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Purge anti-corruption à Riyad : plus de 200 personnes arrêtées

arabie saoudite

Les sommes concernées par ces malversations atteignent 100 milliards de dollars (86,1 milliards d'euros) "sur quelques dizaines d'années", selon le procureur général du royaume, qui parle d'une enquête sur trois ans.

OLJ/AFP
09/11/2017

Plus de 200 personnes ont été arrêtées en Arabie saoudite dans le cadre d'une purge anti-corruption sans précédent menée récemment dans le royaume, qui a notamment visé des princes, ministres et hommes d'affaires, ont indiqué jeudi les autorités saoudiennes.

Cette annonce intervient sur fond de réformes choc dans le royaume ultraconservateur sous l'impulsion du prince héritier Mohamad ben Salmane, 32 ans, mais aussi de tensions grandissante avec l'Iran chiite, la puissance rivale dans la région.

"Un total de 208 personnes ont été convoquées pour interrogatoire jusqu'à présent. Sur ces 208 personnes, sept ont été relâchées sans être inculpées. L'ampleur potentielle des actes de corruption révélés est très grande", a indiqué le procureur général du royaume dans un communiqué.

Les sommes concernées par ces malversations atteignent 100 milliards de dollars (86,1 milliards d'euros) "sur quelques dizaines d'années", selon la même source, qui parle d'une enquête sur trois ans.

Des princes, dont le célèbre milliardaire Al-Walid ben Talal, des ministres ainsi que des hommes d'affaires ont été appréhendés samedi soir lors d'une opération coup de poing qui fait suite à la mise en place d'une nouvelle commission anti-corruption présidée par le prince héritier, dont l'emprise sur le pouvoir est croissante.

Les autorités ont gelé les comptes bancaires des suspects et prévenu que tout actif qui serait lié à des affaires de corruption serait saisi au profit de l'État.

 

(Repère : Qui sont les hommes visés par la purge en Arabie ?)

 

Raisons politiques ? 
Les personnalités arrêtées - et détenues dans un lieu non précisé par les autorités - vont être jugées devant un tribunal, a indiqué lundi le procureur général. Mais cette vague d'arrestations pourrait aussi faire partie d'une lutte pour le pouvoir, a souligné mercredi Human Rights Watch (HRW). L'ONG s'est inquiétée du fait que ces personnes sont détenues sans que les autorités n'avancent les raisons de leur emprisonnement.

Elle intervient au moment où Mohammad ben Salmane consolide son pouvoir et tente d'introduire des réformes économiques et sociales inédites. Contrôlant les principaux leviers du gouvernement, de la défense à l'économie, le jeune prince héritier semble chercher à étouffer les contestations internes avant tout transfert formel du pouvoir par son père, le roi Salmane, âgé de 81 ans.

Signe que c'est l'homme fort du pays, c'est lui qui recevra jeudi soir à Riyad le président Emmanuel Macron: le chef de l'Etat français a annoncé cette visite surprise alors qu'il se trouve à Abou Dhabi. 

Le prince héritier a initié un vaste plan de réformes appelé "Vision 2030", destiné notamment à diversifier l'économie saoudienne, trop dépendante du pétrole. Depuis la chute des prix du brut à la mi-2014, Riyad a dû fortement réduire ses dépenses publiques. Fin septembre, le pays, le dernier au monde interdisant aux femmes de conduire, avaient annoncé qu'elles pourraient prendre le volant à compter de juin 2018.

L'annonce de jeudi s'inscrit dans un climat politique et diplomatique très tendu, avec des échanges de plus en plus vifs entre l'Arabie sunnite et son rival iranien. Ces deux grandes puissances, qui se disputent depuis des décennies le leadership régional, s'opposent sur de nombreux dossiers dont notamment les guerres en Syrie et au Yémen. En Syrie, l'Iran, aidé par le mouvement chiite libanais Hezbollah, est le principal soutien régional du régime de Bachar el-Assad. L'Arabie a, elle, appuyé des groupes rebelles.

 

(Lire aussi : Après la purge, les autorités saoudiennes veulent rassurer les investisseurs)

 

Climat régional tendu
Dans ce contexte tendu, Riyad a appelé jeudi ses ressortissants à quitter "le plus vite possible" le Liban "vu la situation" dans ce pays. Quelques jours plus tôt, le protégé de l'Arabie saoudite, le Premier ministre libanais Saad Hariri, avait annoncé sa démission depuis le royaume en accusant le Hezbollah et son allié iranien de "mainmise" sur le Liban. Dimanche, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, dont le mouvement était membre de la coalition gouvernementale de M. Hariri, a accusé Riyad d'avoir contraint Saad Hariri à la démission et s'est demandé s'il était assigné à résidence.

 

(Lire aussi : Beyrouth réclame le retour de Hariri)

 

Au Yémen, l'Arabie saoudite a lancé en mars 2015 une opération militaire à la tête d'une coalition arabe pour empêcher les rebelles chiites houthis -accusés d'être appuyés par Téhéran- de prendre le contrôle de l'ensemble de ce pays voisin.

Riyad a accusé mercredi l'Iran "d'agression directe" après le tir d'un missile en direction de l'aéroport international de Riyad par les rebelles. Les Etats-Unis de Donald Trump se sont aussitôt rangés du côté des autorités saoudiennes. Dans un communiqué, l'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, a "encouragé" les Nations unies "à prendre les mesures nécessaires pour tenir le régime iranien responsable de ces violations".

 

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