X

Santé

Le diabète de type 2 commence à être diagnostiqué chez des enfants de 12 ans

Obésité

Les raisons de l'embonpoint infantile sont liées au mode de vie, à la culture et à la qualité des aliments consommés. La prévention est de mise. Elle commence « in utero » et se poursuit dès le premier jour de la vie.

Nada MERHI | OLJ
21/10/2017

L'époque où embonpoint chez les petits rimait avec « bonne santé » est bien révolue. Il s'agit plutôt d'un indicateur de mauvaise santé qui suscite l'inquiétude des autorités sanitaires dans le monde.

Dans une étude récente publiée à l'occasion de la Journée mondiale de l'obésité, le 11 octobre dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en garde contre l'obésité de l'enfant et de l'adolescent, qui a décuplé en l'espace de quarante ans, passant de 11 millions en 1975 à 124 millions en 2016. Selon cette étude, menée conjointement par l'OMS et l'Imperial College London et parue dans la revue scientifique The Lancet, quelque 213 millions d'autres enfants et adolescents souffraient de surpoids cette même année.
Au Liban, une étude effectuée en 2009 par une équipe de l'Université américaine de Beyrouth est tout aussi alarmante. Elle montre que 10,9 % des enfants et adolescents sont obèses et 21,2 % d'entre eux souffrent d'un excès pondéral.

« Le taux d'obésité le plus élevé est affiché aux États-Unis, observe le Dr Wissam Fayad, endocrinologue pédiatre. En Europe, il a atteint son pic et a commencé à baisser parce que des mesures de prévention ont été mises en place. Dans les pays en développement, par contre, l'incidence de l'obésité chez les enfants et les adolescents augmente de façon exponentielle. »

Les causes sont multifactorielles. Elles sont essentiellement liées au mode de vie, à la culture et à la qualité des aliments consommés. « Les causes hormonales ou génétiques de l'obésité sont très rares chez l'enfant et l'adolescent, affirme le Dr Fayad. Par contre, la prédisposition génétique peut jouer un rôle dans la prise de poids chez l'enfant. » Il poursuit : « Nous vivons dans une société où un enfant en surpoids est considéré en bonne santé, alors que c'est tout le contraire. De plus, au Liban comme dans tout le bassin méditerranéen, l'alimentation est une façon qu'ont les aînés de faire plaisir à l'enfant, le gavant ainsi de sucreries. »

Le mode de vie est aussi pointé du doigt. « Les enfants bougent moins et sont la plupart du temps scotchés devant leur tablette, déplore le Dr Fayad. Par ailleurs, le rythme scolaire n'aide pas à acquérir les bonnes habitudes alimentaires, puisque les enfants apprennent à manger deux petits snacks et ne prennent le repas principal que l'après-midi, vers 15h, alors qu'ils doivent le prendre plus tôt. De plus, ils sautent souvent le petit déjeuner parce qu'ils partent très tôt de la maison. Pourtant, il s'agit d'un repas primordial qui permet d'induire le métabolisme. L'après-midi, ils grignotent avant de dîner. Enfin, comme les mamans travaillent de plus en plus, elles n'arrivent pas à contrôler la qualité et la quantité garnissant l'assiette de leur enfant lorsqu'il rentre de l'école. »

 

(Lire aussi : Contre le diabète, LADR lutte pour la prévention et la recherche)

 

Des conséquences multiples sur l'organisme
S'il n'est pas pris en charge, cet embonpoint chez l'enfant risque de se poursuivre à l'âge adulte. « Les études ont montré qu'un enfant en surpoids à l'âge de 5 ans a 50 % de risques de le rester toute sa vie, note le Dr Fayad. Ce risque s'élève à 70 % si l'enfant a 12 ans. »

Les conséquences de ce fléau sur l'organisme sont multiples. L'enfant va ainsi souffrir de problèmes de peau (vergetures, champignons au niveau des plis...), de douleurs articulaires, de problèmes respiratoires (essoufflement et risque d'apnée du sommeil), d'anomalies lipidiques (élévation du taux des triglycérides et du cholestérol) qui vont entraîner des risques cardiovasculaires à l'âge adulte. « Le diabète de type 2, qui était totalement inexistant chez l'enfant il y a une décennie, commence à être diagnostiqué à un âge aussi jeune que 10 et 12 ans », déplore le spécialiste.

La prévention est donc indispensable. Elle commence in utero et se poursuit dès les premiers jours de vie. « La notion des mille premiers jours de nutrition (de la conception jusqu'à l'âge de 2 ans) est de plus en plus importante, explique le Dr Fayad. De cette période dépend tout le reste de la vie, puisqu'à cet âge, il y a une adaptation des gènes, même chez le fœtus. »

Selon le spécialiste, la prévention consiste à privilégier « l'allaitement maternel, qui assure au bébé tous ses besoins nutritionnels et lui permet de manger à sa faim, ce qui n'est pas le cas du biberon, puisqu'on risque de donner à l'enfant des quantités supérieures à ses besoins ».

 

(Lire aussi : La maladie du soda, un phénomène en pleine croissance)

 

« Il faut aussi apprendre très tôt à l'enfant à bien manger, insiste le Dr Fayad. Lorsqu'on commence à introduire les aliments à l'âge de six mois, il faut lui proposer une alimentation variée pour qu'il apprenne à goûter à tout. Il faut toutefois retarder autant que possible l'introduction des produits sucrés, d'autant qu'on a naturellement une appétence vers le sucre. Cela est très important d'autant plus que le goût s'éduque dès les premiers mois de la vie. Il faut aussi apprendre à l'enfant à manger à des heures régulières, éliminer le grignotage et ne pas le forcer à manger. »

Si l'enfant va à l'école, il est recommandé de remplir sa gamelle avec des aliments à haute valeur nutritionnelle : un sandwich au fromage ou de labné au lieu de la crème chocolatée, des fruits, des légumes, des friandises à base de féculents qui contiennent moins de sucre que les tablettes de chocolat, « d'autant qu'on ne peut pas le priver de friandises ». Les confitures maison sont aussi une option. Enfin, « il faut lui apprendre à ne pas acheter à l'école, puisque les produits qui y sont proposés sont nocifs ».

De retour à la maison, « l'enfant doit manger lentement, à table, pas devant la télévision ». L'après-midi, « il est conseillé de privilégier les fruits ou les desserts faits maison avec des quantités réduites de sucre et de matières grasses ». Le soir, « il doit dîner léger et le plus tôt possible ». Il est également essentiel d'arrêter les boissons sucrées, surtout les sodas, « même ceux qui sont light, les études ayant montré que la consommation de ces produits augmentent le risque de diabète de type 2, même chez les adultes ».

 

(Lire aussi : Bien manger pour contrôler sa maladie)

 

Bouger et bien dormir
Une fois que le surpoids ou l'obésité sont installés, le traitement devient plus compliqué. « Il n'y a pas de médicaments qui puissent être donnés à l'enfant pour maigrir, affirme le Dr Fayad. C'est un changement du mode de vie qui doit être opéré. Toute la famille, souvent au sens large, doit être impliquée. »

La phase la plus dure reste celle de « convaincre l'enfant de la nécessité de changer ». Cette étape franchie, « les bonnes habitudes commencent à être instaurées avec l'aide des diététiciennes qui apprennent à l'enfant et à sa famille à manger de façon équilibrée. Le travail est de longue haleine, prévient le médecin. Il faut compter en moyenne deux ans pour enlever les kilos superflus, sachant que plus l'enfant a de kilos à perdre, plus le travail est lent et long. Il ne s'agit pas de perdre uniquement l'excès pondéral, mais de changer toutes ses habitudes alimentaires nocives. »

Le régime alimentaire à lui seul n'est toutefois pas suffisant. L'activité sportive est primordiale et doit se faire de manière régulière et au quotidien, en introduisant de petites changements : prendre les escaliers au lieu de l'ascenseur, chercher soi-même son verre d'eau, faire une petite marche le soir en famille, marcher lors de la récréation au lieu de rester assis. « Malheureusement, cela n'est pas toujours possible, puisque dans certaines écoles, les enfants n'ont pas le droit de courir dans la cour, souligne le Dr Fayad. De plus, une à deux fois par semaine, l'enfant doit s'adonner à une activité sportive plus intense, comme le foot, le basket, la natation, la danse... Enfin, il faut bien dormir et tôt. Les études ont montré qu'il existe une relation directe entre le surpoids et l'heure à laquelle on se couche. »

 

 

Lire aussi

Douze pour cent de la population libanaise est diabétique

Perdre du poids pour la santé de ses reins

À la une

Retour à la page "Santé"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Une lecture régionale du « nœud druze »...

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué