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Liban

Ziyad el-Sayegh : Le régime syrien permettra-t-il le retour effectif des réfugiés en toute sécurité ?

CONFÉRENCE

Des intervenants à un séminaire sur les réfugiés syriens organisé à l'AUB dénoncent le discours xénophobe actuel relayé par une partie des politiques et des médias.

28/11/2017

Intitulée « Réfugiés et cohésion sociale : comment réduire les tensions au Liban ? », une conférence organisée jeudi dernier à l'initiative de l'Institut Issam Fares de l'Université américaine de Beyrouth (AUB) a connu un franc succès. Le panel – composé d'experts, d'universitaires et de politiques – a proposé des grilles d'analyse pour apporter des réponses concrètes à la crise des réfugiés. Dans le cadre du débat, Ziyad el-Sayegh, expert en politiques publiques et en affaires de réfugiés et de déplacés, s'est interrogé sur le fait de savoir si « le régime syrien permettra aux agences onusiennes de raccompagner les déplacés en toute sécurité ». « Personnellement, je ne le pense pas », a-t-il souligné.

Le directeur de l'Institut Issam Fares, l'ancien ministre Tarek Mitri, a ouvert la séance en rappelant des faits et données importants. « Les considérations éthiques sont absentes lorsque nous parlons des réfugiés syriens au Liban, a-t-il souligné. Certains prétendent être "réalistes", or l'intégrité intellectuelle requiert de la précision, en proscrivant les stéréotypes. Jusqu'à la mi-2013, nous avons entendu parler de l'hospitalité libanaise. Par la suite, le problème des tensions a été exploité à des fins politiques. Aujourd'hui, si un Syrien commet un crime, les autres sont également punis », a relevé M. Mitri, faisant allusion à la campagne de répression menée dans la région de Zghorta suite à un homicide commis par un déplacé. « Alors que 70 % des Syriens vivent sous le seuil de pauvreté, ceux-ci sont dépeints comme profitant du système libanais. D'autres ont parlé d'une "bombe à retardement". Or depuis leur arrivée il y a six ans, aucune "bombe" n'a encore explosé », a-t-il relevé.

De son côté, le ministre d'État pour les Affaires des réfugiés, Mouïn Merhebi, a rappelé que « les Libanais ont souffert du même régime et des détentions arbitraires, c'est pourquoi il était normal d'aider nos frères syriens ». Cependant, la situation actuelle reste préoccupante, selon le ministre, soulignant « le racisme et les mauvaises conditions pouvant mener à une radicalisation des déplacés ». Et le ministre Merhebi d'appeler la communauté internationale à « poursuivre son aide ». « Nous devons rejeter le discours de haine, en sensibilisant la jeunesse libanaise à ces problématiques. Donner une éducation de qualité aux enfants syriens est également une nécessité absolue », a-t-il insisté.

 

(Lire aussi : La commission des Droits de l’homme appelle le gouvernement à se mettre au travail)

 

Une campagne médiatico-politique contre les réfugiés
Pour Nasser Yassin, directeur de recherche à l'Institut Issam Fares, « les tensions ont été amplifiées par les médias et les politiques ». « Ceux-ci auraient pu se féliciter de la manière dont le Liban a réussi à garder une certaine stabilité, après six ans de crise, a-t-il déclaré. Le narratif actuel se décline sous trois aspects : l'exagération, la généralisation et la propagation de la peur parmi les Libanais. La réalité, c'est qu'il existait une carte de la pauvreté au Liban avant l'arrivée des Syriens. Prétendre que les Libanais ne trouvent pas d'emploi à cause des déplacés est donc une fausse affirmation relayée en masse », a déploré M. Yassin.
Les conséquences des fausses allégations se font ressentir dans le pays. Pour Karolina Lindholm, responsable au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), la situation reste préoccupante. « À Bécharré, les seules écoles pour réfugiés sont fermées depuis le début de l'année », précise-t-elle.

D'autre part, le ministre Mouïn Merhebi a annoncé que « la campagne médiatique souhaitant pousser le gouvernement libanais à collaborer avec le régime (Assad) ne fonctionnera pas ». « Le régime doit lui-même proposer à ses citoyens de revenir dans le pays, avec toutes les garanties formulées par l'ONU, souligne M. Merhebi. Par conséquent, nous n'avons nullement besoin d'établir un quelconque dialogue avec le régime », a-t-il déclaré devant le public de l'AUB.

 

(Lire aussi : Réfugiés syriens : Bécharré en pointe dans le mouvement de rejet xénophobe)

 

La question épineuse du retour
« Les Syriens aspirent à rentrer dans leur pays, mais selon eux, l'obstacle principal à ce retour est l'absence de garantie sécuritaire sur la durée. Il existe des zones de cessez-le-feu où les bombardements et les combats se poursuivent », a expliqué Mme Lindholm, ajoutant « une donnée à ne pas oublier : depuis le début de l'année, un million de Syriens ont été nouvellement déplacés, cela prouve que le conflit est loin d'être terminé ».

Maha Yahya, directrice du think tank Carnegie Middle East, s'est aussi exprimée sur la question du retour des déplacés. « Personnellement, je ne crois pas aux zones de désescalade, a-t-elle affirmé. L'absence de solution politique les incite à ne pas rentrer, les déplacés ne font pas confiance au régime, et nombre d'entre eux pensent qu'ils seront victimes de persécutions à leur retour. En fin de compte, ils se retrouvent dans la même situation que les Palestiniens : pas de vision à long terme au Liban et pas de retour possible. Enfin, ils voient la communauté internationale réhabiliter partiellement le régime et faire fi de ses crimes de guerre. »

Pour Ziyad el-Sayegh, un juste milieu existe entre la souveraineté et l'humanisme. « Essayons d'éviter de tomber dans des agendas politiques. Certains ont formulé des menaces lors de la récente crise politique, en expliquant que si la crise n'était pas résolue, ils pousseraient les déplacés à aller vers l'Europe. Est-ce une politique étrangère ? » s'est indigné M. Sayegh lors d'une séance de questions-réponses avec le public.

 

(Lire aussi : « Il est possible qu'un million de personnes rentrent chez elles en une semaine »)

 

M. Sayegh a évoqué une autre partie du problème. « La vérité, c'est que nous n'avons pas adopté de politique publique responsable dès le début, a-t-il souligné. La crise ne se résout pas avec le tout-sécuritaire, il y a des mesures socio-économiques à développer, un pluralisme politique à établir, etc. Par ailleurs, est-ce que vous pensez que le régime syrien permettra aux agences onusiennes de raccompagner les déplacés en toute sécurité ? C'est une question qui attend une réponse. Personnellement, je ne le pense pas », a-t-il conclu à la fin du débat.

Tarek Mitri a clôturé la conférence en estimant que « la politique identitaire actuelle ne fonctionne pas ». « Le retour des réfugiés ne pourra se faire que sur une base volontaire, en vertu des principes fondamentaux en vigueur. Rappelons aussi que le régime syrien n'a jamais dit qu'il était prêt à accueillir l'ensemble des déplacés. Disons-le clairement : la mobilisation des Libanais contre les Syriens n'est pas éthique et fait courir au pays un risque de violence non négligeable », a conclu M. Mitri.

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RE-MARK-ABLE

Mais évidemment que la Syrie du heros BASHAR EL ASSAD permettra le retour de sa population dans son pays la Syrie.

Faut pas confondre réfugiés palestiniens et réfugiés syriens.

Seulement cela se fera aux conditions des autorités qui sont sortis vainqueurs du COMPLOT, initié par les bensaouds et israel.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUAND LA PAIX SERA RETABLIE EN SYRIE LES NATIONS UNIES S,OCCUPERONT DU RAPATRIEMENT DES REFUGIES SYRIENS DANS LEUR PAYS !

NAUFAL SORAYA

La sécurité des réfugiés syriens, la volonté des réfugiés syriens, n'y a-t-il que ca qui compte????

Notre sécurité, notre (non)volonté de les garder au Liban, n'ont donc aucune importance????

Ces propos de la part de Libanais sont encore et toujours inadmissibles...

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