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Moyen Orient et Monde

La fillette qui pleure, parce qu’« aujourd’hui, ce n’est pas son tour » de manger...

Humanitaire

Les habitants de la Ghouta, assiégée par le régime syrien, en sont « réduits à manger des ordures », alerte un nouveau rapport de l'ONU.

24/11/2017

Les Nations unies tirent encore fois la sonnette d'alarme sur la pénurie alimentaire qui frappe la Ghouta orientale de Damas. Les habitants assiégés par les forces progouvernementales dans la Ghouta orientale, qui signifie « oasis » en arabe, en sont réduits à manger des ordures ou du fourrage pour bétail, alerte le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) dans un rapport publié mercredi.

Depuis septembre, ajoute le PAM, quelque 175 000 habitants de la ville de Douma, dans l'enclave rebelle assiégée, ont été contraints d'adopter des « stratégies d'adaptation » pour survivre. « Cela inclut la consommation d'aliments périmés, de fourrages pour bétail et de déchets, des jours entier sans manger et des pratiques à haut risque pour trouver de quoi manger », souligne le PAM. Le prix de 700 grammes de pain est désormais 85 fois plus cher qu'à Damas, à 15 kilomètres de la Ghouta, selon le rapport.
Le texte, qui se base sur des entretiens par téléphone et des informations remontées par des contacts présents dans la zone, fait état d'au moins quatre décès liés à la famine à Douma, dont un enfant qui se serait suicidé à cause de la faim. « De plus, de nombreux épisodes d'évanouissements provoqués par la faim ont été signalés chez les écoliers et les enseignants », note également le document.

 

(Lire aussi : En Syrie, des habitants payent le prix des combats dans une "zone de désescalade")

 

L'agence onusienne ajoute que des paniers de nourriture pour une famille sont partagés entre six familles obligeant les parents à ne nourrir leurs enfants qu'un jour sur deux. Le document rapporte par ailleurs les propos d'une femme de ménage de Douma qui doit nourrir sa fille de treize ans et ses deux petits-enfants orphelins âgés de deux et trois ans. « Ma fille pleure à chaque fois que je ferme la porte à clé parce qu'elle sait qu'aujourd'hui ce n'est pas son tour (de manger) et qu'elle va dormir l'estomac vide », déplore-t-elle.
Un entrepôt de rations alimentaires a par ailleurs été détruit la semaine dernière, aggravant les pénuries, ajoute le PAM. « La situation devrait se détériorer davantage au cours des prochaines semaines, lorsque le stock alimentaire devrait être totalement épuisé et que les stratégies d'adaptation des ménages seront en conséquence fortement érodées », déplore le rapport. L'acheminement de l'aide humanitaire est entravé au risque d'y provoquer une « totale catastrophe », a déclaré au début du mois Jan Egeland, conseiller humanitaire de l'ONU pour la Syrie.

La Ghouta, zone rurale, se trouve sur la ligne de front et est assiégée par les forces du régime de Bachar el-Assad depuis 2013. Les combats contre les rebelles n'ont pas cessé depuis et la population vit sous les bombardements quotidiens du régime qui se sont intensifiés ces derniers mois, en dépit d'un accord de « désescalade » passé en juillet par la Russie, l'Iran et la Turquie. Près de 95 % de la population syrienne assiégée dans le pays se trouve dans cette région, selon les estimations de l'ONU.

 

(Lire aussi : Avant Genève, qui veut quoi, qui peut quoi ?)

 

Aide bloquée
Bien que grandement insuffisants, différents convois humanitaires ont été autorisés à entrer dans la Ghouta depuis le début du siège. Les Nations unies et le Croissant-Rouge arabe syrien ont notamment pu accéder fin octobre aux villes de Kafra Batna et de Saqba dans la Ghouta pour y apporter des vivres et des produits de santé à 40 000 personnes dans le besoin. Un mois plus tôt, le personnel de l'ONU, du Comité international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge arabe syrien a pu acheminer un convoi de 42 camions remplis de nourriture, de vêtements et de médicaments fin septembre pour 25 000 personnes. Mais l'accès à la région et aux populations reste particulièrement limité, bloqué par les restrictions d'entrée imposées par le régime.

Les chiffres recensant les besoins des habitants ne cessent cependant d'augmenter. Selon l'ONU, le nombre d'habitants de la Ghouta souffrant de graves pénuries de nourriture et de médicaments s'élève à 400 000. Depuis le début de l'année 2017, seulement 110 000 personnes ont pu recevoir une assistance alimentaire. Des suites du blocus, les prix des produits alimentaires de base ont également flambé dans la région.

Les appels des organisations internationales pour permettre l'accès à une assistance médicale se sont également multipliés ces derniers mois. Au début de novembre, près de 240 personnes avaient besoin de soins urgents dont 29 patients « prioritaires » dans des conditions critiques, en majorité des enfants, précisait l'ONU. Bien que les produits médicaux soient prêts à être envoyés, « à ce stade, cependant, aucune autorisation formelle pour des évacuations n'a été reçue de la part des autorités responsables nationales », avait alors déclaré l'Organisation mondiale de la santé. L'ONU notait par ailleurs début septembre que seulement 26 % des requêtes de délivrance d'assistance à des zones assiégées et difficiles d'accès avait été acceptées par le gouvernement syrien.

 

(Pour mémoire : Dans la Ghouta orientale, des écoliers fauchés par un tir d'obus du régime syrien)

 

Fin octobre, le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l'ONU, Mark Lowcock, alertait dans un exposé devant le Conseil de sécurité de l'ONU sur la situation humanitaire en Syrie. « L'ONU et ses partenaires continuent de mettre en œuvre en Syrie l'une des plus importantes missions humanitaires au monde. Nous touchons des millions de personnes sur une base mensuelle », a-t-il expliqué. « Nous restons d'avis que l'assistance transfrontière prévue dans la résolution 2165 du Conseil de sécurité a été une bouée de sauvetage. (...) Je considère donc qu'un renouvellement de la résolution 2165 est essentiel. Des millions de personnes dépendent des activités qu'elle mandate », a-t-il insisté.

La résolution 2165, prise en 2014 par le Conseil de sécurité, « décide que toutes les parties syriennes au conflit permettront aux organismes humanitaires des Nations unies et à leurs partenaires d'exécution d'acheminer directement et sans entrave l'aide humanitaire directement à toute la population syrienne (...) ». La résolution doit être renouvelée chaque année par le Conseil de sécurité. Elle doit être passée en revue par les membres du Conseil le 20 décembre prochain. Cependant, si l'un des membres permanents, dont la Russie alliée de Damas, pose son veto, l'aide humanitaire ne pourra plus être acheminée en Syrie.

 

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