Nadine Moussa, pour une stratégie de sécurité nationale et non de défense.
Elle n’abdique jamais. Nadine Moussa, candidate maronite au Metn, en est à sa troisième tentative de percer le cercle des élus. Non pas tant par fascination pour le pouvoir que par dégoût à l’égard du pouvoir en place qu’elle aspire à secouer de l’intérieur pour le dépoussiérer.
Cette jeune avocate trublion a non seulement eu l’audace de se présenter, en avril 2014, à l’élection présidentielle, une première au Liban, mais elle s’est également aventurée à présenter sa candidature une première fois aux législatives (avortées) de 2013. Elle est élue d’office, mais sa candidature est invalidée par le report du scrutin. Cela vaudra au pays une prorogation de la législature qui sera suivie de deux autres, contribuant à exacerber un peu plus la rébellion chez cette activiste infatigable, hantée par le désir de réformer, de bousculer et de rénover.
Militante au sein de la société civile depuis plus de dix ans durant lesquelles elle s’est battue auprès de plusieurs mouvements de contestation pour mettre en avant ses revendications, elle a fini par se rendre à l’évidence que l’action civile tarde à aboutir et que ses effets sont souvent neutralisés par une classe politique, qui, à ses yeux, est passée maîtresse dans l’art du sabotage.
Rôdée aux coulisses du système judiciaire et de ses dysfonctionnements – Nadine Moussa s’est lancée depuis plusieurs années dans une brillante carrière d’avocate après des études de droit à l’Université Saint-Joseph et un master en droit international de la Sorbonne – elle est éprise de justice sociale. Persuadée que les réformes passent d’abord par un travail de législation assidu permettant de mettre sur les rails des lois essentielles pour la lutte contre la corruption, la mise en place d’un code civil du statut personnel, d’une assurance-vieillesse, etc., elle estime que ce sont autant de projets essentiels qui croupissent dans les tiroirs du Parlement, comme elle le soulignait il y a quelques années encore, lorsqu’elle comparait l’État à une « photocopieuse sans mode d’emploi ».
« La députation pour moi n’est pas une question de prestige ni un exercice de rhétorique, encore moins un défilé sur les écrans de télévision ou des slogans creux. Pour moi, être députée suppose une responsabilité énorme, des promesses fermes et un engagement tout aussi ferme pour les réaliser », affirme-t-elle en égrenant son programme électoral.
La première promesse qu’elle s’est engagée à tenir lors d’une conférence de presse est celle de révéler chaque année, sur son site électronique, ses avoirs et de lever le secret bancaire sur ses comptes et ceux de sa famille si elle est élue.
Nadine Moussa affiche en outre sa disposition à consacrer un jour par semaine à la rencontre des citoyens pour les écouter. Une manière de renverser la tendance actuelle où l’on voit les responsables politiques « parler beaucoup pour ne rien dire, sans jamais écouter les doléances des citoyens ».
De l’éthique avant tout
Soutenue par un groupe de jeunes cadres qui partagent les mêmes valeurs et une vision similaire, Nadine Moussa entend introduire à son lexique un concept simple que certains pourraient qualifier de naïf, pour exprimer sa philosophie de la chose publique : « Restituer à la politique l’éthique et la transparence, un passage obligé pour rectifier le tir et entamer des réformes », dit-elle.
À l’heure où les scandales liés à la corruption et au clientélisme se bousculent, et face à « l’improductivité légendaire dont ont fait preuve des décennies durant les responsables politiques », plus précisément les législateurs, la candidate, qui a fondé il y a quelques années l’Association libanaise pour la lutte contre la corruption, compte s’attaquer de front à ce fléau par une légifération intensive.
Si elle se prononce clairement pour l’extension de la souveraineté nationale à l’ensemble du territoire libanais et le règlement du problème des armes du Hezbollah par le biais de l’élaboration d’une « stratégie de sécurité nationale et non pas seulement de défense nationale », ayant pour objectif ultime la protection des intérêts suprêmes de la nation et du peuple libanais, c’est parce qu’elle est convaincue que « cette dimension est bien plus globale que la sécurité militaire puisqu’elle inclut les dimensions économique, politique, environnementale et juridique ». D’où sa priorité qui reste pour l’heure la construction d’un État citoyen basé sur le droit, l’autorité de la loi et la justice sociale en vue de la promotion de la paix sociale. « Sans la justice et la justice sociale, on n’aura pas de paix », assure la candidate.
« La crise des déchets, la pollution, les embouteillages, le chômage, l’inflation, les coupures d’eau et d’électricité, et la privation des citoyens de leurs droits et services publics essentiels ne sont pas dus à la détention des armes par le Hezbollah. Tous ces problèmes, y compris celui des armes du Hezbollah, sont dus à l’absence d’un État de droit », martèle la candidate.
Elle table par ailleurs sur l’application de la clause de la Constitution relative à la décentralisation, qui, selon elle, est à même d’assurer un développement durable et respectueux de l’environnement dans l’ensemble des régions, en s’appuyant sur les ressources et les compétences locales.
Sur son agenda de travail figure également la volonté d’investir dans les ressources naturelles du pays, notamment dans le gaz et l’eau, « dans une transparence totale ». Une action qui insufflera, selon elle, une tendance positive à l’avantage des citoyens et inversera la courbe de l’émigration, incitant les expatriés à rentrer et investir dans leur pays d’origine.
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12 h 09, le 21 mars 2018