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Les Libanais en ont ras-le-bol des théories, lance Hariri devant le Parlement

Liban

Les débats pour le vote du budget 2017 se poursuivent pour le deuxième jour consécutif

18/10/2017

Les débats devant permettre l'adoption du budget 2017, lancés hier, se sont poursuivis mercredi au siège du Parlement libanais, place de l'Etoile, dans le centre-ville de Beyrouth, plusieurs députés prenant la parole, sans toutefois se limiter à la question du budget.

La discussion budgétaire devra se conclure demain sur le vote du projet, article par article. Le dernier budget voté par le Parlement est celui de l'exercice 2006, tandis que le dernier bilan voté est celui de l'exercice 2003 (voté en 2005).

Avant la levée de la séance du soir, 57 députés ont voté en faveur de l'ajout d'un article permettant l'adoption du budget sans bilan arrêté. Onze députés ont voté contre et un seul, Imad el-Hout, s'est abstenu. Le député Ibrahim Kanaan, qui avait mené la bataille du Courant patriotique libre sur l'exigence du bilan comptable avant l'élection de Michel Aoun à la magistrature suprême, s'est retiré de la séance avant le vote à mains levées sur le projet du cabinet.

Voici les principales déclarations des parlementaires qui ont pris la parole ce mercredi :

 

 Séance du soir

- Samy Gemayel, chef des Kataëb :

"Aujourd'hui, nous violons la Constitution pour adopter un budget alors que les dépenses de l'année ont déjà été écoulées. Le projet doit être retiré. Il faut voter le budget de 2018".

 

- Le Premier ministre Saad Hariri

"L'adoption du budget en ce moment a été l'occasion de surenchères avant les législatives et cela s'est effectivement produit. Je n'accepte pas qu'on dise que ce gouvernement, qui a travaillé plus que tous les précédents, n'a rien accompli. Au contraire, c'est le gouvernement qui a accompli le plus : la loi électorale, la grille des salaires, les nominations diplomatiques, les nominations judiciaires, le Conseil économique et social. Les Libanais en ont ras-le-bol des théories. Ils veulent du courant électrique. Si ces dernières années, une violation avait lieu à travers la non adoption du budget, nous sommes là pour annoncer que cela est fini, que nous respecterons les délais constitutionnels et initierons le chantier pour le budget 2018". 

- Le ministre de Finances, Ali Hassan Khalil

"Si nous devions choisir l'option d'adopter un budget sans bilan arrêté, nous le ferons même si nous savons que cela est anticonstitutionnel (...). S'il n'y a pas de bilan arrêté ce serait une faille constitutionnelle mais la faille serait plus grande si le budget n'est pas adopté. Nous serons face à une réalité très dure (...). La situation politique aujourd'hui a permis qu'il y ait un accord sur un budget. Nous sommes face à un budget modeste qui réorganise les finances publiques".

 

 

- Fouad Siniora, député du Courant du Futur 

"En juillet 1997, une conférence nationale a eu lieu au palais de Baabda et une déclaration comportant des recommandations pour résoudre la situation économique du pays avait été publiée à l'époque. Si quelqu'un la lisait aujourd'hui, il se demanderait si ce communiqué avait été écrit en 1997 ou hier. Il s'agit des mêmes problèmes mais la seule différence c'est qu'ils sont devenus plus graves et cela en raison du manque de volonté d'appliquer les lois et du manque de coopération".

 

- Le député Boutros Harb (indépendant)

"La réforme débute avec un travail pour la reconstruction d'un État de droit et des institutions et non par le contrôle sur l’État et par l'accumulation de richesses aux dépens de notre peuple. Si vous êtes prêts pour cela et que vous pouvez le faire, nous sommes avec vous, mais si vous n'êtes pas prêts, nous n'avons qu'une demande : partez, sinon la faillite et la chute du Liban auront été votre oeuvre".

 

- Akram Chehayeb, député du bloc de la Rencontre démocratique

"Étudier et adopter le budget ne suffit pas (...) il est essentiel de diminuer les dépenses. Il faut questionner les banques concernant les politiques monétaires qu'elles adoptent. Durant les années de guerre, le gouverneur de la Banque centrale, Edmond Naim, était convoqué par les trois présidents (de la République, du Parlement et le chef du gouvernement) qui le questionnaient au sujet de la la politique monétaire".

 

- Nawaf Moussaoui, député du bloc du Hezbollah

"Le budget de l'année 2017 est une base pour l'avenir après douze années sans budget. Ce qui importe aux Libanais c'est que soit allégé le fardeau des taxes que la Chambre des députés a récemment adoptées et le Parlement est en mesure de le faire, en particulier pour les taxes qui concernent les classes pauvres et moyennes. Les Libanais ne seront convaincus par l'imposition de taxes que lorsqu'il y aura une lutte contre la corruption".

- Alain Aoun, député du bloc du Changement et de la réforme

"Que tous ceux qui essaient de diminuer l'importance de l'adoption du budget nous disent pourquoi le budget n'a pas été adopté ces douze dernières années ? Pourquoi le budget n'a pas été adopté avant ? Quelle différence entre hier et aujourd'hui ? Est-ce le consensus politique ? La volonté réelle? (...) Nous demandons au gouvernement ce qu'il fait pour lutter contre l'évasion fiscale. Si ce pays s'écroule, il s'écroulera sur nos têtes".

 


Séance du matin

 

- Nicolas Fattouche, député de Zahlé (indépendant)

"Nous sommes contraints de respecter un jugement de la Cour constitutionnelle (selon lequel il ne peut y avoir de vote de budget sans clôture des comptes, ndlr) (...). Nous ne pouvons pas débattre du budget, car les questions (du budget et de la clôture des comptes) ne sont pas dissociables. (...) Je salue l'audace du ministre des Finances qui a demandé à ce que tous les comptes de 1993 à 2005 soient clos d'ici un an".

 

- Imad el-Hout, affilié à la Jamaa Islamiya

"Les difficultés économiques auxquelles nous faisons face aujourd'hui ne sont pas toutes la conséquence des politiques du gouvernement actuel. (...) Nous refusons d'être poussés vers un accord par ceux qui créent eux-même la crise. L'entente politique a permis d'obtenir un accord, mais cela n'a pas instauré la confiance entre les pôles ayant pris part à cet accord, ni entre l'Etat et les citoyens.

 

- Kazem el-Kheir, affilié au bloc parlementaire du Courant du Futur

"Nous avons tenté, au sein de la commission parlementaire des Finances et du budget, de réduire le plafond des dépenses (...), mais la plupart de notre travail ne concernait que 15% du projet de budget. (...) Les querelles sont la cause de la situation économique maussade."

 

- Samy Gemayel, chef du parti Kataëb

"Qu'offrons-nous aux Libanais aujourd'hui ? Nous leur offrons un Parlement qui a prorogé à deux reprises son mandat et qui examine, fin octobre, le budget de l'année en cours et après que les fonds eurent été dépensés. Au lieu de débattre du budget 2018, nous débattons du budget 2017. Les débats qui ont lieu aujourd'hui ne servent pas les citoyens, et n'ont pas pour but la transparence ni l'équilibre des dépenses publiques. (...) L'un des objectifs des débats aujourd'hui est de réaliser un exploit fictif en votant le budget. Il y a là une violation des lois et de la Constitution car il n'y a pas eu de clôture des comptes et les délais n'ont pas été respectés. (...) Ce budget consacre une répartition des parts (entre les pôles politiques) en l'absence de toute réforme".

 

- Estephan Doueihy, membre du bloc parlementaire affilié au chef des Marda, Sleiman Frangié

"Le développement équilibré oblige le gouvernement à mettre un terme à la situation lamentable que connaît la région de Zghorta-Zawiyé".

 

(Sur le même sujet : Budget 2017 : Kanaan souhaite renforcer le contrôle parlementaire sur les dépenses)

 

- Simon Abi Ramia, membre du bloc parlementaire du Changement et de la réforme, affilié au président de la République, Michel Aoun

"Nous savons que nous allons commettre une violation de la Constitution (...). Les chiffres sont effrayants. Depuis 24 ans, nous n'avons pas de comptabilité financière. Le budget doit se baser sur une stratégie financière qui assure le bien-être des citoyens".

 

- Anouar el-Khalil, affilié au bloc parlementaire du président de la Chambre, Nabih Berry

"Toute loi doit être réformatrice. Et le budget est une loi essentielle, tout comme la loi électorale. Il n'y a pas de lutte contre la corruption sans de vraies réformes. Pourquoi y a-t-il aujourd'hui un ministre pour la lutte contre la corruption, et qu'a-t-il fait jusqu'à présent? La même question se pose pour le ministre pour la Planification. Il semble qu'il n'y ait pas de volonté de réformes."

 

- Ziad Aswad, membre du bloc parlementaire du Changement et de la réforme, affilié au président de la République, Michel Aoun

"La situation actuelle est la conséquence des manquements répétés et contraires à la Constitution au niveau des pratiques politiques (...). On œuvrait, par le passé, à trouver des excuses pour ne pas voter de budget, ce qui a poussé les Libanais à accumuler des dettes pour le restant de leur vie. Ce peuple, que vous prenez pour acquis, ne reconnaît même plus la légitimité de ce Parlement ni les exploits réalisés (...). Nous allons adopter ce budget, mais la parole ne sera pas accompagnée d'actions. S'agit-il aujourd'hui d'un accord, ou d'un aveux d'erreur?".

 

- Nehmetallah Abi Nasr, membre du bloc parlementaire du Changement et de la réforme, affilié au président de la République, Michel Aoun

"Le retour des déplacés syriens chez eux est la solution logique à la crise et un droit qui leur revient naturellement. La volonté libanaise doit être unifiée afin d'atteindre cet objectif et écarter les dangers et le risque d'explosion contre lequel le président Aoun et le Premier ministre, Saad Hariri, ont mis en garde (...)". M. Abi Nasr n'a pas abordé la question du budget durant sa brève allocution.

 

 

Lors de la première séance qui s'est tenue mardi, l'élection des secrétaires et des membres du bureau du Parlement s'est tenue. Les parlementaires qui ont pris la parole lors de cette séance ont en outre critiqué le retard du vote, alors que l'année touche à sa fin, mais presque tous ont loué un "exploit".

Réagissant aux propos du député Georges Adwan qui avait accusé la veille que la Banque centrale de pratiquer, à son niveau, l'évasion fiscale, le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, et le ministre de la Justice, Salim Jreissait, ont pris mercredi la défense de l'institution et de son gouverneur, Riad Salamé.

"La Banque du Liban fournit annuellement à l'Etat la clôture de ses comptes", a affirmé M. Khalil.

"La demande de M. Adwan de mettre en place une commission parlementaire d'enquête au sujet de la BDL est étonnante, surtout au moment où le gouverneur de la Banque centrale s'active pour résoudre de nombreuses questions qui concernent le Liban", a ajouté Salim Jreissati.

 

 

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Antoine Sabbagha

Avec cette caste politique si mauvaise en tout et ou le vol est roi et la corruption reine , le pays s'écroulera un jour et sans aucun doute sur nos têtes. Merci messieurs .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET IL Y A UNE ONG LIBANAISE AU NOM -RIHETKON TAL3A-

Irene Said

Messieurs les députés et autres responsables...c'est vraiment uniquement de cela dont vous êtes capables:
accuser les autres ?

Oubliez-vous que vous êtes tous les composants de cette "soupe gouvernementale" ratée depuis des années ?
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES BANCS SE DEMANDENT S,ILS SONT TEMOINS DE PENSÉES OU DE GAZ...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,HOMME A DEUX TETES... L,UNE PENSE ET L,AUTRE PÈTE ...

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