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Moyen Orient et Monde

Riyad peut-il former un bloc sunnite contre Téhéran ?

Focus

La mise en place d'une coalition menée par le royaume wahhabite paraît être une tâche difficile dans le contexte actuel de la région.

Julie KEBBI | OLJ
08/11/2017

L'Arabie saoudite multiplie les offensives diplomatiques depuis samedi, suite à l'annonce de la démission du Premier ministre libanais, Saad Hariri, depuis Riyad. Le ministre saoudien chargé des Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhane, a notamment déclaré lundi à la chaîne de télévision al-Arabiya que les actes « d'agression » du Hezbollah, soutenu par Téhéran, seraient « considérés comme une déclaration de guerre contre l'Arabie saoudite par le Liban et par le parti libanais du diable ». Une déclaration qui n'est pas des moindres alors que le royaume wahhabite est déjà engagé sur plusieurs fronts.

Riyad est notamment enlisé dans le conflit yéménite depuis 2015, véritable bourbier militaire et humanitaire et gouffre économique. Le royaume mène une coalition internationale soutenant les forces de l'actuel président du Yémen, Abed Rabbo Mansour Hadi, face aux rebelles houthis alliés à l'ancien président du Yémen, Ali Abdallah Saleh, soutenus par l'Iran. Samedi soir, l'agence de presse saoudienne SPA annonçait l'interception d'un missile balistique au nord-est de Riyad en provenance du Yémen, attaque revendiquée ensuite par les houthis. Dans une déclaration, le régime saoudien a expliqué que « la direction des forces de la coalition considère (cela) comme une agression militaire flagrante par le régime iranien qui pourrait équivaloir à un acte de guerre ». Le texte insiste sur « le droit du royaume saoudien de répondre à l'Iran au moment approprié et de manière appropriée ».

Embourbée militairement, la puissance sunnite a besoin d'appui de la part de ses alliés traditionnels voisins pour mener à bien ses ambitions. Mais dans quelle mesure peut-elle former un bloc arabo-sunnite contre son ennemi juré ? Car si nombre de ses « frères » l'ont suivie lors de la formation de la coalition contre les houthis ou encore lui ont emboîté le pas dans le blocus contre le Qatar en juin dernier, la tâche s'avère cette fois plus difficile.

 

(Lire aussi : MBS prêt à la guerre totale contre l’Iran)

 

Soutien mitigé
Riyad bénéficie d'ores et déjà de l'appui actif des Émirats arabes unis, pays « frère », en première ligne à ses côtés. Pas plus tard qu'hier, Saad Hariri quittait brièvement le sol saoudien pour se rendre à Abou Dhabi afin d'y rencontrer le prince héritier, Mohammad ben Zayed al-Nahyane, où ils ont évoqué « la situation et les derniers développements au Liban ».

Mais le soutien est mitigé à travers les pays sunnites de la région face à une possible escalade des tensions. Du côté de la Turquie, une croisade contre l'Iran ne paraît pas être à l'ordre du jour pour Ankara. Dans un communiqué du ministère turc des Affaires étrangères sur le dossier Hariri, Ankara a assuré qu'il « continuera de se porter aux côtés du Liban et du peuple libanais pour son unité politique », avant de préciser « espérer que ces développements n'engendreront pas de nouvelle crise politique dans le pays et que toutes les parties adopteront une approche conciliante et modérée dans ce sens ». Une position prudente mais clairement en faveur d'une stabilisation de la région. Ankara, affaibli par les purges dans le corps militaire suite au putsch manqué de juillet 2016, a déjà intensifié la répression à l'intérieur du pays et est engagé dans la lutte contre l'EI en Syrie. Préoccupé par le dossier syrien, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, doit notamment rencontrer le président russe, Vladimir Poutine, le 13 novembre prochain.

Il en va de même pour l'Égypte, puissance sunnite qui aurait pu peser dans la balance aux côtés de Riyad. Mais c'est sans compter les dossiers brûlants au niveau national qui occupent le Caire en priorité. Élection présidentielle de 2018, répression ou encore lutte contre le terrorisme, alors que les combattants de l'État islamique se relocalisent chez son voisin libyen : autant de questions qui laissent peu de place à un engagement dans un conflit militaire.

De l'autre côté du golfe Arabique, le Pakistan, qui a longtemps entretenu des liens cordiaux avec l'Iran, fait partie de l'Alliance militaire islamique contre le terrorisme, formée par l'Arabie saoudite en 2015 et dirigée par le général pakistanais Raheel Sharif depuis 2017. Cette adhésion fortement controversée a été justifiée par Islamabad comme un moyen de rapprocher Riyad et Téhéran, en vain. Le Pakistan fait déjà face à un clivage profond entre sunnites et chiites à l'intérieur du pays. Islamabad ne ferait donc qu'aggraver sa situation s'il décidait de se joindre à l'Arabie saoudite contre Téhéran et abandonnait ainsi sa politique neutre, bien que fragile, entre les deux géants au Moyen-Orient.

Enfin, les pays du Maghreb semblent quant à eux distants du dossier, notamment de par leur silence suite aux rebondissements de ces derniers jours. Déjà à l'aube de la crise entre le Qatar, accusé d'être trop proche de l'Iran, et les pays du CCG, le Maroc avait notamment annoncé vouloir rester neutre, rappelant « les relations de fraternité sincère » entre le roi Mohammed VI et « ses frères rois et princes des États membres du CCG ».
Autant d'éléments qui rendent difficile un projet saoudien de formation d'un bloc sunnite.

 

 

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Bery tus

QUE LES GENS VEULENT LE CROIRE OU NON, ROHANI A DEPASSER LES LIMITES A 2 REPRISE .. UNE PREMIEREMENT FOIS QUAND IL A DIT QU'AUNCUNE DECISIONS STRATEGIQUE NE PEUVENT SE PRENDRE AU LIBAN IRAK SYRIE YEMEN SANS CONSULTER L'IRAN !!

ca les fameux moumanaistes et cpl etc ne veulent meme pas en etr rapeler tellement que ces nuisible pour eux

2 la venue du ministre iranien au liban qui est venue forcer encore plus leur mainmise d'où le ras le bol de hariri

maintenant je demande aux libanais ou sont passer leurs matières grises ... quand bachir affirmait que nous aspirons a vivre en tant que chretien libre et décideurs de leur avenir au liban ...certains se sont constituer en DHIMMIS (CPL, MARADA) ET CHERCHE UNE PROTECTION .... PQ LA PEUR MESSIEURS !?!?!?

wayzani jamal

Le 15 août 1953, à l’archevêché des coptes à Bani Souef, Gamal Abdel Nasser annonça : « Je tiens à dire une parole de citoyen car nous sommes égaux dans cette nation – il n’y a pas de différence entre un musulman et un copte – et parce que la balle de l’ennemi ne vise pas uniquement le cœur du musulman ou du copte mais celui de chaque citoyen. Nous sommes tous les fils d’une seule nation. Si cette nation s’élève, nous nous élèverons également mais si elle chute, nous chuterons tous. Aussi, je vous appelle à vous unir ».
A mediter

gaby sioufi

ca me revient- esperant me rappeler vrai - n'etait ce pas l'arabie saoudite qui avait SAUVE le " makhlou ' '" ali saleh lors du soulevement du peuple yemenite 2011-2012?

Marionet

Une analyse claire et bienvenue de l'état des lieux au Moyen-Orient.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN BLOC ARABE SUNNITE... POSSIBLE MAIS RESTREINT ! UN BLOC MUSULMAN SUNNITE PLUS LARGE IMPOSSIBLE ! LA LOGIQUE DES POSSIBILITES DEVRAIT PREVALOIR ! LES CONFRONTATIONS MILITAIRES SONT A DECONSEILLER ET NE SERVIRAIENT QUE DES INTERETS TIERS !

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