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Moyen Orient et Monde

Moscou, Téhéran et Ankara à l’affût d’un retrait américain de Syrie

Diplomatie

Les présidents russe, iranien et turc se sont engagés hier, lors d’un sommet à Ankara, à coopérer en vue de parvenir à un « cessez-le-feu durable » en Syrie.

05/04/2018

Téhéran, Moscou et Ankara ont chacun des objectifs différents en Syrie, dont certains sont contradictoires. Mais les trois puissances s’entendent au moins sur un point : ils souhaitent que les Américains se retirent du terrain syrien. Réunis hier dans la capitale turque, les trois puissances souhaitent régler entre elles le conflit syrien et s’imposer comme les seuls maîtres du jeu, au moment où Washington sème le doute sur ses objectifs en Syrie. Donald Trump a en effet réitéré mardi sa volonté de quitter la Syrie, malgré les réticences de ses plus proches conseillers.

La Maison-Blanche a tempéré cette annonce hier en déclarant que la « mission militaire » visant à éradiquer le groupe État islamique (EI) en Syrie touchait à sa fin, tout en laissant entrevoir qu’un retrait n’était pas pour tout de suite. « Notre mission en Syrie au sein de la coalition est strictement axée sur la défaite de l’EI », avait déclaré la semaine dernière le lieutenant-colonel Earl Brown, porte-parole du Centcom à L’Orient-Le Jour, ajoutant que malgré une situation extrêmement complexe, le sort de l’EI n’était toujours pas réglé.

En janvier dernier, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson, aujourd’hui débarqué, avait appelé à ne pas « faire la même erreur qu’en 2011 », lorsqu’« un départ prématuré d’Irak a permis à el-Qaëda de survivre » dans ce pays avant de muer pour donner vie à l’EI. Mais au-delà de l’avenir du groupe jihadiste, un retrait américain profiterait à la Russie et à l’Iran, leur permettant d’accroître encore davantage leurs positions en Syrie. Une situation à laquelle aspirent les deux puissances alliées au régime de Bachar el-Assad, tout comme la Turquie, alliée des rebelles, mais pour d’autres raisons. Malgré leurs désaccords de fond, notamment sur le départ de Bachar el-Assad ou sur l’avenir d’Idleb, les trois protagonistes préféreraient que le dossier syrien reste exclusivement entre leurs mains. Les tentatives de Moscou pour réussir à s’imposer comme arbitre, en organisant des conférences successives à Sotchi ou à Astana, n’ont pas permis d’atteindre tous ses objectifs, malgré l’instauration fugace de zones de « désescalade » en Syrie. Les trois pays se sont entendus hier à coopérer en vue de parvenir à un « cessez-le-feu durable ». Moscou tente également de légitimer sa présence sur le terrain en insistant sur le fait que la communauté internationale resterait passive. « Personne ne fait pratiquement rien (pour trouver un règlement au conflit syrien), sauf l’Iran, la Turquie et la Syrie », a lancé Vladimir Poutine hier, lors d’une conférence de presse à l’issue du sommet d’Ankara. Par ailleurs, en contrôlant un tiers de la Syrie, les Américains privent Damas de ressources vitales à son économie, ce qui pose un réel problème à Moscou dans sa volonté de stabiliser le pays. Dans une perspective plus globale, un retrait américain est vu par Moscou comme un moyen de s’imposer comme la seule superpuissance sur place.


(Lire aussi : Le M-O suspendu à deux décisions de Trump : la Syrie et le nucléaire iranien)


Champ libre
Téhéran profiterait lui aussi largement d’un retrait américain de Syrie, vu sa forte inimitié, au demeurant réciproque, envers les États-Unis. Éviter l’enracinement de l’Iran en Syrie a été présenté comme l’un des défis majeurs pour les Américains, mais surtout pour son allié israélien, qui craint un établissement d’une zone chiite dans le sud du pays. Malgré sa volonté de contrer l’influence iranienne dans la région, notamment en Syrie afin d’y éviter une « libanisation », Washington accentue toujours plus son désengagement sur le sol syrien. La réponse du Centcom quant à une éventuelle stratégie américaine contre l’Iran en Syrie est sans appel : « Notre stratégie militaire en Syrie est de vaincre l’EI », a affirmé le lieutenant-colonel Earl Brown. Un retrait mettrait fin à la mission d’endiguement du fameux corridor chiite qui s’établit entre Téhéran, Bagdad, Damas et Beyrouth.

Quant à la Turquie, après avoir repris Afrine grâce au soutien de forces rebelles syriennes, elle a fait de Manbij son prochain objectif. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a encore mis l’accent hier sur les opérations militaires menées par la Turquie dans le nord de la Syrie contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), considérée comme terroriste par Ankara, mais alliée de Washington dans la lutte contre l’EI. Un départ prochain des soldats américains stationnés aux côtés des YPG dans le Nord syrien permettrait à Ankara d’éviter une escalade diplomatique et militaire, et d’avoir enfin le champ libre afin de reconquérir la zone. La garder sous son contrôle sera cependant plus difficile. Le président iranien Hassan Rohani a estimé dans son discours d’hier que Afrine « devrait être transférée au contrôle de l’armée syrienne ». Signe que les divisions entre les trois acteurs réunis à Ankara ne s’estomperont pas de sitôt, quand bien même les Américains acteraient leur départ de Syrie.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ILS REVENT LES ENFANTS ! RETRAIT CONDITIONNE AUX LEURS... HAHAHA ! LE MATCH COMMENCERA TRES PROCHAINEMENT...

LA TABLE RONDE

Les américains s'en iront de toutes les façons , puisque les forces locales de Syrie et d'Irak les feront partir par des moyens "adaptés " à leur invasion .

Quand on commencera à compter les cercueils vous verrez comment ces poltrons vont détaler .

Dans le titre de cet article on oublie de mentionner le nom d'une partie de cet axe , et pas la moindre , la Chine.

Sarkis Serge Tateossian

On parle de conflit syrien ...
Mais où sont les syriens ?
On ne voit ni Bachar pour representer le regime , ni de representants des rebelles, sous leurs différentes dénominations ... Tantot Daech ou Al Qaeda, tantot jaich al islam ou autres logos fantaisistes ... Soutenus principalement par le regime turc.

On ne vout que les parrains du conflit.
Un signe ... Difficilement interpretable.

Triste situation de l'orient

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