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Moyen Orient et Monde

Issam Zahreddine, héros pour les uns, criminel de guerre pour les autres

Portrait

Surnommé le « Lion de la garde républicaine », cet officier druze est engagé sur les champs de bataille dès le début du conflit syrien en 2011.

20/10/2017

Le général Issam Zahreddine était, pour les uns, un héros. Et, pour les autres, un criminel de guerre. Facilement reconnaissable à son épaisse barbe grise bien taillée, le commandant de la 104e brigade de la garde républicaine a été tué, mercredi, dans l'explosion d'une mine posée par l'État islamique au passage de son convoi à Deir ez-Zor, selon plusieurs sources, dont des médias syriens prorégime. En cours de journée hier, plusieurs rumeurs ont circulé sur les circonstances de sa mort.

Très vite, les opposants au régime de Bachar el-Assad ont affirmé que le général aurait été tué par balles pour avoir désobéi aux ordres : il aurait refusé de se rendre à une réunion du comité sécuritaire de Deir ez-Zor et qui s'est tenue mardi matin, en raison d'un différend l'opposant à un autre général syrien, Jamal Razzouk. Suite à ce refus, une patrouille aurait été envoyée pour le faire venir, mais une altercation aurait éclaté entre la patrouille d'un côté, et Issam Zahreddine, son fils Yarob, qui combat sous ses ordres, et son ami Youssef el-Endari de l'autre. Des tirs auraient été échangés, et une balle aurait tué le général Zahreddine, semble-t-il, par erreur.

Surnommé le « Lion de la garde républicaine », Issam Zahreddine est engagé sur les champs de bataille dès le début du conflit syrien en 2011. Commandant de la célèbre 104e brigade, qui fut longtemps sous les ordres de Bassel el-Assad, frère de l'actuel président, avant sa mort en 1994, puis de Bachar lui-même, il participe à la répression des manifestants. Il est même connu pour son utilisation d'une matraque électrique.
Originaire de Tarba, près de la ville de Soueida, ce militaire druze, né en 1961, s'attire les critiques virulentes d'une grande partie de la communauté druze de la région, dont Walid Joumblatt. Le régime de Damas est, lui, satisfait de ses services. Brigadier-général, il est rapidement promu major-général après avoir défendu le régime syrien dans les environs de Damas, à Douma, Deraa et Harasta.

 

De Homs à Deir ez-Zor
Mais c'est à Homs qu'il se fait véritablement un nom. Ce sont ses hommes qui organisent et mettent en œuvre le siège, puis l'offensive contre le quartier rebelle de Bab Amr. C'est au cours de cette bataille que sont tués la journaliste américaine Marie Colvin et le photographe français Rémi Ochlik, le 22 février 2012. Les deux reporters sont au centre médiatique de militants antirégime quand un bombardement réduit en miettes le bâtiment où ils se trouvent. Aux dires de la famille de Marie Colvin, la correspondante du Sunday Times a été volontairement visée et tuée par les autorités syriennes, dans le but de l'empêcher de couvrir les atrocités commises par le gouvernement. La famille dépose une plainte en 2016 devant le tribunal de Washington à l'encontre du régime syrien, et nomme entre autres Issam Zahreddine comme l'un des responsables du bombardement.

Au cours de l'année 2013, il est envoyé sur le front d'Alep, puis de Deir ez-Zor, où il est blessé en novembre. Issam Zahreddine bénéficie désormais d'une grande popularité parmi ses hommes, qui louent sa « modestie », sa « simplicité », son « courage », son « héroïsme »...

L'homme est surtout connu pour nombre de massacres commis sur les fronts où il a combattu. Plusieurs vidéos le montrent paradant près de corps décapités ou démembrés. Vidéos dans lesquelles il promet le même sort aux autres « terroristes », terme fréquemment utilisé par le régime syrien pour désigner les différents groupes armés qui le combattent. En juillet 2017, il apparaît même sur la liste établie par l'Union européenne d'individus faisant l'objet de sanctions. Lorsqu'il parvient à briser le siège de l'EI à Deir ez-Zor début septembre, il est félicité par le président Assad en personne. Quelques jours plus tard, une vidéo le montre menaçant les Syriens réfugiés dans d'autres pays : « À ceux qui ont quitté la Syrie pour d'autres pays, je vous prie de ne jamais revenir. Même si le gouvernement vous pardonne, nous n'oublierons, ni ne pardonnerons. » La polémique est d'une telle ampleur que, le lendemain, il doit présenter des excuses à la télévision officielle, affirmant avoir été mal compris, et s'être adressé aux Syriens armés responsables de la mort de soldats et de civils. Mais, pour nombre d'opposants au régime, c'est l'erreur de trop. Il est devenu trop gênant pour Damas, et pour eux, son décès mercredi tient plus d'une exécution que d'une mort accidentelle.

 

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Luis Miguel Costa

«une altercation aurait éclaté entre la patrouille d'un côté, et Issam Zahreddine, son fils Yarob, qui combat sous ses ordres, et son ami Youssef el-Endari de l'autre. Des tirs auraient été échangés, et une balle aurait tué le général Zahreddine, semble-t-il, par erreur» : Si c'était comme vous dîtes, comment expliquer que Yarob s'ait présenté à Sweida très pro-Assad lors des funérailles, et qu'un capitaine qui était avec Zahreddine et que vous ne mentionné pas fut également tué lors des événements à Deir ez-Zor ? Merci de m'éclaircir.

Tabet Karim

Bof.

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