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À La Une - Société

Le déclin de la police religieuse saoudienne suscite des débats

Signe de la disparition progressive de la ségrégation des sexes, un nombre croissant de restaurants de Riyad passe de la musique et des hommes y côtoient des femmes, des scènes inimaginables il y a encore deux ans.

Photo AFP / FAYEZ NURELDINE

Une femme voilée et un homme apparaissent sur une vidéo en train de danser dans une rue fréquentée d'Arabie saoudite, suscitant de vifs débats sur l'influence décroissante de la police religieuse, autrefois gardienne musclée de la ségrégation des sexes. 

Pendant des décennies, les membres de la "Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice", appelés les Moutawas, ont été les arbitres de la moralité, patrouillant dans les rues et les centres commerciaux pour piéger des femmes portant du vernis à ongles et châtier des hommes cherchant le contact avec le sexe opposé.
Mais ces dernières années, le royaume saoudien a initié une série de réformes tendant à un islam plus modéré, dont l'une a retiré aux policiers religieux leur pouvoir de police.
La brève vidéo de la danse a enflammé les passions cette semaine, provoquant des appels à l'arrestation du couple dans la province reculée d'Assir.
Les autorités se sont engagées à agir rapidement au milieu de commentaires violents sur les réseaux sociaux saoudiens qui ont révélé le ressentiment de certains milieux conservateurs face à la diminution du rôle des Moutawas.
"Où est la police religieuse?" ont lancé des utilisateurs en colère. "Pourquoi sont-ils silencieux?" "Leur silence signifie-t-il approbation?"
L'influence décroissante des Moutawas a, en revanche, entraîné un profond soulagement chez de nombreux jeunes.





(Pour mémoire : Quand Mohammad ben Salmane met la police religieuse au pas)


Pas de 'contrecoup'  

Signe de la disparition progressive de la ségrégation des sexes, un nombre croissant de restaurants de Riyad passe de la musique et des hommes y côtoient des femmes, des scènes inimaginables il y a encore deux ans.
Un café a fait tomber des cloisons pour séparer les sexes dès que les Moutawas ont quitté la zone.

Ces dernières semaines, des éditorialistes saoudiens, dont dans le journal progouvernemental Okaz, ont ouvertement appelé à l'abolition pure et simple des Moutawas, arguant qu'il s'agit d'un fardeau financier inutile.
Leur déclin s'explique par une campagne de libéralisation du royaume menée par le prince héritier Mohammed ben Salmane, lui-même âgé de 32 ans dans un pays où la moitié de la population a moins de 25 ans.
Sous son impulsion, le royaume a autorisé les femmes à conduire à compter de juin prochain. Les premiers cinémas rouvriront en mars et les femmes ont pu, pour la première fois, entrer dans un stade de football en janvier.

L'opposition aux réformes a été étouffée -du moins publiquement- après une vague d'arrestations en septembre de dissidents, y compris des religieux ayant des millions d'adeptes sur les réseaux sociaux.
Des oulémas qui faisaient régulièrement des apparitions à la télévision ont soudainement disparu des écrans.
"L'influence des religieux conservateurs a toujours été exagérée", explique à l'AFP Hesham Alghannam, chercheur saoudien à l'université d'Exeter en Grande-Bretagne.
"Les sports féminins, les cinémas, les concerts ou même la dissolution de la police religieuse ne sont pas des choses qu'ils peuvent empêcher. Le royaume est capable de faire avancer de telles réformes sans s'attendre à un contrecoup".


(Lire aussi : MBS cherche-t-il à mater l’establishment wahhabite ?)


'Très dangereux' 
Néanmoins, il existe un équilibre délicat entre la libéralisation sociale et l'aliénation des conservateurs, et les autorités semblent veiller à ne pas trop contrarier les sensibilités religieuses.
"Il y a une différence entre un islam modéré et pas d'islam du tout", dit un homme d'affaires de Riyad sous couvert de l'anonymat.
"En plus de défendre la morale publique, les Moutawas s'en sont pris aux trafiquants de drogue et criminels qui harcèlent le public", ajoute-t-il.

Depuis avril 2016, les Moutawas ont reçu pour instruction d'agir "aimablement et gentiment". Ils travaillent maintenant généralement en tandem avec les services de sécurité et sont censés signaler les violations à la police civile.
L'incertitude plane néanmoins sur leur avenir.
"Ils ne peuvent pas simplement les dissoudre et les jeter à la rue", estime James Dorsey de la Rajaratnam School of International Studies à Singapour. "Le mieux serait de les intégrer à la police".
Des éléments radicaux de la police religieuse pourraient être "très dangereux s'ils étaient au chômage et en colère, cela constituerait une menace considérable", affirme Bruce Riedel, auteur d'un livre sur l'Arabie saoudite intitulé "Kings and Presidents".


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commentaires (4)

MBS VA LES ELIMINER DANS SA LANCEE DES REFORMES !

LA LIBRE EXPRESSION

08 h 38, le 11 février 2018

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Commentaires (4)

  • MBS VA LES ELIMINER DANS SA LANCEE DES REFORMES !

    LA LIBRE EXPRESSION

    08 h 38, le 11 février 2018

  • Ce genre de débat prouve à quel point l'Arabie Saoudite, qui se rêve en grande puissance régionale moderne, ne le sera jamais. Difficile de passer de l'obscurantisme moyenâgeux au XXIe Siècle en quelques mois... Et les pétrodollars n'y changeront rien.

    Melki Elias

    13 h 32, le 10 février 2018

  • j'espere pour les saoudiens une evolution TRES LENTE peut etre MAIS SURE. entre autre vers l'autorisation ouverte de pratiquer les cultes de toutes les religions, ouvertement, pas comme l'iran ou l'egypte qui n'autorisent presque pas , pr ex, la refection des eglises.

    Gaby SIOUFI

    10 h 49, le 10 février 2018

  • Promotion de la vertu et prévention du vis, voici la mission de la police religieuse saoudienne. Certes respectable, dans deux ou trois pays dans le monde... Cela dit tout est question de curseur et de son emplacement! Pour identifier la juste place du curseur, il suffit de bien diagnostiquer le mal... Le vis n'est il pas dans tous les interdits ? N'est il pas dans la "tout répression" ? N'est il pas dans la brutalité et la ségrégation des sexes ? N'est il pas dans la "soumission" des femmes au profit de l'homme ? Bonne chance au royaume et à sa modernisation

    Sarkis Serge Tateossian

    09 h 39, le 10 février 2018

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