Liban

Bassil aux ministres arabes des AE : Soit nous agissons maintenant, soit nous pouvons dire adieu à Jérusalem !

Diplomatie
11/12/2017

La réunion extraordinaire des ministres arabes des Affaires étrangères, décidée pour calmer la grogne des populations arabes suite à la décision de Donald Trump sur Jérusalem, s'annonçait plutôt pépère. De belles phrases, un peu de poésie et des déclarations d'intention... Tout semblait se dérouler selon un scénario bien rodé... jusqu'à ce que vienne le tour du ministre libanais Gebran Bassil de prendre la parole.

La voix claire et le verbe haut, Bassil a eu, avec son discours, l'effet d'un électrochoc, les ministres plus ou moins apathiques se sont soudain demandé s'ils étaient bien encore dans la salle au décor désuet du siège de la Ligue arabe au Caire, ou s'ils étaient au contraire transposés dans une de ces rues arabes qu'ils craignent tant. À mesure que Bassil avançait dans son discours, leurs mines s'allongeaient, et lorsqu'il a appelé à « une intifada pour sauver Jérusalem, qui est au cœur de l'identité arabe, si elle ne la résume pas », ils ont cru à un véritable cauchemar. Sur les sièges réservés aux journalistes, ceux-ci n'ont pas pu s'empêcher d'applaudir, entraînant ainsi dans leur mouvement les délégations ministérielles. D'ailleurs, Bassil a été le seul des orateurs à avoir été ovationné. Ce qui en dit long sur l'état d'esprit des populations arabes face aux développements concernant Jérusalem.

Le ministre libanais avait d'ailleurs bien peaufiné son discours, refaisant une dernière lecture dans l'avion qui l'emmenait au Caire. Aux journalistes qui l'accompagnaient, il s'est contenté de dire qu'il a placé le plafond assez haut, précisant qu'il ne comptait pas rester sur place pour les ultimes négociations au sujet du communiqué final, préférant laisser l'ambassadeur du Liban auprès de la Ligue arabe, Antoine Azzam, s'en charger.

De fait, Bassil est arrivé au siège de la Ligue arabe samedi vers 21 heures pour assister à la séance publique des discours. C'est le président de la séance, le ministre de Djibouti, qui l'a ouverte avant de donner la parole au représentant de la Palestine, suivi du ministre jordanien, dont le pays a été à l'origine de cette réunion extraordinaire. Les ministres des Affaires étrangères égyptien, saoudien, qatari, marocain, algérien et tunisien ont ensuite successivement pris la parole pour exprimer leur désaccord avec la décision du président américain Donald Trump de transférer l'ambassade de son pays de Tel-Aviv vers Jérusalem. Le plus conciliant était le discours du ministre saoudien Adel al-Jubeir qui s'est contenté d'appeler l'administration américaine à revenir sur sa décision, dans un discours assez rapide, alors que le plus violent était celui du ministre qatari qui a plus ou moins critiqué l'attitude arabe, ainsi que celui du ministre tunisien qui a appelé à des mesures concrètes pour pousser les États-Unis à revenir sur leur décision. Malgré tout, la situation semblait sous contrôle et les discours restaient placés sous un plafond plus ou moins acceptable.
Mais c'est au moment où le ministre libanais a pris la parole que l'atmosphère générale a basculé.

 

(Lire aussi : Une manifestation devant l’ambassade US à Aoukar dégénère en agressions contre les forces de l’ordre)

 

Triple identité
Bassil a commencé par préciser l'importance de Jérusalem pour l'identité arabe, cette ville étant le symbole des chrétiens, des musulmans et des juifs, de cette diversité religieuse qui devrait faire la richesse du monde arabe. Selon lui, Jérusalem est aux antipodes de la coloration unique et « nous avons tous le droit d'aller y prier », a-t-il dit.

« Je ne suis pas là pour condamner une opération de confiscation, ni pour rechercher une appartenance profonde que l'on veut noyer dans des conflits annexes destinés à détourner l'attention de l'essentiel (...), ni pour participer à la publication d'un communiqué stérile. Nous sommes là parce que notre arabité ne peut pas renoncer à Jérusalem. Au Liban, nous ne fuyons pas devant la confrontation et la résistance, lorsqu'elles sont imposées, et nous faisons face jusqu'au martyre. Nous appartenons à l'esprit de Jérusalem, et pour cette raison, nous ne pouvons vivre que libres, nous révoltant contre tout occupant ou envahisseur », a encore martelé Bassil qui a ajouté en parlant des régimes arabes : « Nous nous sommes transformés en oumma qui a fait faillite, alors que certains nous ont voulus une oumma endormie et d'autres encore absente. Tout cela à cause de l'absence d'une vision commune et d'une idéologie ouverte qui puisse nous rassembler... »

M. Bassil a ensuite parlé de sa triple identité, chrétienne, levantine et arabe, ajoutant que les Libanais aspirent à une arabité moderne et évolutive qui s'inspire de Jérusalem pour refuser toute atteinte à leur dignité...
Il a encore affirmé que « nous sommes là à la recherche d'une arabité perdue entre les sunnites et les chiites, dispersée entre Orient et Occident, détournée par un conflit arabo-perse et poussée vers une peur réciproque entre les chrétiens et les musulmans »... Selon lui, le Liban, dans son message, est le grand bassin qui peut absorber les crises et affronter les projets d'effritement...
Il a ensuite appelé chaque pays arabe à prendre les mesures nécessaires pour reconnaître l'État palestinien avec Jérusalem pour capitale, assurant qu'il compte présenter un projet en ce sens au prochain conseil des ministres. Il a ensuite appelé à des mesures concrètes, d'abord diplomatiques et ensuite politiques et allant même jusqu'aux sanctions économiques, contre chaque État qui reconnaît Jérusalem comme capitale d'Israël. Enfin, il a appelé à une vaste intifada dans tous les pays arabes pour éviter de devenir ce régime arabe désuet et inutile qui, à force de faire des concessions, n'est pas pris en considération. Selon lui, l'intifada ne devrait s'arrêter qu'avec l'application de l'initiative arabe de paix dans tous ses points.
« Moi, le chrétien par la foi, a dit Bassil, le Libanais par l'identité, le levantin par l'appartenance et l'arabe par l'identité et l'appartenance, je vous appelle à la réconciliation interarabe, seule voie de salut pour cette oumma, et à la tenue d'un sommet arabe extraordinaire ayant pour thème unique Jérusalem, car sans elle, il n'y a ni Arabes ni arabité ! Soit nous agissons maintenant, soit nous pouvons dire adieu à Jérusalem... »

Après le discours de M. Bassil, il y a eu quelques secondes de silence avant que de timides applaudissements commencent à se faire entendre du côté des gradins. Ils se sont ensuite intensifiés au point de se transformer en ovation. Les ministres égyptien et koweïtien qui entourent la délégation libanaise (les places sont désignées par ordre alphabétique) se sont aussitôt empressés de féliciter Bassil, qui est ensuite resté le temps d'écouter le ministre irakien, avant de reprendre l'avion pour Beyrouth. Pas de rencontres bilatérales ni de discussions sans fin, le ministre libanais a voulu aller à l'essentiel, dans l'espoir que les mots soient suivis d'une action concrète au lieu de servir, comme d'habitude, à donner bonne conscience à des dirigeants, dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils sont peu entreprenants...
D'ailleurs, le communiqué final, publié à la fin de la réunion, vers 3 heures du matin, après de longs débats, s'est contenté de rejeter la décision du président américain, tout en demandant au monde de reconnaître l'Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale. Les ministres ont aussi décidé de former une commission qui se rendrait dans les grandes capitales pour les sensibiliser sur la question de Jérusalem. Mais sitôt après la réunion, un sommet a été tenu, au Caire, en urgence entre le roi de Jordanie, le président égyptien et le président de l'Autorité palestinienne.

 

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Aoun Imad

Moi, le chrétien par la foi, a dit Bassil, le Libanais par l'identité, le levantin par l'appartenance et l'arabe par l'identité et l'appartenance, je vous appelle à la réconciliation interarabe, seule voie de salut pour cette oumma, et à la tenue d'un sommet arabe extraordinaire ayant pour thème unique Jérusalem-
Une belle attitude , est-elle realisable ???? Le Liban a dit sa parole ! et c'est essentiellement le retour du Liban fort dans la scene politique internationale.
Bravo Gibran Bassil !

Le Faucon Pèlerin

Dommage que le va-t-en guerre Gébran Bassil n'ait pas été à Aoukar avec les Palestiniens, le PCL et le PSNS, il aurait profité pour jeter quelques tessons de bouteilles sur les forces de l'ordre afin de montrer son zèle pour Jérusalem.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUAND BASSILO OUVRE LA BOUCHE IL EN SORT UNE MOUCHE !

Irene Said

Wauw...
Mini-Blanc-Bec qui se passionne pour...Jerusalem !!!
Lui reste-t-il encore de la passion pour défendre l'arabité du Liban...et non son attachement progressif à l'Iran perse par Hezbollah interposé ?
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VOUS ETES ENCORE LA ?

LA TABLE RONDE

Fier de voir que Bassil est l'homme qui reagit par rapport aux autres arabes.

Droit dans la lignée de la politique de résistance.

Wlek Sanferlou

Électrochoc et ovation: dix sur dix... Décisions et actions... Zéro sur dix...
Le monde avance et nous ... On est toujours à l'ère des "mouaalakats"...

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