Des sachets à bec verseur sur un étal de supermarché. Pour Greenpeace, ce type de prroduits serait un défi sanitaire et environnemental. Photo fournie par Greenpeace
La commercialisation d’aliments pour enfants dans des sachets en plastique souple à bec verseur, notamment les compotes, se généralise. Pratiques, ces emballages permettent à l’enfant de presser le sachet pour consommer directement son contenu. Mais ils pourraient présenter des risques sanitaires, selon une étude publiée le 2 juin par Greenpeace et réalisée par l’institut européen Sintef sur plusieurs produits de deux grandes marques.
Les chercheurs ont retrouvé des microplastiques – de minuscules particules issues de la dégradation du plastique qui persistent dans l’environnement et dans le corps humain – dans tous les échantillons analysés. « Cela fait moins de vingt ans que ces emballages sont apparus sur les marchés et leur fabrication est en hausse dans la région du Moyen-Orient-Afrique du Nord (MENA) », souligne Greenpeace, estimant que leurs conséquences sur la santé des enfants sont « encore méconnues ».
Farah el-Hattab, responsable du dossier du plastique au sein de Greenpeace MENA, précise à L’Orient-Le Jour que dans la seule région MENA, le marché d’aliments pour bébés était évalué à près de 7 milliards de dollars en 2025, avec un taux de croissance annuelle estimé à 6,4 % d’ici à 2030, année où il devrait atteindre les 9 milliards.
Les analyses ont porté sur deux produits conditionnés dans des sachets en polyéthylène. Elles ont révélé 99 particules de microplastique par gramme dans l’un et 54 dans l’autre, soit environ 11 000 particules par sachet pour le premier et 5 000 pour le second. Les chercheurs affirment avoir établi que ces particules provenaient directement de l’emballage, tout en détectant « la trace d’autres matières chimiques connues pour être nocives pour la santé humaine ». L’étude met aussi en évidence les risques d’une exposition à long terme à ce type de produits, notamment dans le cas de conteneurs qui passent au micro-ondes : après trois minutes, l’un des produits a libéré près de 4 millions de particules et l’autre près de 2 milliards, dont des nanoplastiques, encore plus petits.
Risques sanitaires et environnementaux
Maher Abboud, enseignant-chercheur spécialiste des polymères à l’Université Saint-Joseph, explique que les emballages en plastique sont initialement inertes, mais peuvent se fragmenter au contact d’autres matières organiques sous l’effet du temps ou des contraintes mécaniques, comme la pression exercée par l’enfant. « Le plastique est constitué de filaments enchevêtrés qui peuvent se détacher et migrer dans les liquides ou les aliments », explique-t-il. Il rappelle également que d’autres matières chimiques peuvent s’y mélanger : « Le plastique des emballages est souvent mixé avec des additifs, pour leur donner une couleur par exemple ou pour leur conférer une certaine flexibilité », dit-il.
« Les effets potentiels des microplastiques et des perturbateurs endocriniens sur la santé des jeunes enfants constituent un domaine scientifique en pleine évolution, souligne Farah el-Hattab. Nous savons déjà que des microplastiques ont été détectés dans l’air, dans les aliments, ainsi que dans nos organes et notre sang. Ils polluent notre organisme et endommagent les cellules et les tissus humains. Certaines substances chimiques associées au plastique ont été reliées à des anomalies du développement reproductif, des troubles thyroïdiens, une baisse de la fertilité, des malformations génitales masculines, des modifications métaboliques, et peuvent être cancérigènes. »

Si Maher Abboud estime que les conclusions du rapport de Greenpeace sont « plausibles », il nuance : « Il faudrait des recherches plus poussées. » Selon lui, les études sanitaires doivent se baser sur le suivi d’un grand nombre de personnes sur plusieurs années. « Nous savons avec certitude que ces composés et ces additifs agissent sur la santé, mais pour avancer des arguments scientifiques, il faudrait pouvoir déterminer avec quelle teneur et sur quelle période de temps on dépasse les limites qui mettent notre santé en péril », précise-t-il.
Pour Greenpeace, le problème dépasse le seul aspect sanitaire. Ces sachets, composés de plusieurs couches de plastique, sont « très difficiles à recycler et finissent souvent dans les décharges ou dans la nature », note Farah el-Hattab. Elle rappelle également que « les emballages représentent environ 40 % de la production mondiale de plastique et que les emballages souples – comme ces sachets pour enfants – figurent parmi les segments connaissant la plus forte croissance ».
Que faire ?
Greenpeace estime que la présence de microplastiques dans des aliments destinés aux bébés constitue « une ligne rouge ». L’organisation demande aux fabricants de mener davantage de recherches. Farah el-Hattab appelle, elle, les gouvernements à réduire fortement l’usage des plastiques à usage unique, soulignant que la pollution plastique affecte déjà la santé publique, les systèmes alimentaires et les écosystèmes de la région. Enfin, pour l’organisation, il existe suffisamment de preuves scientifiques pour justifier « une réduction drastique, et une potentielle élimination, de tout ce qui peut exposer les bébés au risque d’une contamination de produits pouvant leur être nocifs », assure l’environnementaliste. Interrogé sur cette approche, Maher Abboud estime que le principe de précaution est justifié : « En cas de doute, mieux vaut privilégier un autre matériau. Le verre reste aujourd’hui la solution la plus sûre pour le contact alimentaire. »




