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Moyen Orient et Monde

À Afrine, le sort des civils en question

Syrie

Des centaines d’habitants tenteraient de fuir la ville pour rejoindre des villages sous le contrôle du régime.


13/03/2018

La panique est en train de gagner les habitants de Afrine alors que les troupes turques ne sont plus qu’à quelques kilomètres de la ville. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), des centaines de civils ont fui ou tentaient de fuir hier l’enclave kurde « par crainte d’un éventuel assaut » des forces turques. « Près de 2 000 civils ont déjà rejoint la localité voisine de Nobol, tandis que des centaines tentent encore de quitter la ville », a indiqué à l’AFP Rami Abdel Rahmane, de l’OSDH. Des vidéos circulaient hier sur les réseaux sociaux montrant les forces kurdes empêchant les civils de s’enfuir. Celles-ci ont fait état de la présence de prêt d’un million d’habitants au sein de la ville, alors que certaines sources parlent plutôt de 500 000 personnes.

Balayant les rumeurs sur une interdiction de quitter la ville, le porte-parole des YPG à Afrine, Birusk Heseke, contacté par L’Orient-Le Jour, a affirmé qu’ils avaient totalement le champ libre au cas où ils souhaiteraient partir. « Nos portes sont ouvertes », précise-t-il. Information contredite en revanche par un habitant kurde à Afrine contacté par téléphone dans la soirée. Ce dernier confie, sous le couvert de l’anonymat, que le « parti » empêche les civils de s’enfuir. « La situation est extrêmement difficile et il est interdit aux civils de sortir de la ville. Des gens sont envoyés combattre de force », ajoute cette source qui travaille dans une grande ONG.


(Lire aussi : Syrie : Hollande et Macron aussi impuissants l’un que l’autre)


L’étau se resserre ainsi sur Afrine, deux mois après le lancement de l’opération « Rameau d’olivier » par la Turquie et ses alliés rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL), dans l’optique de chasser de la frontière les forces kurdes des Unités de protection du peuple (YPG, bras armé du PYD). Ce groupe est classé comme « terroriste » par Ankara, mais est par ailleurs un allié incontournable de Washington dans la lutte contre les jihadistes. Vendredi, l’armée turque a repris le contrôle total de la ville stratégique de Jandaris, à 17 kilomètres au sud de Afrine, ainsi que le barrage de Maydanki qui fournit l’eau à la ville. « Nous n’avons plus d’eau du tout à cause de cela. Pour l’électricité, nous dépendons du mazout, mais qui sait quand les réserves s’épuiseront ? Les communications internet et téléphoniques sont extrêmement réduites », affirme l’habitant kurde, ajoutant que les denrées alimentaires ne manquent pas pour l’instant. « Même s’ils ouvrent les routes et qu’on nous permet de sortir, on ira où ? Je ne veux pas me retrouver en galère ailleurs », dit-il. Selon un photographe collaborant avec l’AFP, des dizaines de voitures et de camions transportant des civils et leurs biens attendaient hier après-midi l’autorisation des forces kurdes pour partir en direction des localités adjacentes de Nobol et de Zahraa, sous le contrôle du régime syrien. Cette porte de sortie est la seule possible, puisque la ville est pratiquement encerclée par les forces turques, qui contrôlent désormais 60 % de l’enclave.Nobol et Zahraa abritent environ 16 000 déplacés de la région de Afrine, selon l’observatoire. Beaucoup d’entre eux ont trouvé refuge dans des mosquées et des écoles.

« Non seulement vous devez avoir un bon piston à Nobol ou Zahraa, mais vous devez également payer 1 million de livres par personne à des passeurs afin de quitter Afrine pour ces deux villes », affirme de son côté une jeune Kurde à Alep, dont la famille est coincée à Afrine, contactée via WhatsApp.


(Lire aussi : A Douma, « la situation humanitaire et alimentaire a atteint un niveau catastrophique »)

Mouvement de troupes
Alors que le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est dit de nouveau sûr dimanche de conquérir Afrine, les troupes turques et leurs alliés n’étant plus qu’à quatre ou cinq kilomètres de cette ville, les forces kurdes ne s’avouent pas vaincues pour autant. « Certes, Afrine est continuellement bombardée, affirme Birusk Heseke. Mais nous nous battrons jusqu’au bout, dans les montagnes, derrière les oliviers et dans les rues pour défendre nos terres », dit-il. Les forces kurdes ont reçu récemment les renforts de miliciens prorégime ainsi que ceux de 1 700 combattants de l’alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenue par les États-Unis. Cependant, des informations circulant ces derniers jours concernant le retrait des forces du régime de la ville stratégique de Tall Rifaat, à l’est de Afrine, sont venues semer le doute sur un abandon par les forces loyalistes de leur allié de circonstance. Selon le porte-parole des YPG, les troupes de Bachar el-Assad seraient fidèles au poste, malgré ces rumeurs. « Le régime continue de nous aider aux côtés des FDS pour défendre les civils et les terres syriennes », affirme Birusk Heseke.

Selon plusieurs sources rebelles syriennes proturques, contactées hier, plus de 100 soldats des forces du régime auraient quitté Tall Rifaat pour se rendre à Nobol et Zahraa. « Quelques dizaines de soldats russes sont restés sur place, à Tall Rifaat, aux côtés des FDS », avance une source anonyme sur place. Selon elle, l’armée syrienne se déplacerait dans les bus verts sans prendre position de manière définitive dans un village précis. Dans l’après-midi, un représentant du régime, Omar Rahmoun, a posté sur Twitter un message annonçant que l’armée syrienne allait gérer les villes de Kemar, Bourj el-Qalas, Bachmra, Bosoufane, Deir el-Jamal, Tall Rifaat, la base aérienne de Menagh et ses environs afin « d’empêcher l’avancée des forces turques et des factions opérant sous leur direction ». Si le régime venait à prendre le contrôle de ces villes arabes passées sous domination kurde en 2015 et en 2016, il compromettrait le plan turc de rendre la région du nord de la Syrie « à ses vrais propriétaires », à savoir aux populations arabes de Syrie. « Les factions rebelles de l’ASL aux côtés des Turcs se battent justement pour pouvoir rendre ces villes aux centaines de milliers de déplacés qui patientent dans des camps au nord de la frontière avec la Turquie », confie un activiste originaire de Deir el-Jamal réfugié en Turquie. « Mais je ne pense pas qu’Ankara laissera faire car c’est justement le deal pour lequel les rebelles se battent contre les Kurdes. Et la Turquie veut se débarrasser de ces camps qu’elle aide financièrement », précise-t-il.


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RAISINS SECS

On peut envier erdo hypocrite, il peut tuer des civils et on ne lui en tiendra pas rigueur. Hahahaha..

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