X

Santé

La maladie du soda, un phénomène en pleine croissance

Maladies hépatiques

L'inflammation du foie non liée à l'alcool, ou NASH, est l'une des formes du foie gras humain. Ce phénomène a explosé en concomitance avec l'épidémie de l'obésité.

Nada MERHI | OLJ
29/07/2017

En mars dernier, Pierre Ménès, journaliste sportif français, publie son ouvrage Deuxième mi-temps, dans lequel il témoigne du parcours qu'il a mené depuis qu'il a été diagnostiqué d'une cirrhose de NASH (Non Alcoolic Steato Hepatitis) ou stéatose hépatique non alcoolique, jusqu'à sa « résurrection », une double greffe du foie et du rein lui ayant sauvé la vie. Depuis, la NASH, une inflammation du foie non liée à l'alcool, communément appelée maladie du soda, défraie la chronique.

« La NASH est une forme du foie gras humain », explique le Dr Ala' Sharara, professeur de médecine et chef du département de gastro-entérologie à l'hôpital du Centre médical de l'Université américaine de Beyrouth. Le foie gras humain est, dans de nombreux cas, lié au mode de vie malsain, caractérisé par une alimentation riche en graisses et en sucres, et à la sédentarité. D'ailleurs, le phénomène du foie gras humain a explosé « en concomitance avec l'épidémie sans cesse croissante de l'obésité », précise le Dr Sharara. « Dans les pays occidentaux, près de 30 % de la population en souffrent », poursuit-il.

L'accumulation de la graisse sur le foie est essentiellement due à une consommation excessive d'alcool, au diabète de type 2, à l'obésité et à une dyslipidémie. « Toutefois, elle apparaît chez des personnes qui ne boivent pas d'alcool ni ne souffrent de diabète », constate le spécialiste. « Dans la majorité des cas, ce gras qui s'accumule sur le foie n'est pas dangereux », rassure-t-il. Néanmoins, « dans près de 10 à 30 % des cas, il peut entraîner une inflammation et une fibrose hépatiques, dites NASH », souligne-t-il. « Dans 15 à 25 % des cas de NASH (soit 1 à 2 % des personnes présentant un foie gras), la maladie peut évoluer, provoquant une cirrhose ou un cancer hépatique », note-t-il.

La NASH est étroitement liée au syndrome métabolique, c'est-à-dire à un ensemble de désordres qui accroissent le risque de diabète de type 2 et de maladies cardio-vasculaires. Une personne souffre du syndrome métabolique lorsqu'elle présente au moins trois des facteurs à risque suivants : une obésité abdominale, une dyslipidémie (taux élevé de graisses dans le sang), une hypertension artérielle et une glycémie élevée.

L'obésité pointée du doigt
La NASH est d'autant plus inquiétante que l'obésité ne cesse de gagner du terrain tant parmi les adultes que parmi les enfants. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les cas d'obésité ont presque doublé depuis 1980, touchant plus de 500 millions de personnes dans le monde. Au Liban, une étude nationale menée en 2009 avait montré que la prévalence de l'obésité aurait doublé en l'espace de dix ans, contre trente ans dans d'autres régions du monde. Selon cette étude, 65 % de la population adulte libanaise affiche soit une obésité, soit un excès pondéral contre 54,4 % en 1997. Quant aux enfants et adolescents, 32,1 % d'entre eux sont soit obèses, soit en surpoids. « Dans de nombreux cas toutefois, les causes de la NASH sont encore mal connues, observe le Dr Sharara. Selon certaines études, une prédisposition génétique pourrait déclencher la maladie. »

La maladie est-elle réversible ? « Tout dépend du stade auquel elle est détectée, répond le spécialiste. Elle l'est si le patient ne présente pas d'autres facteurs de risque, comme le syndrome métabolique, une inflammation du foie ou autres pathologies du foie. Dans ce cas, il suffit qu'il perde du poids pour améliorer sa fonction hépatique. D'ailleurs, de nombreuses études ont montré qu'une perte lente du poids, combinée à une activité physique régulière et une alimentation saine, constitue l'un des principaux aspects du traitement du foie gras humain. Selon d'autres études, le régime méditerranéen serait un facteur protecteur. »

Chez les personnes diagnostiquées avec une NASH, par contre, « la perte du poids reste essentielle, mais un traitement médicamenteux s'impose aussi », constate le Dr Sharara. « Malheureusement, nous ne disposons pas encore de médicaments ciblés pour lutter contre cette inflammation, déplore-t-il. Plusieurs molécules sont en cours de développement, mais il faut attendre plusieurs années encore avant qu'elles ne soient mises sur le marché. Dans certains cas bien précis toutefois, il est possible d'administrer au patient de la vitamine E ou des glitazones, des études ayant montré que ces médicaments pouvaient réduire l'inflammation du foie et la fibrose hépatique. Une biopsie du foie est nécessaire pour pouvoir identifier ceux qui peuvent bénéficier de ces traitements. À un stade avancé de la maladie, une greffe du foie s'impose. »

Mieux vaut prévenir...
La maladie étant asymptomatique au début, le Dr Sharara souligne l'importance de la prévention. « Il est ainsi conseillé de suivre un mode de vie sain, insiste-t-il. Les personnes souffrant du syndrome métabolique doivent être surveillées de près par leur médecin traitant. De plus, elles doivent perdre du poids en cas d'obésité, bien contrôler leur diabète, leur dyslipidémie et leur tension artérielle. Une élastographie (technique non- invasive permettant de mesurer l'élasticité du foie) est également recommandée chez ces patients. Selon des études, la chirurgie de l'obésité, dite bariatrique, permet chez certains patients d'éliminer la graisse sur le foie et de réduire l'inflammation hépatique. »

Et le Dr Sharara d'insister sur l'importance d'avoir « un foie sain, au même titre qu'un cœur sain ou un poumon sain ». Pour cela, il est conseillé « d'éviter les aliments riches en graisses et en sucre, les sodas riches en sucre (contenant du sirop de maïs riche en fructose) et d'autres produits contenant des substituts du sucre et de faire un bilan de santé, y compris du foie, de manière régulière », conclut le spécialiste.

À la une

Retour à la page "Santé"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

LA TABLE RONDE

Il est impératif de ne plus boire du coca cola et de manger des mac do .

Ca vous esquinte la santé , et ça enrichit les prédateurs usurpateurs ... renseignez vous !

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué