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Liban

Berry tranche : La loi électorale est intouchable

Législatives

Le chef du législatif barre la route à toute modification du nouveau texte.

11/01/2018

Un nouveau bras de fer s'annonce entre le mouvement Amal et le Courant patriotique libre (CPL), cette fois sur fond du débat autour des réformes portant sur la création de « mégacentres » électoraux en vue des prochaines législatives. Suscitée mardi dernier lors de la réunion de la commission ministérielle chargée de l'application de la loi électorale, la nouvelle controverse, autour de la pertinence d'un amendement légal pour la mise en place de ces centres électoraux géants permettant le vote sur le lieu de résidence, risque d'alourdir un peu plus le climat politique ambiant, entraînant de plus amples dysfonctionnements dans un État à l'agonie.

Cette nouvelle querelle de clocher vient s'ajouter à la lutte acharnée que mènent, depuis un moment, le président du Parlement Nabih Berry et le chef de l'État Michel Aoun autour du décret d'ancienneté des officiers de la promotion de 1994. Par-delà le caractère personnel et chronique de l'antagonisme qui oppose le président au chef du législatif et qui semble reprendre du poil de la bête à chaque fois que l'occasion se présente, la discorde autour des « mégacentres » aura une portée fatale sur le sexennat.

Tout le monde en est conscient : si les législatives sont reportées une fois de plus, et quel qu'en soit le motif, la classe politique se verrait ôter la dernière feuille de vigne qui lui conférait encore un semblant de légitimité acquis par une triple prorogation de la législature. C'est la raison pour laquelle le ministre Ali Hassan Khalil a déclaré mardi, en connaissance de cause, que la date-butoir des élections prévues le 6 mai prochain « est une ligne rouge ».

 

(Lire aussi : Législatives : les « mégacentres » de vote ne passent toujours pas)

 

Prenant le relais, le président de la Chambre s'est prononcé hier contre toute velléité de changement de la loi électorale qui vient à peine de naître, une réplique à l'insistance du chef du CPL Gebran Bassil d'introduire les amendements légaux nécessaires en vue de la création des « mégacentres ». M. Berry a ainsi mis en garde contre cette mesure susceptible de « saborder la loi et, par conséquent, de torpiller les élections, ce que nous ne permettrons jamais », a-t-il dit. « Nous avons attendu dix ans pour que naisse enfin cette loi », a déclaré le chef du législatif en allusion au nouveau code électoral. « La tentative de certaines parties de susciter des complications ne saurait empêcher la tenue des législatives », a-t-il assuré dans ce qui a semblé être une pointe à peine voilée adressée au chef du CPL.

Ce dernier avait en outre réclamé la veille que la nouvelle loi électorale soit amendée pour entériner légalement la décision d'abandonner l'utilisation de la carte biométrique, alléguant sa crainte de voir les parties lésées présenter un recours en invalidation des résultats. Contrairement à l'avis de ceux qui estiment qu'un tel amendement est injustifié, M. Bassil a motivé sa position en politique et non en droit. Il a ainsi considéré que le gouvernement s'était moralement engagé à adopter la carte biométrique et que, par conséquent, le renoncement à cette méthode doit nécessairement faire l'objet d'une modification du texte. Pour le président de la Chambre, la nouvelle loi « n'a pas besoin d'être révisée. Elle ne franchira pas les portes de l'hémicycle », a-t-il certifié sur un ton intransigeant.

 

(Lire aussi : Alain Aoun : La bataille des réformes ne menacera pas la tenue des législatives en mai)

 

Dans les milieux du mouvement Amal, on s'étonne d'ailleurs de ce revirement soudain du chef du CPL, « qui était l'un des premiers à contester la création de ces centres lorsqu'ils avaient été envisagés ». M. Bassil avait notamment rejeté l'idée de l'enregistrement préalable des électeurs désireux de voter sur le lieu de leur résidence, une procédure devenue incontournable dès lors que la carte biométrique avait été écartée. À l'époque, le chef du CPL avait estimé que l'enregistrement préalable, qui devait être prévu deux mois à l'avance, était susceptible de démotiver l'électeur et il s'y était farouchement opposé. Qu'est-ce qui a donc changé depuis ?

Pour certains observateurs, M. Bassil examinerait la possibilité de faire glisser d'autres amendements si l'opportunité devait se présenter, en l'occurrence celle de prolonger le délai d'inscription des Libanais résidant à l'étranger qui souhaitent encore participer au scrutin et qui aujourd'hui n'ont plus la possibilité de le faire du fait de l'expiration des délais, le 20 novembre dernier, conformément à la nouvelle loi. M. Bassil avait annoncé le 22 décembre avoir soumis un avant-projet de loi prorogeant le délai accordé aux Libanais résidant à l'étranger de s'inscrire afin de pouvoir voter. « Le temps qui reste avant les élections permet que le délai soit prolongé », avait-il estimé. La proposition du chef du CPL n'avait cependant pas été favorablement accueillie dans les milieux politiques. Pour les experts électoraux, l'obstination du président de la Chambre à barrer la route à l'amendement relatif à la création de « mégacentres » serait justifiée par la crainte de voir d'autres parties politiques tentées de réclamer des modifications du code « à la carte ».

 

(Lire aussi : De nouveaux arguments viennent nourrir le différend Berry-Aoun)

 

La position de M. Berry a d'ailleurs rallié le Hezbollah, les Marada, le Parti syrien national social et le ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, autant de parties qui ont estimé que la mise en place de « mégacentres » est devenue « irréaliste », vu que les délais sont désormais serrés.

Il reste à voir si cette guerre sournoise autour de détails que certains considèrent « futiles » va se prolonger et dans quelle mesure elle risque de compromettre d'une manière ou d'une autre le bon déroulement du scrutin. Une chose est certaine : la communauté internationale poursuivra son forcing diplomatique en vue de la tenue à temps de ces législatives qui n'ont plus eu lieu depuis 2009.

« Nous attendons impatiemment ces élections et souhaitons qu'elles puissent se dérouler dans un climat pacifique et de manière transparente », a déclaré hier la nouvelle coordinatrice spéciale de l'ONU pour le Liban Pernille Dahler Kardel, qui a lié cet exercice à la « sauvegarde de la démocratie et à la stabilité du pays ». Devant une délégation de sénateurs français en visite à Baabda, et en présence de l'ambassadeur Bruno Foucher, le chef de l'État a assuré que l'échéance « aura lieu » sans aucun doute, dans ce qui est apparu comme une riposte aux mises en garde de M. Berry.

 

 

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Sarkis Serge Tateossian

Une image parle souvent, mieux que les mots ...

Sur cette image (l'article)
On se réunit, on s'informe et informe, on prend des décisions sur les codes électoraux....(l'avenir des hommes et des femmes de ce pays) ...et aucune présence féminine n'apparait parmi l'assistance !!!

Où est la sagesse des politiques expérimentés, rodés, chevronnés, travaillant dans l’intérêt du peuple ?

La sensibilité des femmes donne une autre dimension à la politique et aux affaires du Pays, plus d'humanité, plus de sensibilités aux plus fragiles. Plus de bienveillance et de prudence envers les citoyens...(l'instinct maternel)

Même en Iran il y a 17 femmes députés (qui n'est pas une référence particulière pour l'émancipation des femmes).

Alors, au Liban ne devrions pas atteindre aux prochaines élections législatives, le quota de 30% de femmes ?

Pour respecter ce quota il faudrait peut être que tous les partis songent déjà, à la participation des femmes à leurs réunions, et aux prises de décisions.

Bonne chance


Irene Said

Ce qui surprend dans cette incroyable mascarade entre deux "responsables" : 1)le chef de notre Etat et 2) le président du Parlement plus leurs alliés respectifs,
c'est que tout le monde se rend compte qu'un danger extrême menace notre pays, le Liban, mais que personne ne fait quoi que ce soit pour le sauver !
Il y en a qui doivent bien se frotter les mains dans leur repaire sous-terre...ainsi que leurs commanditaires suprêmes et infaillibles à Téhéran !
Irène Saïd





gaby sioufi

GUERRE CONFESSIONNELLE? du tout !

la gueguerre n'est pas entre des confessions religieuses !
la gueguerre n'est que celle du pouvoir, nonobstant la religion de ceux qui le convoitent.
la gueguerre n'est que celle de la convoitise
la gueguerre n'est que derives de tetes malpensantes
la gueguerre n'est que celle de la feodalite - new deal -
la gueguerre n'est faite QUE pour anihiler le peuple libanais , en tout cas ce qui reste encore a anihiler.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DES LEGISLATIVES AVEC UNE COMMUNAUTE ARMEE DANS LE PAYS SONT FAUSSEES A L,AVANCE ET NE REPRESENTERONT POINT LA VOLONTE REELLE DU PEUPLE LIBANAIS !

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