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Dans la Ghouta Orientale aux portes de Damas, le mirage d'une trêve

Syrie

La désescalade dans cette région "est une blague", déplore Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie.

OLJ/AFP/Tony GAMAL-GABRIEL
04/12/2017

Trois semaines de bombardements de l'armée syrienne et d'attaques d'insurgés dans la Ghouta orientale près de Damas ont brisé la trêve instaurée dans ce fief rebelle, que le régime veut reprendre à tout prix selon des analystes.

Au moment où régime et opposition peinent à avancer dans les négociations diplomatiques en cours à Genève, le cessez-le-feu en vigueur dans la Ghouta n'est plus que l'ombre de lui-même. Le bombardement des troupes gouvernementales a tué pas moins de 193 civils, dont 44 enfants, en 20 jours, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Les tirs d'obus des rebelles ont tué quant à eux 29 civils à Damas.

Dernier fief de la rébellion, la Ghouta fait partie des quatre "zones de désescalade" définies en mai par la Russie et l'Iran, alliés du régime, et la Turquie, soutien des rebelles. Le but était de tenter de parvenir à une trêve durable en Syrie, ravagée par une guerre complexe et destructrice depuis 2011.
Mais si la province d'Idleb (nord-ouest), Homs (centre) et le sud sont relativement calmes, le front de la Ghouta s'est embrasé à la mi-novembre.

 

(Pour mémoire : Malgré l’annonce de cessez-le-feu, la Ghouta craint le pire)

 

Enfants traumatisés
La désescalade dans cette région "est une blague", déplore Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie à l'université d'Edimbourg. "La Ghouta est en train de subir les bombardements les plus violents et la pire situation depuis le début de la guerre. On est vraiment très loin d'une diminution des combats", soutient-il.

Le 28 novembre, Damas a accepté un nouveau cessez-le-feu mais poursuit sans relâche tirs d'artillerie et frappes aériennes. "Le niveau de réussite (des zones de désescalade) varie de 20% dans la Ghouta à 80% pour les autres régions", estime Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH.

Près de 400.000 personnes sont prises au piège dans la Ghouta, assiégée par le régime depuis la mi-2013 et où des cas de malnutrition ont été rapportés parmi les habitants, dont la moitié sont des enfants. Leur souffrance s'est doublée d'une peur pour leur vie, avec l'intensification des frappes.

Mayssoun, infirmière à Douma -la grande ville de la Ghouta-, garde un vif souvenir du jour de la reprise des bombardements. "Je suis revenue du marché et j'ai retrouvé la moitié de ma maison en ruine", confie à l'AFP la femme de 30 ans qui vit depuis chez une amie. "Je m'attendais pas à tant de destruction, d'habitude c'est juste les portes et les fenêtres qui sont touchées", raconte-t-elle d'une voix triste.

"Quand ils entendent les avions, les enfants pleurent et ne veulent plus rester dans cette maison, ils sont traumatisés", affirme pour sa part Rajaa, une trentenaire enceinte de son cinquième enfant à Hamouria, autre ville bombardée.

Le régime avait juré de reprendre tout le territoire perdu depuis 2011 au profit des rebelles et des jihadistes et contrôle désormais 55% du pays.

Damas "n'a jamais prétendu que ces zones de désescalade avaient vocation à perdurer", explique M. Pierret, et semble vouloir conquérir coûte que coûte la Ghouta, stratégique car aux portes de la capitale.

 

 

(Lire aussi : La fillette qui pleure, parce qu’« aujourd’hui, ce n’est pas son tour » de manger...)

 

Désescalade 'temporaire'
"Il y a quand même régulièrement des obus qui tombent sur Damas, des petites offensives lancées par les rebelles, il faut qu'il (le régime) réduise cette poche" à travers une offensive, explique Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie. Et de manière générale, "il n'est pas question pour lui de laisser les rebelles constituer des petites républiques dans ces territoires", assure cet analyste auprès de la Hoover Institution.

D'après lui, l'établissement des zones de désescalade a permis au régime de concentrer ses opérations contre le groupe Etat islamique (EI), désormais chassé de la quasi-totalité de l'est syrien.
C'était une "désescalade temporaire" avec pour but d'"avoir le calme dans l'ouest, pour permettre à l'armée syrienne, la Russie, de s'emparer de l'est", précise M. Balanche.

Le régime pourrait essayer de reprendre progressivement cette région, selon Sam Heller, du centre de réflexion Century Foundation, à travers "un siège, des pressions militaires périodiques et un accès sélectif à l'aide humanitaire".

Les trois autres zones ne seront pas dans le viseur du régime dans l'immédiat, pour différentes raisons.
La zone sud est sensible en raison de sa proximité avec Israël. "Le statu quo" va prévaloir, selon M. Balanche.

Quant à la province de Homs, la présence rebelle est moindre en comparaison avec la Ghouta avec quelques poches comme Rastane et Talbissé.

Enfin, Idleb, seule province syrienne à échapper au pouvoir d'Assad, représente un défi de taille. Tenue en majorité par l'ex-branche d'el-Qaëda, la province a accueilli les rebelles évacués depuis d'autres régions du pays et compterait selon l'OSDH " des dizaines de milliers" de combattants.
Sa reprise demanderait "une grosse préparation", affirme M. Balanche. Selon lui, "il y a beaucoup de rebelles aguerris au combat, prêts au suicide".

 

 

 

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