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Liban

Les requins de Méditerranée, des prédateurs menacés

Faune et flore
04/11/2017

Qui dit requin pense immédiatement à ces effrayants grands blancs qui croquent des bras et des jambes dans les films. Or la grande famille des requins, magnifiques prédateurs de la mer, compte de multiples espèces souvent bien plus en danger que représentant une menace pour les humains. Au large du Liban, comme dans la Méditerranée en général, plusieurs espèces de requins peuvent être observées, et sont bien connues des pêcheurs. La scientifique Myriam Lteif, docteure en océanographie et chercheuse au Centre de recherches marines du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), a consacré aux requins de Méditerranée sa thèse de doctorat. Ayant dénombré quelque onze espèces dans nos eaux, elle parle de leurs caractéristiques, des dangers qui les guettent et de la nécessité de les protéger.

 

Noms scientifiques
Dans sa thèse de doctorat, Myriam Lteif a certifié la présence de onze espèces de requins au moins dans les eaux libanaises et est-méditerranéennes en général :
– Carcharhinus obscurus, ou requin requiem de sable, requin obscur ou requin sombre
– Centrophorus uyato, ou petit squale chagrin
– Dalatias licha, ou squale liche
– Galeus melastomus, ou pristiure à bouche noire
– Heptranchias perlo, ou requin perlon
– Hexanchus griseus, ou requin griset
– Isurus oxyrinchus, ou requin mako ou requin-taupe bleu
– Mustelus mustelus, ou émissole lisse
– Squalus blainville, ou aiguillat galludo
– Squatina aculeata
– Squatina oculata, ou ange de mer ocellé.

Description
Les espèces de requins observées au large du Liban présentent de toute évidence des caractéristiques diverses. En ce qui concerne leur taille, elle va de quelque 50 centimètres jusqu'à trois mètres environ. Selon l'experte, ils représentent rarement un quelconque danger pour les humains. Parmi toutes ces espèces, le requin mako ou requin-taupe bleu serait le plus agressif de ceux qu'elle a observés au Liban, mais les interactions et les accidents sont très rares.

Mode de vie et d'alimentation
Ces espèces de requins en Méditerranée sont, comme dans d'autres eaux, des prédateurs à la tête de la chaîne alimentaire, se nourrissant de poissons et parfois de crustacés. Ils ont fait l'objet de peu d'études au Liban, mais des recherches dans le monde font état de liens sociaux entre les membres d'un même groupe.
Les requins ont cependant des caractéristiques qui les différencient des autres espèces de poissons. En effet, leur croissance est bien plus lente, et ils arrivent plutôt tardivement à l'âge adulte, bien qu'ils vivent longtemps. Leur période de gestation est également plus longue que pour d'autres poissons.

Lieu de prédilection
Plusieurs espèces de requins sont familières de la Méditerranée, notamment la Méditerranée orientale. Ils nagent en profondeur, à plus de 20 mètres, d'où le fait qu'ils sont la plupart du temps hors de portée des pêcheurs libanais. Ils tombent parfois dans les filets des pêcheurs, mais le plus souvent par erreur.

Impact positif en milieu naturel
Les espèces de requins sont au sommet de la chaîne alimentaire, et comme pour toutes les composantes de cette chaîne, ils sont essentiels à l'équilibre de la vie marine. En d'autres termes, l'éventuelle extinction d'une espèce a des répercussions sur tout le reste. Pour mieux comprendre cela, il faut se tourner vers un exemple (cité par Myriam Lteif dans sa thèse de doctorat), celui du déclin du nombre des grands requins dans l'Atlantique nord. Alors que des espèces telles que les requins à pointes noires déclinaient en raison de la surpêche sur les côtes des États-Unis, certaines de leurs proies, notamment les Rhinoptera, un genre de raies, se sont multipliées. Certaines coquilles de Californie du Nord, que ces raies consomment de préférence, sont alors arrivées à la limite de l'extinction. Non seulement cet état de fait a représenté une perte économique pour les pêcheurs, mais l'environnement sans bivalves (mollusques) a favorisé la prolifération d'algues, nocives pour l'environnement marin.

Menaces et dangers
Étant donné que les requins se reproduisent plus lentement et arrivent à l'âge adulte plus tard que la plupart des autres poissons, ils sont donc plus vulnérables aux risques d'extinction. La principale menace qui les guette est la pêche : les pêcheurs les prennent dans leurs filets soit par erreur, soit volontairement, les recherchant pour leur viande. Certaines espèces relativement grandes comme le requin griset sont plus prisées que d'autres. En fait, observe Myriam Lteif, le comportement des pêcheurs varie, certains ayant le réflexe de les rejeter à l'eau, d'autres ne rechignant pas à les vendre sur le marché.

Moyens de protection
Pour protéger ces belles espèces, la scientifique insiste fortement sur la nécessité d'entreprendre des études plus approfondies sur leur présence en Méditerranée du Sud, afin de déterminer quelles espèces sont vraiment menacées, et lesquelles pourraient être vulnérables, le but étant d'en interdire la pêche. L'objectif serait d'arriver à une pêche durable, et de protéger les différentes espèces suivant le degré de danger qu'elles courent. Mais pour la chercheuse, c'est surtout la sensibilisation qui est essentielle : il faut que les pêcheurs s'habituent à relâcher les requins encore vivants dans l'eau et soient conscients de leur importance pour la vie marine.

 

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Marionet

Rubrique au contenu toujours intéressant même si je préfère la flore à la faune surtout dans nos contrées.

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