Moyen Orient et Monde

Le piège de la ligne rouge : frapper quoi et pour quels objectifs ?

Analyse
10/04/2018

En 2013, les Occidentaux auraient peut-être pu changer le cours du conflit syrien. Après l’attaque chimique contre la Ghouta orientale, perpétrée par le régime de Damas, les Français étaient prêts à intervenir militairement pour faire respecter la ligne rouge qui avait été fixée. Mais Barack Obama en avait décidé autrement, préférant accepter la proposition russe d’un démantèlement des stocks d’armes chimiques du régime.

Force est de constater que la décision de Barack Obama a constitué une erreur stratégique. Elle a été l’un des grands tournants du conflit, marquant le début du désengagement des « Amis de la Syrie » et le renforcement des parrains du régime, qui ont profité de la volte-face américaine pour remettre leur allié à flot. Pire, non seulement le régime est resté impuni pour son attaque, mais il a en plus conservé une partie de son stock d’armes chimiques. En témoigne la nouvelle utilisation de celui-ci samedi contre la ville de Douma.

Donald Trump et Emmanuel Macron se retrouvent aujourd’hui dans les habits de Barack Obama et de François Hollande. Comme un nouveau bras d’honneur aux Occidentaux, Bachar el-Assad a dépassé la ligne rouge qu’ils lui avaient tracée. Le régime et ses parrains testent une nouvelle fois les limites occidentales. La logique est toujours la même depuis 2013 : désespérer les rebelles, les pousser à rendre les armes et affaiblir la crédibilité des Occidentaux. Malgré les menaces et les lignes rouges de ces derniers, il n’a été sanctionné qu’une seule fois, l’année dernière, après l’attaque chimique contre Khan Cheikhoun, sans que cela ne lui ait vraiment été dommageable. Pourquoi serait-il alors dissuadé de recommencer?
D’autant plus que, pour les Occidentaux, la situation est nettement plus compliquée qu’en 2013. Entre-temps, les Russes sont devenus les maîtres du ciel syrien, tandis que les Iraniens ont renforcé leur présence au sol. Parallèlement, les forces loyalistes ont multiplié les victoires contre les rebelles, à tel point qu’il ne paraît plus possible aujourd’hui d’inverser le rapport de force entre les deux parties.


(Lire aussi : Les Occidentaux préparent une « réponse forte » contre Damas)


Les frappes occidentales semblent pourtant inéluctables. C’est une question de crédibilité tant pour Washington que pour Paris. Au-delà de la question syrienne, il s’agit d’assurer que le dépassement des lignes rouges, ici et ailleurs (notamment en Corée du Nord), sera sanctionné et que certains États y réfléchiront à deux fois à l’avenir avant d’utiliser des armes chimiques.
Mais frapper quoi, avec quelle ampleur et surtout dans quel but politique ? C’est bien là tout le problème. Tel est le piège de la ligne rouge, et Damas, Moscou et Téhéran l’ont très bien compris. Les Occidentaux n’ont pas la volonté de s’engager fortement et durablement dans le conflit. Le président américain a répété à plusieurs reprises ces dernières semaines qu’il souhaitait même désengager les États-Unis du terrain syrien. Or, seule une frappe de grande ampleur, au risque d’une escalade avec la Russie, pourrait dissuader le régime. Est-ce que les Occidentaux sont prêts à prendre une telle initiative, sans objectifs politiques clairs ? On devrait le savoir, au plus tard, dans les prochaines 48 heures.


(Lire aussi : Attaques chimiques contre Douma : comment peuvent réagir Washington et Paris)


La Russie promet de son côté de graves répercussions en cas de frappes américaines. Bluff ? Peut-être. Sûrement même. Mais Washington et Paris sont-ils prêts à prendre le risque d’une escalade généralisée, alors qu’ils ont tous les deux des soldats stationnés dans le Nord et l’Est syriens ? Reste l’option d’une frappe intermédiaire, plus importante que celle qui avait été décidée par Donald Trump il y a un an, mais qui serait tout de même acceptable pour la Russie. Une petite fenêtre d’opportunité, dont les contours sont difficiles à dessiner.


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Saliba Nouhad

Article parallèle à celui de Mr Touma!
En effet, le monde Occidental n’a plus d’ autres choix que de frapper un grand coup dissuasif pour retrouver sa crédibilité et surtout ses principes moraux de défense des droits humains et des valeurs démocratiques!
Mais là où le bat blesse, c’est qu’ils y croient de moins en moins, réalisent de plus en plus qu’on vit dans un monde bipolaire, où les démocraties s’essoufflent , atteignent leurs limites et, avec la montée de l’extrême droite et des despotes dans plusieurs pays du monde, un certain repli sur soi, et la peur de s’embarquer dans des conflits ouverts expliquerait cette inertie criminelle et hypocrite.
C’est comme l’adage qui dit:  « vérité en deçà des frontières, erreur au delà »...
Donc, je ne serais pas étonné d’une réaction assez symbolique encore une fois à moins d’un réveil brutal avant que ça soit trop tard!

HABIBI FRANCAIS

La solution serait une elimination physique du genocide arrogant bashar.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE RISQUE D,UNE DEFLAGRATION GENERALISEE POINTE A L,HORIZON ! L,ENJEU EN SYRIE N,EST SEULEMENT PAS SYRIEN MAIS REGIONAL ET LES OCCIDENTAUX SONT PRIS DANS LES FILETS DE LEURS PROPRES TERGIVERSATIONS ! INTERVENTION IL Y AURA MAIS PROBABLEMENT LIMITEE POUR SE DONNER BONNE CONSCIENCE UNIQUEMENT ! ET S,EST TOUT DU MOINS ACTUELLEMENT, CAR LA SECONDE PHASE DE LA GUERRE SYRIENNE MILITAIRE OU POLITIQUE COURT A GRANDS PAS !

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