainquent plus personne .
En face cette fois il y a du répondant. On attendra voir la riposte pour juger de la riposte à la riposte .

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